‹ Calendrier du fermier; ou, Instruction, mois par mois, sur toutes les opérations d'agriculture qui doivent se faire dans une fermeChapitre 43 sur 48 · A 14 QE: .16 1143 12 EVA 18 FO 12 SRE 8 ET TR · texte numérisé non relu

A 14 QE: .16 1143 12 EVA 18 FO 12 SRE 8 ET TR

es ù ù À 26 »

La tonne a coûté l’une dans l’autre 2 liv.

8 fous.

Je ne puis m'empêcher d’obferver ici qu'aucun des auteurs qui a écrit fur Ja culture , n’a fait de pareils tableaux de comparaifon ; c’eft cependant la feule manière de calculer le profit que l’on

» peut faire fur ces racines, que de préfenter les frais

* de récoltes.

Il n’en eft pas de même des autres productions , le prix commun des marchés fixe leur rapport ; les frais de moiffon & battage font con-

nus; mais pour les turneps ce n’eft pas de même, il ne fuffit pas, comme ont fait quelques écrivains, de fupputer combien péfant rapporte un arpent, cette méthode eff toujours fautive,

Je fuis entré dans tout ce détail, comme l’ayant vérifié par ma propre expérience, &t ai comparé par moi-même la différence des récoltes de turneps avec d’autres pour l’engrais des beftiaux.

Nous avons vu que la balance commune des confommations faifoit revenir la tonne de turneps à cinquante ou cinquante-deux fous , tandis que la tonne du foin revient depuis trente-fix jufqu’à {oixante liv., & celle de paille à dix-huit liv. , & certainement 1l s’en faut bien qu’une tonne de foin nourrifle autant de beftiaux que dix-huit tonnes de ces racines. |

I y a un autre calcul qu’il peut être aufh avantageux d'établir, c’eft pour prouver au cultivateur ce qu'il doit acheter d'animaux maigres fuivant fes récoltes. |

Par exemple, un acre ayant produit tant de tonnes de turneps , on a engraïflé des beftiaux qui avoient coûté tant, on a réduit cela en une table, d'après le produit de quatre années différentes.

tonnes. beftiaux achetés.

La première , l’acre 2 }.". 32.00.

tonnes. beftiaux achetés,

| Ci-contre, . . . 300 lv.

Pnde, =. : 2.1... 4700 ER téoeme., x... .1.120.17F0708

Eqtheme, 0 400.48 1 01 4008

L’acre à rendu l’un portant l’autre , trente-cinq tonnes.

Il y a eu des befliaux par tonne , pour . 131. 1of.

Et il y en-.a eu par acre , . . sos 10

Ceux qui n’ont jamais fait ces expériences, trouveront ces produits bien forts, ou pour s’expliquer plus clairement , trouveront qu’il y a eu pour bien de l’argent de bétail , en rapport avec le terrein; mais 1l faut confidérer que ces. animaux n’ont pas été. à l’engrais depuis le mois de Septembre jufqu’au mois d'Avril, pratique qui n’eft même pas la meilleure ; car fi on commence à confommer trop tôt les turneps, ou qu’on veuille les, prolonger trop loin, on les fait manger trop verds, ou lorfqu'ils font déja montés à graine, ce qui eft également nuifible aux animaux.

D'ailleurs , chacun fe conduit fuivant fes facul-

254) OCTOBRÉ.

tés, & un fermier qui n’aura que cent louis à mettre en beftiaux, ne peut en mettre deux cens. D'après les réflexions que nous venons de faire , on peut calculer fur quinze louis de beftiaux par acre, l’un portant l’autre; ainfi , un fermier qui a cent vingt acres de terres, divifés dans l’ordre qui fuit : un quart en turneps , un en orge, un en trefle & un en bled, fur fes trente acres de turneps , il en deftinera cinq à fon troupeau , & faura qu’il faut qu’il ait pour neuf cens liv. de bêtes maigres pour confommer le refte. On voit par là qu’un fermier qui n’a pas quelques avances ne peut entreprendre ce commerce (1), & que l’aifance eft néceflairé à tout homme qui veut entreprendre une exploitation ; car fi un fermier ne peut fuivre la marche que nous venons de prefcrire , faute de moyens, que fera-t-1l obligé de fi

turneps , &t de retomber dans l’ancien abus de laïfler fes terres en Jachères, ce qui depuis nombre d’années a été reconnu préjudiciable à Pagriculture ; il ne fera prefque plus de trefles, ou ils : feront de moindre qualité , fuccédant à une récolte de grain: n’ayant prefque pas de fourrage,

re ? de ne plus cultiver de

(1) J'ai traduit cet article, non que je le croïe utile à nos cultivateurs , mais pour faire voir la richefle des fermiers Anglois.

OGeTorRKR 255 il fera obligé de diminuer fes beftiaux ; il n'aura plus d'engrais, & ne tendra direétement qu'à fa ruine ; il profiteroit encore davantage en cultivant des turneps , ne fut-ce que pour y mettre fon troupeau,

Lu

De la Cour de la Ferme,

ÿ bles

JE ne pourrai que renouveller ici les recomman= dations que j'ai faites le mois dernier au fermier, fur le foin de fes beftiaux à la cour ; plus on avance dans la mauvaife faifon , plus ils demandent à être foignés. On peut employer le chaume, la bruyère pour épargner la paille; le principal étant qu'ils aient toujours de la litière neuve, & que les animaux ne puiffent jamais s’enfoncer dans la terre de la cour , ou fur celle des compots, qu’ils emporteroiïent avec leurs pieds. À mefure que l’on voit le fumier pourrir , il faut le recouvrir ; on peut économifer en prenant celui qui fort de deffous les chevaux , & que l’on met avant fous les autres befliaux , après en avoir bien fecoué le

crotin.

Du Barrage.

Sitôt que les beffiaux font rentrés à l’étable, les

batteurs doivent être mis à l'ouvrage, pour pou- Voir

NOVEMBRE 259 Voir leur fourmr de la paille fraiche tous les jours ; il faut pour cela que le nombre des animaux foit proportionné avec la quantité de paille que l’on a récoltée, & il faut aufli ne mettre que le nombre de batteurs néceflaires , pour qu'il y ait des litières jufqu’au printems , furtout fi l’on n’eft pas à portée d’une ville pour en acheter quand on en manquera.

Des Clôtures.

Voici le premier mois pour faire les haies & les foflés ; lorfqu’une fois on a mis fes clôtures en bon état, ce qui doit toujours fe faire les trois premières années du bail ; le mieux eft de divifer tout ce que l’on a de haies, en douze parties égales , & d'en entretenir toujours un douzième par an.

La meilleure manière de faire les haies, eft de les entrelacer comme des claies, entre des pieux que lon plante fur le fommet du foffé ; on entre lace du bois fec entre, & on plante du plant d’épine blanche au pied ; cet ouvrage que beaucoup de fermiers négligent ; ne faifant que ce que porte exactement leur bail, eft fort important; car fans cela, fi vos clôtures ne font pas bien entretenues, votre bétail courra çà & là parmi vos emblas

258 NOVEMBRE ves ,; & fouvent dans celles des voifins , on entrera dans des herbages qu'ils gâteront, fans compter qu'ileft certain qu'il y en a qui feroient périr tout un troupeau, s'ils y entroient.

Aufli tout fermier intelligent ne néghgera pas cet objet important , &t gardera toujours une certaine fomme d'argent pour cela, dont au furplus il aura calculé la valeur en paffant fon bail. Il faut recreufer & fouvent curer les foflés , fans quoi les haies ñe deviennent plus d'aucune utilité, & font promptement abimées par les beftiaux; il faut aufi avoir foin que les maitres tirés dans les terres aboutiffent dans les foflés, dont la berge, à cet effit , doit avoir une ouverture pour les recevoir , & en même tems ces foffés , quand ils peuvent contenir, l’eau, font d’une très-grande utilité pour mener les eaux flagnantes dans des par ties trop feches; tous ces procédés font détaillés parfaitement dans l’extrait fuivant, tiré d’un auteur moderne fort célebre.

Obférvations génerales.

La clôture des héritages eft un des points les plus effentiels d'agriculture , & les fermiers qui ont des terres enclofes, en tirent bien plus que ceux qui cultivent en champs ouverts , & ont bien moins

de foins & d’embarras ; ils entretiendront une harde de cochons , un troupeau de moutons , une bande de vaches, & un attelage de chevaux, dans un petit herbage de trefle, entouré de cent acres de bled , fans courir aucun rifque , & fans avoir befoin de perfonne pour les garder ; il ne s’agit que d’avoir des défenfes folides autour , & bien entretenues.

Les foffés , dans la province de Suffolk, où j’habite, font faits parfaitement ; on y plante une fimple haie fur le bord, avec une haie feche derrière, qui ne dure pas un hiver entier ; elle tombe, on la vole, les animaux rongent le plant qui meurt , & voilà la dépenfe perdue.

Cet inconvénient peut fe parer en faifant des haies entrelacées comme des claies, qui font très= folides , furtout fi on fait des pieux en faules ou en peupliers qui reprennent en terre, & font prefque une feconde haie vive; elles n’ont pas le danger d’être écrafées l’hiver par le poids de la neige, lorfqu’une fois la haie vive ef pouflée à une certaine hauteur. é

"Et le bois qui en fort, on l’entrelace dans le pied pour boucher les trous, on plante de nouveaux pieux vifs vis-a-vis la haïe feche qui devient alors inutile, & ces clôtures font après cela impénétrables à toutes fortes d'animaux.

Une manière encore plus füre de s’enclorre, qui

eft un peu plus difpendieufe | mais dont on tire bien le profit par la fuite, eft de faire un double foffé avec une banquette au milieu, fur le haut de laquelle on plante la haie vive , & derrière, la haie en claie dont j'ai parlé, mais toujours avec des pieux de faules on de peupliers.

Mais après avoir blâmé les haies fèches ordinaires de notre pays , je ne puis m’empêcher de vanter lufage de faire les foflés dont la berge de dedans eft prefque droite , & celle de déhors aflez en pente, pour que les befliaux puiffent venir paître jufqu’au bas, fans pouvoir remonter fur l’autre ; la berge la plus droite doit, pour bien faire , être gazonnée pour empêcher les terres de s’ébouler ; plus les terreins font humides , plus on doit faire les foflés creux, pour deffécher les terres : on n’eft jamais embarraflé de ce qui en fort, en les portant à la maifon, on en fait de bons compots , & on ne peut en avoir trop.

Plufieurs auteurs ont traité des clôtures , fans entrer dans ces divers détails , & furtout fans entrer dans le calcul de la dépénfe , ce que je trouve important de mettre fous les yeux du cultivateur.

Le plan ci-joint repréfente une ferme d’un mille en quarré, contenant par conféquent fix cens quarante acres , divifés en feize enclos de quarante acres chacun ; par conféquent , il y a dix mille toi-

NOVEMBRE. 261 fes de foflés & de haies : je vais préfenter la dépenfe première de cette clôture pour un propriétaire ou un ferimier qui aura un long bail ; & après, je ferai le relevé de toutes les dépenfes néceffaires , pour bien entretenir cette défenfe aprés fa première conftruétion,

M D 0e Rs RAD AO os # ps + % # . # * + RARE RANRNAK nee MEN MAO : # * * ES # £ Ê 5 * F4 + % # ARE HORÉRROONE HAE AARÉDEX RE Ÿ & x # x * * # X È * * # # & M + + pa Fa BAMERX REINE HAÉRX Rene tax KR # # % * * # # * # : $ * RMI A IE RATE OI DE COS

Je fuppofe donc ce quarré d’un mille, avec un foffé de fix pieds de large par le haut, cinq de creux , réduit à rien dans le fond , pour lenclios du tour avec une haie de fureau , de bons pieux de boïs vif, cette dépenfe coûtera cent huit fous

R ii

la perche , fans compter quatre francs pour une haie feche entrelacée, fon en veut une, & douze fous de plus par perche , fi la haie ef garnie d’épines, ce qui reviendroit alors tout compris à fix francs fans la haie feche,

Les foflés de travers dans cet enclos, comme il eft figuré ci-deffus, n’ont befoin que d’avoir quatre pieds d'ouverture, & trois de profondeur , ils reviendront , avec une haie d’épines blanches, feulement plantée fur la berge , & une haie en fureau en bas de çes pieux de faule, à quatre liv. dix fous, |

Il faudra feize barrières d’entrée, qui , bien conditionnées en bois de chêne, avec des traverfes, deux gros poteaux, & bien ferrés, reviendront dans notre comté à un louis piece.

Il faudra à chaque entrée, une petite arche en brique fur le foflé, pour l'écoulement des eaux, enfin à tous les angles où les foflés fe rejoignent, où il faut, pour bien faire , des paliffades en bois pour empêcher les beftiaux de defcendre dans le foflé , & il en faut de pareilles à côté des poteaux des barrières pour empêcher que l’on ne pañle à l'extrêmyté de chacune.

Récapitulation.

Un mille, ou trois cens vingt perches de tour

NOVEMBRE. 263 du liidarperche, ., Mat 01920 lv,

Les foffés des enclos intérieurs , deux mille huit cens quatre-vingt perches à quatre liv. dix fous, . . . . 12960

Seize portes à un louis piece, . . 384 Seize archés à vingtfix francs, . . 416 Palffades pour les portes , à cent fols, 140

Vingt-une places aux angles , paliffadées TNT ENRONRNNENENNECRRRERR

15989 ÿ LE ou. 7,

Ce qui fait par acre , à raïfon de 640, a-peuprès la fomme de 25 lv. 19 fous.

Par ce calcul, on voit qu'avec environ un louis par acre, on aura de bons enclos dans lefqugls on pourra faire telle culture qu’on voudra ; cela difpenfera même un propriétaire de mettre dans le bail, qu'on ne pourra abandonner les bêtes à laines dans une terre, dont les clôtures n’ont pas neuf ans, ce que l’on fait fouvent pour empêcher que ces animaux ne mangent les haies vives.

. Auellement, il faut calculer ce qu'il en coûtera pour réparer ces haies au bout de quatre à cinq ans , ce qui eft la feule chofe qui puifle être à la

charge du fermier; car la première dépenfe doit R iv

regarder le propriétaire , à moins que le prix du bail n’ait été fait en conféquence ; cette opération confifte à remplacer tous les pieux qui font morts, Caflés ou pourris , & remplacer le bois de la haie en bois neuf; & on fait fagoter & mener à la maïfon celui qui eft hors de fervice pour brûler. Cette dépenfe feroit bien plus confidérable, f les pieux n’étoient pas de faules ,| de peupliers ou d’autres bois vifs ; car ceux que l’on met en terre, & qui ne reprennent pas , pourriflent promptement.

Des Bordures.

Les bordures , dans les cantons où les enclos font petits , prennent fouvent la dixième ou douzième partie de la ferme ; mais dans les grandes exploitations , c’eft encore plus confidérable : néanmoins elles ne doivent contenir que la largeur néceffaire, pour que les chevaux en labourant puifs {ent tourner fans faire de fourrières. Elles doivent être aufli unies que les autres prés de la ferme, & bien nettoyées de chardons, de ronces , d’épines, & d’autres plantes nuifibles , que les haies produiroient , fi on n’avoit pas cette attention ; ce qui | ne feroit, de ces portions de terre ; que du terrein perdu ; cette opération doit fe faire toutes les fois que l’on répare les haies; il faut alors avoir grand foin de bien ramafler toutes les élagures , bien ré-

pandre egalement les anciennes buttes, s’il y en a, ainfi que la terre fortie des foflés , fi on les a curés. Pour la pente, il faut qu’elle foit bien égale , afin que les eaux des maîtres puiffent tomber dans le foflé. Lorfuw’on a curé les foflés , on peut ramañler les terres en un tas, s’il y en a beaucoup, pour les mener l’hiver fur les prés , ou en faire des compots , ou enfin la mêler avec de la chaux, & la répandre dans le champ même. La chaux mêlée de la forte a un grand avantage ; c’eft qu’elle détruit toutes les racines des mauvaifes plantes qui {e trouveroient mêlées dans ces terres, & les réduit en un fimple engrais végétal.

Tout ce qui vient d’être recommandé ci-deflus, eft de la plus grande utilité, & ne peut être que très-profitable au fermier ; cela lui donne de bonne herbe, au lieu de mauvaife ; cela deffeche fa terre, fi elle en a befoin , & lui fournit un bon engrais; auf ne pouvons-nous trop recommander aux cultivateurs de s’y conformer.

Du Parcage.

Si ce mois-ci eft pluvieux , il eft tems de ceffer de parquer dans les terres humides ; le fermier doit alors mettre fon parc fur des terres feches & fablonneufes , ou fur les prairies artificielles qu’il

veut détruire l’année fuivante; ce dernier parcage eft excellent pour lhiver, car les pluies qui enterrent fréquemment le fumier de brebis, l'empêche de brûler lherbe; ce qui arrive lorfque l’on parque ces terreins l'été, & leur fait tort pour la coupe qui précéde le défrichement. Il y a quelques fermiers entêtés qui ont voulu fe récrier contre Pufage de parquer tout l’hiver ; mais l'expérience prouve bien aëtuellement que cela n’a nul inconvénient, ni pour le troupeau, ni pour le terrein ; en fe conformant à ce que nous venons de dire, la plus grande partie des gentilshommes & des fermiers de nos provinces le pratiquent ainfi depuis plufieurs années, & s’en trouvent très-bien. C’eft auffi le moment de parquer les pâtures où l’on voit de la mouffle; rien ne la détruit mieux que cet engrais ; l'urine de brebis lui eft plus contraire que tout autre fumier,

Des Chevaux.

Voici un mois fâcheux pour ces animaux chez les mauvais fermiers ; car après les forts ouvrages de l’automne , ils les réduifent fouvent à une nourriture maigre & infufhfante : mais ceux qui les nourriflent bien en font amplement dédommagés par le travail qu’ils en retirent. Il en eft de toute

æfpece pour ce mois-ci. Sur les terreins légers on peut conduire la marne, la chaux ou la glaife tout l'hiver; & dans les terreins humides on peut menér toutes fortes d’engrais fur les herbages , pourvu que lon ait des tombereaux ou charrettes .bafles avec des roues à jantes larges de neuf pouces , qui ne font jamais d’ornières.

Si la fituation du terrein ne permet pas d’occuper toujours les chevaux à ces fortes d'ouvrages, on peut les employer à mener les denrées de la récolte aux marchés voifins, & ramener en revenant, du fumier, ce qui eft une excellente fpéculation. On trouve dans les villes des engrais de toutes efpeces , des fumiers de chevaux , de porcs, de pigeons, &c.; des cendres de charbon, de la fuie , du marc de cidre ou de bierre , des curures de latrines , & généralement toutes efpeces d’immondices, qui, amoncelées en un tas Phiver , près la ferme , donnent de quoi faire, lorfqu'ils font confommés , d’excellens compots. Rien n’eft plus avantageux qu’une pareille pratique , & rien cependant n’eft plus négligé par les fermiers , que la dépenfe effraie , & qui n’entendent pas leur propre intérêt , puilqu’il eft prouvé que le profit les dédommageroit amplement des frais.

Des Defféchemens.

Voici le moment de creufer ou de rafraichir les vidanges faites dans les terres ou prés humides , fi on en a dans la ferme; car fans cela il eft inutile d’en louer ou d’en cultiver : ce feroit des dépenfes ou des femences perdues , que de fumer des terres avant de les avoir defléchées ; c’eft vouloir ne tirer que cinq pour cent de fon argent , quand on en. peut tirer cinquante,

Il faut commencer par entourer ces fortes de terreins d’un bon foflé, dont on ne laïfle pas la moindre terre fur les bords intérieurs, afin que l'eau y tombe aifément , on fait enfuite des rigoles dans le champ , de tous les fens , fuivant la pente , pour amener les eaux dans ce grand fofé.

On à imaginé en Angleterre depuis quelques années deux ou trois efpeces de charrues , avec lefquelles on peut faire kes rigoles bien plus vite, & à bien moins de frais qu’à la bêche , il y a quatre cinquièmes à gagner , & l’ouvrage eft aufh bien fait. Un fermier qui a beaucoup de terres à deffécher , ne doit pas héfiter d’acheter une de ces charrues. On proportionne le nombre de ces rigoles au plus ou moins d'humidité du fol; il les faut quelquefois à deux perches de diflance , même

à une, fi le fonds efl très-marécageux. Dans les herbages on doit recouvrir ces vidanges, après les avoir comblées avec des pierrailles , des briques ou des fagots d’épines , pour que les eaux pañfent deflous ; on y pofe enfuite des gazons renverfés ; & l’on reffeme enfuite de l’herbe fur la fuperficie du terre; cette pratique eft très-importante, & l’on en eft fouvent rembourfé par la récolte de la première année. É

Des Bois.

Voici la faifon de couper les bois dans une fer: me, fi on en a; mais en général , ils ne font pas confidérables dans ce royaume : & même dans les provinces où il y en a, le fermier fera bien de n’en louer que ce qui lui eft néceffaire pour fon ufage, car c’eft ordinairement un genre de fpéculation qui ne leur réuflit pas. Cela leur prend trop de tems & trop d'argent pour les premières avances ; 1l vaut beaucoup mieux qu'ils emploient leurs fonds à augmenter leurs troupeaux, à acheter des beftiaux pour engraïfler, ou à conduire des engrais fur les terres.

Si cependant un cultivateur eft forcé de prendre les bois avec la ferme, ou quil en foit propriétaire , 1l doit donner toute fon attention à faire

exploiter fon bois de la manière la dd avanta= geufe fuivant la fituation, |

Le meilleur parti à tirer des‘bois dans ce royaume, où on n’en brûle pas communément , c’eft de faire des échalats pour le houblon, qui ont douze pieds de haut, des cercles pour les tonneaux , dans les provinces où on fait de la bierre ou du cidre; des claies, des pieux pour les clôtures , des fagots ou du bois de charronnage, s’il s’en trouve. Mais malgré tout cela, je confeillerai encore à tout bon cultivateur de vendre par préférence fon bois fur pied , s’il en trouve loccafion. Les frais de tranfport emporteroient tout le profit & ruineroiïent les chevaux, fans compter le tems que cela emploreroit , tandis que fa furveillance feroit très-utile dans:

au autre endroit,

De la Pimprenelle.

C'eft un mauvais ufage de beaucoup de fermiers, de continuer dans cette faifon de laïfler aller leurs beftiaux dans ces fortes d’herbages. C’eft une fort mauvaife pratique , furtout fi le terrein eft humide, ou les tems pluvieux, cela détruit la racine de cette plante; il ne faut jamais y laïffer aller aucune efpece de beftiaux l’hiver , & alors l'herbe poufle mieux , & forme une excellente pàture pour le printems,

Des Clôtures en Pierres,

Dans les mauvais terreins très-pierreux, la clôture ordinaire eft une muraille de pierre fort épaifle que lon forme avec les pierres que l’on tire du champ ; voici la faifon de faire cet ouvrage, la pierre blanche ou pierre à chaux, eft celle qui s'emploie la mieux pour ce genre d’ouvrage , fe coupant plus aïfément ; c’eft une très-bonne opération que d’épierrer ainfi les terres : non-feulement cela fert pour les clôtures, mais pour les réparations de la ferme , & la terre ne s’en trouve que meilleure après. Si les pierres ne font pas plates, il eft néceffaire de faire les murailles beaucoup plus larges du bas que du haut; on les fait ordinairement en pierre feche , ou avec du mortier de terre. Cet ouvrage peut fe faire tout l’hiver , & fe paie à tant la perche ; c’eft en général une mauvaife clôture, qu’on ne doit employer que quand le terrem vous y force.

Des Fourmillières.

C’eft le mois de détruire les fourmillières & les taupinières ; on a inventé depuis peu une char-

272 NOVEMEBRE.

rue qui coupe & renverfe parfaitement ces buttes ; on emporte enfuite les fourmillières dans une voiture , pour qu’elles ne fe repeuplent pas. Il eft certain que cela abrége de beaucoup l’ouvrage ; mais je connois une méthode ufitée par plufeurs fermier , qui me paroît préférable; c’eft de creufer à la bèche un grand trou large d’entrée, & profond dans le milieu de la fourmillière, & de laïfler enfuite comme cela, tout l’hiver , les gazons retournés, pour que l’eau puifle s’y introduire &t noyer les fourmis. On évite par là l'embarras de les enlever , & de favoir où les mettre. Au printems on releve les terres, & on régale le terrein en remettant les gazons deflus ; l'herbe repoufle, & :l n’en paroïît rien à la pâture; cette opération eft peu coûteufe , on peut la faire pout dix à douze fous du cent de buttes, fans cela on perd beaucoup d'herbes ; & un fermier intelligent ne regardera pas à cette dépenfe, d'autant qu’elle fera du nombre de celles qu’il aura calculées en louant fa ferme. Ceux qui ne fe conduifent pas ainfi n’y entendent rien ; 1l y a en agriculture plufieurs dépenfes femblables , pour lefquelles il eft abfolument néceflaire d'avoir quelques fonds d'avance ,; comme pour le commerce. |

Des

NOVEMBRE, 173 Des Pois.

Dans les terreins fecs on feme ce mois-ci ce qu’on appelle les pois à cochons, qui réfiftent aux plus fortes gelées, & font bien plus hâtifs l’année d'avant que ceux femés au printems ; il faut en femer quatre à cinq boifleaux l’arpent , fur un chaume de bled; & les enterrer à la charrue, fans hierfer après, mais ayant foin de faire des maîtres pour écouler les eaux.

Du Débit des Bois.

Je ne parle pas de cet article, comme objét de fpéculation ; les mêmes réflexions fe préfentant que pour les taillis, inais feulement parce que, dans là plupart des baux, il eft permis aux fermiers de couper, dans les arbres épars de la ferme, ce qui lui eft néceffaire pour l'entretien de fes charrues , charrettes & clôtures. Il ne doit pas en abufer ; fi fon attirail eft bien monté en en: trant , il ne doit que l’entfetenir pour lavoir de même en fortant. Voici en conféquence le tems de couper les ormes & les frênes , pour les employer l’année fuivante feulement, On a une petite cour particulière, avec un hangar où les ou-

vriers débitent les bois ; il ne faut furtout jamais lemployer verd.

Du Troupeau.

Les brebis & agneaux doivent encore trouver à fe bien nourrir ce mois-ci dans les pâtures, mais les, moutons que l’on veut engraïfler, doivent être ramenés à la bergerie à préfent, & nourris aux turneps & enfuite aux choux; 1l faut qu’ils en mangent à difcrétion , mais prendre garde qu’il ne s'en gâte une partie, C’eft le fujet de la diverfité des opinions de différens fermiers dont nous avons déja parlé; les uns veulent mettre le troupeau dans le champ même pour y manger les turneps, & éviter par-là la dépenfe du tranfport; d’autres préfèrent de faire mener ces racines fur une pàture bien féche, où on les donne au troupeau.

Je dirai à cela que fi le terrein eft fec ou fàblonneux , il n’y a pas le moindre inconvénient à faire pâturer les turneps dans les champs, ayant furtout l'attention d'y conduire les bêtes maigres, après que les moutons gras y ont pañlé pour manger ce que ces derniers n’ont pas voulu ; ‘cette méthode que peu de fermiers connoïflent, eft trèsavantageufe & mérite d’être recommandée ; car en général l’engrais des moutons eft un des points

Pen.

NOVEMBER. 27S les plus importans en agriculture. Comme il eft effentiel que les moutons à l’engrais mangent continuellement , il eft eflentiel d’avoir dans le champ de navets, quelques rateliérs toujours” pleins de foin , pour varier leurs nourritures de tems en tems, I y a même des fermiers qui leur donnent dans des auges, du fon ou de la farine de méteil & d'orge. Ces nourritures feches ne peuvent faire que beaucoup de bien , entremélées avec celle des turneps , qui eft bien fraiche. La paille & le foin hachés font aufhl\ une très-bonne nourriture à donner avec des turneps , & moins coûteufe que le grain ; au refle , je ne donne cela que comme confeil, car j'ai vu des troupeaux nourris parfaitement avec des turneps feulement.

Il y à encore une obfervation trés-importante à faire fur l’engrais des moutons d'hiver, c’eft que les meilleurs mois pour les vendre font Avril & Mai, parce que le mouton vaut un où deux fous par livre de plus. C’eft pourquoi un fermier prudent doit fe précautionner de nourriture , pour quand les turneps ne valent plus rien, ce qui arrive le 15 Mars, environ , d’autant que c’eft ie mo ment alors de retourner la terre pour femer l’orge, & quand on ne le voudroit pas, ils montent à graine à cette époque , & ne valent plus rien,

Les grands choux d’Ecofle , font la meilleuts plante à faire fuccéder aux turneps , parceque les

Si

plus fortes gelées leur font abfolument indifférentes, ainfi qu'aux choux-navets, &t les moutons font très-friands de ces deux efpeces ; le produit en ef immenfe , & ils fe confervent jufqu’à la mi-Maï, que vous vendez vos moutons, gras, & que vous commencez à avoir de l’herbe pour les autres; cette pratique eft une des meilleures que l’on puifle fuivre.

Dans les terres fortes bien cultivées & fumées, le ray-graff & le trefle commenceront auffi à donner , vers la mi-Avril, de quoi nourrir les beftiaux ; mais c’eft d’un fi petit rapport , que cinq arpens de ces fourrages n’en vaudront pas un de choux dans cette faifon. Il ef vrai que, pour que ces racines réufliffent bien , il faut que la terre foit parfaitement bien fumée & cultivée , alors le produit fera certain , mais fans cela la récolte fuivante s'en reflentiroit; car vos choux vous conduifant jufqu'à la mi-Mai, les orges ne réufhiroient pas bien après , fi le terrein n’avoit pas été bien en-

graifié.

Des Feves.

Voilà une excellente faifon pour planter les feves qui feront par ce moyen bonnes à houer en Mars ; le fameux agriculteur Yong entre à cet égard dans de grands détails que nous allons rapporter ici.

Le tableau de comparaïfon que j'ai fait, dit-il, de treize années de récoltes confécutives , de feves femées en rayons, & houées à la petite charrue, a donné un produit de trois quartes fept boifleaux trois picotins , ce qui peut porter le profit d’un acre, tous frais prélevés; à trois louis par an, & qui doit déterminer à fuivre par préférence cette méthode à celle de femer à la volée.

Depuis nombre d’années , plufieurs écrivains ont infiniment vanté cette nouvelle méthode de culture , & l’ont étendue à tous les grains, bleds, orge, avoine ; ils ont cité à cet égard une infinité d’exemples & d'expériences, je les ai toutes recueillies, dit toujours M. Yong , & ai moi-même voulu les répéter |, me méfiant de la prévention de tous les écrits qui ont paru alors, où chacun difoit c’eft exécrable , ou c’eft admirable, fans aucune admiffion de partage.

Ils ne peuvent pas condamner cette méthode pour une culture , fans la condamner pour toutes; je ne fuis pas fi partial , & je me ferai un devoir d'inftruire le public, que d’après mes expériences , elle m’a parfaitement bien réufli fur les feves , médiocrement pour le bled & les pois, & fort mal pour l'orge ou lavoine,

Le réfultat ci-deffus, de mes expériences fur les feves, ne me laïfle plus de doute fur la bonté de

cette mamère de les cultiver, du moins fur des Si

278 NOVÉMBRE.

terres fortes comme les miennes, où un produit de trois louis par acre me paroïît fort confidérable. Jé connois de mes voifins qui ont des terres grafles excellentes , fur lefquelles on doit faire de bien plus belles récoltes.

Je trouve que dans mes terres, le rapport d’un acre de feves cultivé ainfi, excéde celn de mes meilleurs bleds. Il doit paroïtre bien fufhfant de tirer un pareil profit d’une terre qui devroit être en jachère , & qui n’en produira qu’un plus beau

led après, ayant été fréquemment remuéé,

TE ET mme

N. B. On a cru inutile de rapporter ici le ealcul des treize années , le réfultat eft le principal,

& le refte fuperflu.

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DIU 5 BIANT' T'A/GIE

Voie: le mois où l’on doit commencer! à faire battre les grains , fans difcontinuer tout hiver, pour que les befliaux ne manquent pas de paille, Les fermiers intelligens qui engraiflent des beftiaux commencent toujours par faire battre la plus mauvaife paille , pour qu’en avançant dans l'hiver, les befhaux en trouvent journellement de meiïlleures. Par exemple, la paille de bled étant la plus mau vaife , on doit commencer par là; enfuite l’avoine, l'orge, & enfin, l’avoine ou l'orge, avec laquelle il y aura eu du trefle de fémé, qui ef la meilleure de toutes, & préférable au foin pour tous les beftiaux.

Les fermiers ne peuvent mettre trop de foin à bien choifir leurs batteurs, car fi ces gens ne font pas honnêtes ou adroits , 1ls y perdront beaucoup; ils ne battront pas à fond, laifleront du bled dans la paille, ou s'ils veulent en einporter , ils en mettront journellement dans leurs poches, aux heures de leurs repas, ou en cacheront dans des trous à

portée de la grange, où ils viendront la nuit les chercher ; le bled eft auffi tentant à voler pour ces gens-la, que l'argent.

La parefle parmi ces gens n’eft pas moins nuifible aux cultivateurs ; car il y en a qui ne donnent que deux ou trois coups de fleau fur chaque gerbe pour avoir le plus facile, & laïflent, par ce moyen, la moitié du grain dans la paille ; c’eft une perte immenfe pour le fermier , s’il ne veille fes batteurs de près , s’il n’examine pas la paille ayant qu'elle entre dans les rateliers. C’eft au point que dans une ferme très-confidérable , je confeillerois au fermier d’avoir un homme occupé uniquement à veiller les batteurs , 1l le regagneroit bien à la fin de lannée.

L'importance de ces détails, la fatigue de cet ouvrage pour les hommes, qui même eft mal-fain, fait bien regretter qu’on n’ait pas pouflé plus loin les recherches que l’on a faites, pour trouver une machine pour battre les grains. Il a été préfenté ä la Société de Londres, un moulin à cet effet, dont on a fait l’effai en grand; mais cette machine étant revenue à fept ou huit cens louis, eft audeflous des facultés d'aucun fermier , & n’a pas rempli le but. Il feroit bien à defirer que cette Société, qui eft animée de fentimens fi patriotiques , faffe de nouvelles recherches à cet égard, & ex-

ok eee

cite l'émulation des méchaniciens , pour trouver une machine fi utile à l’humanité,

De la Cour de la Ferme.

On doit continuer tout ce mois-ci les mêmes attentions pour le travail intérieur de la cour, & la diftribution journalière des fourrages ; fi le fermier n’y a pas perpétuellement l’œil , les domeftiques, par négligence , lui feront perdre la moitié de fes pailles : le chaume de bled, la bruyère, la paille fourragée , doivent être feuls employés à la litière , & on doit garder la paille fraiche pour les beftiaux. Dès qu'il a plu un peu abondamment, on doit renouveller la litière de la cour, pour que les beftiaux foient toujours couchés féchement, Les étables & les écuries doivent être curées fréquemment , & les fumiers bien répandus dans la cour, & arrofés tous les jours avec les urines qui fortent des étables, & qui doivent être raffemblées dans un puifard à une extrémité de la cour ; on doit de même en couvrir les fumiers chaque fois que l’on y répand des terres deflus pour former des compots, cela fe fait très-facilement avec une petite pompe faite exprès, qui ef a côté du puifard, & qui arrofe parfaitement ; on s'en fert de même pour tirer de l’eau des puits

pour larrofement des jardins ; tous ces foins font fort effentiels pour multiplier les engrais.

Des Chevaux.

Comme on ne peut guere fonger à faire des labours ce mois-ci, & que même il y auroit de l'inconvénient à labourer la plus grande partie des terres, on ne peut occuper les chevaux qu’au charroi des engrais de toute efpece , fur les herbages, comme nous l’avons déja recommandé ci-devant.

On peut cependant commencer à défricher les terres précédemment en herbages , & c’eft même le bon tems pour cet ouvrage; car fi la terre étoit feche on ne pourroit y réufhr, & d’ailleurs fi l’on attendoit au printems, les gazons retournés n’auroient pas le tems de pourrir.

On ne doit défricher un herbage que lorfque lon voit l'herbe femée dépérir, &t la fuperfcie couverte de moufle, il y a alors bien plus d’avantage d'y mettre la charrue, & d’y faire trois ou quatre bonnes récoltes de grains, pour les remettre en pâturages après.

Les avis font bien partagés fur l’efpece de grains à femer dans ces défrichemens , les uns commencent par l’avoine blanche , d’autres par la noire, d’autres y mettent des pois à cochons; 1l ne peut

DÉCEMBRE: 283 y avoir de regles fûres là-deflus , c’eft felon la qualité du fol, & le fermier intelligent fait mieux que perfonne ce qui convient à fon terrein,

Des Fumiers.

S'il gele , on doit en profiter pour conduire les fumiers de cour & les compots fur les terres deftinées à porter de l’orge ou des turneps; car par le tems humide on ne peut aller que dans les herbages; on doit laifler les fumiers en grand tas dans le champ, & ne le répandre qu’au moment de labourer , pour que les pluies de l’hiver ne détruifent pas la puiffance végétative dans les terres argilleufes de l’Angleterre. Les cultivateurs ont une fort bonne méthode l'hiver , ils profitent des gelées pour conduire du fumier tel qu'il fort des étables , fur les bordures des champs qu’ils veulent engraifler , & ils en forment à mefure des compots avec les terres qui fortent des foflés que l’on a curés, ils les laiflent enfuite bien confommer,

}& ne les menent dans la terre qu’au printems ; ils fement enfuite du trefle dans l'orge après qu’il eft levé , pour l'empêcher de faire tort au grain: l’année fuivante , ils font deux bonnes coupes de ce trefle, & y fement du bled l’automne fur une façon qui y réuflit parfaitement , à caufe de l’en-

grais que la terre a reçu l’année précédente. Cette méthode eft excellente , & ces terres rapportent fept à huit quartes par acre,

Du Troupeau.

Comme dans ce mois-ci on peut commencer à avoir des agneaux, on doit redoubler de foins pour les brebis, & ne les pas laïfler manquer de nourriture. Lorfqu’elles ont agnelé , elles doivent avoir des choux & turneps abondamment, &t même du fom dans les crêches aux champs ; les choux ont un très-grand avantage , c’eft que tel fort qu'il gele, on peut toujours les couper, lorfque lon ne peut plus arracher des turneps. Lorfque le tems eft très-mauvais , on fera bien de rentrer les agneaux dans la cour où font les meules, & d’y tranfporter les crêches ou rateliers pour leur donner leur manger fec. Il y a des fermiers qui, dans le tems des neiges , rentrent leurs agneaux dans leurs granges , mais c’eft une mauvaife méthode; il vaut mieux avoir un hangar dans la cour dont nous venons de parler, fous lequel ils pourront manger ; ils y feront plus fainement, & vous donneront une plus grande quantité d’excellent fumier, pourvu que la litière ne leur manque jamais , cela fera l'effet d'un parc , fi on a eu la précaution l’au-

DÉCEMBRE, 28$ tomne, de garnir cette cour fous la litière, d’un lit de marne, ou de gazon provenant de foflés rafraîchis ; le tout étant bien confommé fera un excellent engrais,

Des Vaches.

Il faut bien obferver dans cette faifon les vaches qui font prêtes à vêler, & les retirer trois femaines d'avance d’avec les autres qui ne mangent que de la paille , & les bien nourrir avec les choux , les turneps & du foin , comme le jeune bétail, & dès qu’elles ont vêlé , il faut les nourrir aufh bien que les bêtes à l’engrais.

Des Porcs.

Voilà la faifon de faire le meilleur profit de ces animaux, pour le fumier qui eft le principal, il faut avoir bien fom que les truies, & furtout celles qui ont des porcs de lait, foient amplement fournies de litière , & toujours tenues bien proprement, ce qui fe voit au luifant de leur peau; les porcs que l’on veut engraïfler doivent aufli avoir toujours de la nourriture devant eux: fans ces atten-

tions on perd beaucoup fur ces animaux, & on en a moitié moins de fumier.

Si un fermier, fur les cochons qu'il engraïfle , trouve à retirer l'argent qu’ils lui coûtent, & celui de ce qu'il vendroit leur nourriture au marché voifin , il y gagnera aflez en épargnant les frais de tranfport, & par le fumier qu'il en retirera, furtout sil a foin de récolter amplement des racines qui leur font propres.

Des Clôtures.

Je ne puis que répéter ici ce que j'ai dit dans le mois précédent , 1l faut continuer exaétement dans cette faifon l’entretien & réparation des haies.

Du Fummage des Pres.

Ï faut continuer aufli de mener les compots far les prés ou terres en herbages, mais furtout, à moins qu’il ne gele fort, n’y entrer qu'avec des Voitures à roues larges ; il faut réferver le fumier de cour & des étables pour les terres labourables, & ne mener que les compots fur les herbages.

DÉCEMBRE. 287 Du Marnage.

Je recommanderai la même chofe pour le marnage ; ceux qui ont adopté cet engrais, ainfi que la mixtion de toute autre terre, comme glaife, craie, chaux, &c. ne doivent päs difcontinuer ce mois-ci, tant qu'il y fera bon; ils ne peuvent pas employer plus utilement leurs attelages | & c’eft fans contredit un des meilleurs engrais à employer, & qui dure le plus longtems.

De la Plantanon des Saules.

Je puis répondre que cette plantation fera trèsprofitable à ceux qu l'entreprendront , très-utile à tout le royaume; cet arbre vient plus fort en vingt ans, qu'aucun autre arbre en foixante où foixante-dix , &: rend tous les ans beaucoup de bois. Aucun arbre n’eft plus facile à multiplier , & ne vient auff vite: au bout de fix ans il eft en rapport , & fe tond tous les trois ans ; de forte qu’en divifant fa plantation en trois , on s’en fera un revenu annuel après dix ans ; le rapport fera beaucoup plus confidérable & plus immenfe après vingt, comme on le verra pas les calculs ci-après.

Pour faire cette plantation avec avantage , il

faut commencer par enclorre le terrein qu’on ÿ deftine , pour le défendre contre toute efpece de bétail , enfuite le bien labourer à la charrue ou à la pioche pour détruire les racines & les mauvaifes herbes. La faifon pour planter eft depuis Novembre jufqu’en Avril, on commence par les terreins les plus fecs.

Les rejets de l’année font les meilleurs, lorfque l'on veut faire un plantation de grands arbres, on les coupe de dix-huit à vingt pouces de haut, & on les enfonce de fept à huit en terre , le gros bout en bas ; ces poufles d’un an feroient bien deux ou trois boutures ; mais je ne confeillerai pas d'employer le haut des branches, elles feroient trop foibies pour mêttre en terre.

Les boutures doivent être à trois pieds de diftance environ fur tous fens ; fans alignement ; il en faut environ cinq milliers par acre. Au mois de Juin 1 faut parcourir la plantation , &t à toutes les tiges qui auront pouflé plus d'un rejet, il faudra fupprimer le furplus , pour donner de la force à la maîtrefle branche; & on doit couper ces branches le plus uniment poflble , pour que lécorce recouvre la plaie : après cette opération , 1l faut piocher la terre, on y peut même femer des turneps; loin de faire tort à la plantation, les fréquens binages que l’on donnera à ces racines feront du

bien aux jeunes plantes, pourvu que chaque turneps

DÉCEMBRE. 2S9 ñeps foit à un pied au moins de chaque petit ar= bre; hiver fuivant lorfque les turneps font cueil= lis , on pioche encore une fois le terrein , & l'été fuivant on arrache feulement l'herbe qui aura pouflé, avec le crochet, & voilà la dernière cuk ture qu’exige cette plantation. Cet inftrument eff une efpece de fourche à trois dents recourbées, comme on s’en fert dans le comté de Kent, pour cultivér le houblor ; cet ouvrage fe paie commu nément à l’entreprife, à raifon de quinze livres de France par acre. Au bout de quatre ou cinq ans que les faules font bien pouflés , on doit en couper de trois ou quatre l’un , pour donner de la force aux autres;

Ces branches que l’on coupe, doivent , fi le terrein eft bon, avoir un pied de tour, & de vingt à trente de haut; ils font propres à plufieurs ouvrages , pour des bois de chaifes, des cercles, des pieux à houblons, ou pour des paliffades, ils fe vendent cinq à fix fous, l’un portant l’autre,

Sur cinq mille qu’on a plantés , il doit y en avoir trois mille de bons à couper de la forte, ‘ & ceux qui refteront feront encore à fix pieds fur tous fens, & grofliront promptement ; en n’évaluant la première coupe qu’à cinq fous, celà fera fept cens cinquante livres l’acre, & je fuis per« fuadé qu'ils fe vendront plus.

Sept à huit äns après , il faut encore couper

les trois quarts de ce qui refltera , ce qui fera environ quinze cens, lefquels parvenus à l’âge de vingt ans, feront des arbres fuperbes. La feconde coupe fera bien meilleure que la première , & ils vaudront bien un écu piece, étant trés-pros & bien fournis de bois; ils feront propres à divers ufages; les plus gros & les plus droits feront des mâts de petits bätimens.

Les cinq cens reftés fur pied , feront à l’âge de vingt ans , d'environ foixante pieds de haut , & vaudront bien un louis (1) la piece, d’où on voit qu’au bout de trente ans, un acre de terre loué un louis, & planté en faule , aura rapporté douze à quinze mille livres à fon maître, & je crois avoir mis tout au plus bas.

Le bois de faule, quoique tondu, eft d’un bon ufage, très-blanc , n’ayant point d’aubier ni de moëlle ; 1l eft très-bon pour les charrons & les tourneurs ; les planches en font bonnes pour des planchers ou de la boiferie dans les campagnes, cet arbre n'étant jamais creux, lorfqu’on ne lui coupe pas la tête. Jai même oui dire à un homme très-véridique , & d’une expérience con-

(1) On voit par ces eftimations, la cherté énorme du bois en Angleterre ; d’ailleurs , ce ne fontspas des faules toquart comme les nôtres , mais des arbres laiffés de toute leur hauteur.

DÉCEMBRE 29 fommée , que les pieux de faules fe confervoient en terre , aufh bien qu'aucun bois , excepté le chêne ; & que les conftruéteurs de navires les pré< féroient à tous autres pour des mâts, vu quil ne fe fendoit, ni ne s’éclatoit pas comme le fapin.

Cet arbre a des feuilles longues & pointues ; d'un verd fort tendre, & doux à l’œil ; il viené partout, à moims que le terrein ne foit extrêmes inent fec ; 1l eft excellent pour planter le long d'un ruiffeau , alors on lui coupe la tête, & il donne tous les trois ans des tontures très-abon< dantes.

Les cultivateurs qui voudront, en faifant cetté plantation , joindre l’agréable à Putile , peuvent placer plufieurs rangs d’allées qui feront bientôt un ombrage, & un couvert fort agréable,

On peut aufh le planter en tallis, pour couper tous les fix ou fept ans; on en fait alors de l'échalat , des paniers, &t des fagots pour le chauffage.

Depuis que j'ai écrit cela, un gentilhomme de mes amis ma dit avoir vu trois faules vendus quinze louis ; je penfe que c’eft l’efpece qu’on appelle à queue d’hirondelle, dont la feuille eft luifante , qui vient dans la province de Norfolk ; c’eft le plus beau & le plus grand.

M. North l'appelle même faule de Norfolk,

Ti

mais c’eft un nom purement d'opinion; car d’aus tres l’appellent faule de Hertfortshire ; la defcription qu'il donne de fes feuilles, de la dureté de fon bois qui n’a point d'aubier & qui n’eft jamais creux, prouve qu'il eft d’une qualité bien fupérieure à toutes les autres. Il ajoute que ceux qui en defireront pourront s’en procurer chez lui. Comme ce gentilhomme eft mort depuis , je ne puis aflurer fi l’on pourroit en avoir chez fes héritiers ; il feroit malheureux que l’on eût perdu la fouche d’un fi excellent arbre.

Il y a une obfervation importante, qu’ajoute M. North, pour la culture de cet arbre, c’eft, fi on veut s’en procurer de cette beauté , il faut, lorfque lon fait la première coupe de ces taillis , en laïffler de quatre en quatre feulement , les plus droits, que l’on coupe enfuite à huit ou dix pouces de terre; les rejettons qu’ils pouflent après font plus vifs & plus forts pour faire des plantards , que l’on ne coupe qu’à fept & huit pieds de longueur , & dix pouces de tour ; cela fait enfuite , en les lalant croître à volonté , des arbres de la plus grande élévation; 1l faut feulement, dans leur commencement , leur donner des tuteurs, pour qu'ils montent droit. On peu traiter de même toutes efpeces d’arbres qui pouffent des boutures , & les planter le long des haies,

des chemins , des prés, des ruifleaux , &c. On D pres ,

gagnera le loyer du terrein , propofé dans la pre-

mière méthode , d’être employé à cette planta-

tion,

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