Caserio a été guillotiné à Lyon
9 Septembre^. 189k, — Mort du comte de Paris en Angleterre, ter^e d'exil. Combien de fois a-t-il dû envier le sort d'un simple bourgeois !
18. — Bientôt nous allons avoir le bonheur de voir disparaître les dernières maisons lépreuses qui, rue Saint- Jacques, dépendent de la Sorbonne. Elles renfermaient, tout dernièrement encore, le laboratoire des recherches physiques qu'y avait fondé M. Jamin, mon ancien professeur de physique à Louis-le-Grand. C'était un débrouillard que ce Jamin ; il le fut surtout quand il fut nommé professeur de physique à la Sorbonne. Faute de mieux, il prit possession de quelques horribles maisons expropriées, dans la rue Saint-Jacques, et les fit annexer provisoirement à la Sorbonne, Il y intalla son laboratoire, et le remplit de toutes les machines qu'inventait, avec une
— tel -
incroyable fertilité, Fimagination Scientifique û'xm j^une physicien, Gabriel Lippmann^ Devenu son successeur en 1886, Lippmann ne fit qu'augmenter et compléter le laboratoire Jamin. Mais comme local, c'était incommode I c'était laid II... Quand venaient des savants étrangers, M. Lippmann n'osait pas les inviter à. visiter ses pénates délabrés.
Mais enfin, c'est fini de rougir ! Le jour de gloire est arrivé I M. Nénot, l'architecte de la Sorbonné, A ménagé de superbes locaux où M. Lippmann a transporté et transporte encore..., avec des transports de joie, tous ses instruments. Lés nouveaux locaux sont dignes du mobilier. Les Débats entassent articles sur articles en ce moment pour en célébrer les splendeurs; notamment le bleu de ciel du plafond, et surtout un trou béant, profond de 82 mètres, établi là (Ah ! j'ai le vertige rien que d'y penser) pour l'expérience de la chute des corps, et l'observation des oscillations du pendule. ("Enfoncés, le Panthéon et Léon Foucault I)
20. — Ce n'est pas seulement pour le professeur de physique que Nénot s'est montré si aimable, mais encore et tout spécialement pour le professeur de physiologie expérimentale.- En ce qui concerne l'installation de ce dernier, tout est dans les souterrains. Aucun gémissement d'animal gêneur ne sortira de ces catacombes quand ledit animal aura l'honneur d'être vivisecté. Le professeur ne sera donc jamais pris à partie, comme le fut Paul Bert lors du fameux procès des chiens de la Sorbonne.
Les auditrices (et il y en a toujours beaucoup) sont placées dans une élégante et commode tribune, non point par galanterie, comme on pourrait le croire, mais par précaution, oui, par précaution, dans la crainte qu'une antiviviseotf ioe forcenée ne veuille.
crever les'yèux du professeur, comme cela a manqué d'arriver à feu Brown-Sëquard, du Collège de France.
10 Octobre i 894, — Voilà notre confrère Waldeck- Rousseau nommé sénateur ; ce fauteuil au Sénat lui servira de marchepied pour se hausser là où il daignera, car il est très puissant, grâce à son éloquence. Il a, en effet, une éloquence fort grande et fort curieuse, froide parfois, chaude ensuite, chaude et froide tout à la fois ; une espèce de douche écossaise. C'est ce que Ton dit à la parle tie. On dit encore que cette éloquence sui generis fait songer à une gerbe d'étincelles jaillissant de deux glaçons frottés l'un contre l'autre. Je trouve cette seconde idée un peu prétentieuse, j'aime mieux la première.
13. — Nous avons au Quartier un poète de grande valeur : Paul Verlaine, qui ne roule pas sur l'or, car il est un peu paresseux, comme tous les vrais poètes du reste. Quand il est trop à court d'argent, il envoie une poésie à son éditeur, même à un simple journal, et il recueille facilement son billet de cent francs, ses vers étant toujours les bienvenus. Mais, dernièrement, il n'y avait pas à l'horizon, la moindre apparence d'un billet, même d'un louis. Ses amis, Pierre Trimouillat et Xavier Privas, très bons chansonniers, déjà en renom, s'ingénièrent à lui faire jouer une bluette sur le minuscule théâtre du café Procope. Il y consentit. On donna donc, avant-hier, une piécette de lui ayant pour titre : Madame Aubry, Il s'agit d'une aimable femme, au cœur trop sensible, qui se laisse enjôler par un ami de son mari. Celui-ci, perspicace, manœuvre habilement et trouve moyen de rompre le charme. Il était grandement temps. Triomphant, l'époux emmène sa fenime au nez du prétendant
déooûfll qui reste setiL.. avec son déshonneur, comme dans la Favorite.
Cette piécette eut du succès et rapporta quelques jaunets à Verlaine. Toutes les miettes de la vie de certains hommes sont bonnes à conserver*
17. — M. Victorien Sardou vient de perdre son père. C'était un chef d'institution très érudit, qui demeurait au coin de la rue d'Ulm et de la rue des Postes. Sardou est donc un enfant du quartier latin. Il en connaît toutes les rues, toutes les ruelles, toutes les impasses. Il a fait ses études au collège Henri IV.
• 5 Novembre i89k, — La Cpur d'assises, malgré une brillante défense de M. Jaurès, vient de condamner un journaliste, Gérault-Richard, à un an de prison et 3.000 fr. d'amende, et ce pour avoir outragé le Président, le seigneur d'Anzin. Il avait écrit notamment ceci: « Oh ! le vilain moineau, s'écrient les passants raccrochés par ses photographies qui battent le quart au coin des rues. »
9. — On prétend qu'un capitaine d'état-major, Dreyfus, israélite, a livré à l'Allemagne divers papiers intéressant la défense du pays. Ce capitaine a été arrêté. On prétend aussi, et cela est faux, qu'aucun avocat ne plaidera pour lui. On ne connaît pas l'esprit libéral des avocats de Paris ! Jamais ils n'abandonneraient un accusé ! Un accusé doit être toujours considéré comme innocent: res sacra miser.
14. — M. le président de la République, Casimir- Périer, est venu voir les étudiants au siège de leur association, 41, rue des Ecoles. Tous les doyens des Facultés ont assisté à la réception. Pendant que le
Président remontait en voiture, Jes étudiants ont fait retentir la rue des Ecoles de leurs acclamations.
Les étudiants ont été d'autant plus aimables pour Casimir-Périer qu'il est plus attaqué par le socialisme. En remerciement de leur amabilité, il a promis de leur envoyer deux vases qu'il choisirait lui-même à la manufacture de Sèvres. On va crier à la corruption ! l'infâme corruption î
25. — .M. et M"® Casimir-Périer sont effectivement allés choisir eux-mêmes, à la manufacture de Sèvres, deux beaux vases qu'ils ont, bien entendu, payés de leur argent, et les ont envoyés à l'Association des Etudiants. Vouloir corrompre la jeunesse, quelle impudence ! 11 ne doute de rien, ce Casimir ! Il profile lâchement de ce que son ennemi Gérault-Richard est en prison l
31. — Hier, le Quartier était en fête; récemment les délégués de Y Association générale des étudiants étaient allés prier M. Casimir-Périer de venir assister, à rOdéon, à une grande matinée donnée au bénéfice de l'œuvre : le Vaccin du croup, vaccin qui a été trouvé par le docteur Roux, élève de Pasteur et chef de service à l'Institut Pasteur. Le Président promit et il venait accomplir sa promesse. Aussi, quand il entra, juste à la fin d'une première petite pièce, les étudiants applaudirent comme ils savent applaudir quand ils s'en mêlent. M. le Président et M"'« Casimir-Périer (est-ce bête de ne pouvoir pas dire M"® la Présidente !) s'inclinaient avec beaucoup de bienveillance et les étudiants de réapplaudir. Les machinistes, ignorant l'entrée du Président, se figurèrent que l'on applaudissait et réapplaudissait les acteurs de la première petite pièce. Ils baissèrent
donc le rideau, puis le relevèrent à cinq reprises différentes à mesure que les applaudissements recommençaient. Ce rideau n'était pas arrivé jusqu'aux planches de la scène, qu'ils le relevaient aussitôt. On pense bien que la belle jeunesse, s'étant aperçue de la fausse manœuvre, ne manqua pas l'occasion de rire.
6 Décembre 1894. — La défense du capitaine Dreyfus a été acceptée par Démange. Il a obtenu la permission d'aller le voir dans sa cellule de la prison du Cherche-Midi.
10. — L'Académie Française a procédé à une élection en remplacement de Leconte de Lisle, décédé. Elle a choisi M. Henri Houssaye ; c'est très mal d'avoir fait une quinzième impolitesse à M. Zola.