‹ Calendriers d'un bourgeois du Quartier LatinChapitre 38 sur 46 · Nous fl^ypijft, en c^ ï«flm^it, 1* yisitjB dU m^iv · texte numérisé non relu

Nous fl^ypijft, en c^ ï«flm^it, 1* yisitjB dU m^iv

de Saint-Pétersbourg. Il est allé, au Père-Lachaise, déposer, sur le tombeau de Félix Paure, une palmed'or, offerte par la ville de Saint-Pétersbourg.

f ®' Mai 1899, - Le cours d'histoire que M. Georges Duruy (le fils de Tancien. ministre de Napoléon. III) faisait à l'Ecole polytechnique, vient d'être suspendu. Dans son cours, il eut l'imprudence de faire allusion au procès Dreyfus, et de ne pas cacher sa sympathie pour Iç condamné. Immédiatement, les jeunes polytechniciens, protestèrent et quittèrent le cours*

6. — A la suite des paroles que M. Duruy, professeur d'histoire, avait dites à son cours de TEcole polytechnique, le commandant de l'école avait prononcé la suppression provisoire du cours. Cette décision n'a pas plu à certains membres de la Chambre ; on interpella M. de Freycinet, ministre de la guerre, et on lui reprocha d'avoir toléré cette suspfension-, mesure regrettable contre un professeur plein de patriotisme! M. de Freycinet, défendit la décision prise par le commandant, mais il fut assailli de tant d'invectives, qu'il descendit de la tribune en disant : « Je n'ai jamais été en butte à de pareilles avanies. » Aussitôt après la séance, il déclara à M. Dupuy, le président du Conseil, qu'il donnait sa démission. M. Dupuy eut beau lui faire d'affectueuses représentations, M. de Freycinet tint bon. M. de Freycinet n'est pas violent, et les violences de la Chambre affolent son caractère. C'est un homme de douces manières, à la figure calme ; sa tête est entourée de beaux cheveux blancs. Tout l'ensemble de sa personne respire un tel air de placidité qu'on l'appelle depuis longtemps la Souris blanche ; eh biea, la Souris blanche qui, comme toutes les souris, n'aime pas le bruit, s'esquive du fracas.

12. — Le nouveau ministre de la guerre a ordonné la réouverture du cours de M. Georges Duruy.

16. — Cette réouverture eut lieu, hier, à TEcole polytechnique. Les élèves sont venus se rasseoir sur leurs bancs, dans le plus grand silence.

18. — Ne recevant pas mon courrier ce matin, je dépêche, vers mon concierge, ma cuisinière qui revient toute interloquée : « Monsieur, me dit-elle, le concierge ne voyant pas le facteur ce matin, s'est informé chez les concierges voisins. Ils n'ont pas, non plus, vu de facteur. Les facteurs sont en grève. » Les facteurs en grève ! ça ne s'est jamais vu ; ce sont des fonctionnaires et non des ouvriers; voilà qui est gravepour eux. Le secret a été si bien gardé, que rien n'a transpiré ; les journaux n'ont pu en parler, aussi ce qu'ils sont vexés !

On apprend que les grandes banques et les gros commerçants ont envoyé retirer leur correspondance à l'Hôtel des postes. Le tri des lettres avait été fait par cent femmes, que des voitures de la poste étaient allées chercher dans toutes les administrations de l'Etat. Les trois boutiquiers de mon rez-de-chaussée viennent de recevoir leurs lettres. Un militaire les leur apporta. Elles étaient dans un sac, parce que les facteurs n'avaient pas voulu rendre leurs boîtes ; ce qui aggrave encore leur situation.

19. — Les journaux nous apprennent que la grève des facteurs s'est montrée tout de suite violente. Ils veulent absolument des suppléments d'appointements qu'on a eu le tort de leur promettre plusieurs fois. Ils se sont réunis à l'hôtel des postes, et ont fait du tapage. Ils ont crié : « Démission ! Démission I » et

ce, à l'adresse de M. Mougeot, secrétaire d'Etat aux postes.

Le service intérieur des postes a été fait par des

Gitlsso u'cpaigne,

20. — La grève est terminée. Les facteurs ont eu peur de l'article 123 du Code pénal qui punit gravement la coalition des fonctionnaires. Ce fut -un jour de congé pour certains facteurs qui 'Se promenaient, tout fiers, avec leurs habits neufs. Mais ce jooir coûtera cher à certains d'entr'eux, car des révocations ont été déjà prononcées.

21. — Francisque Sarcey, mort récemment, a été incinéré. Il n'a fallu qu'une heure pour avoir raison de son gros corps. C'est ordinairement beaucoup phis long, mais l'incinération d'un homme célèbre, comme Francisque Sarcey, avait sans doute été bien machinée et bien préparée. Gomme les obsèques avaient eu lieu à la Trinité, quelques jours auparavant, la famille seule assistait à la combustion. Le corps, eti attendant, avait été mis dans un caveau provisoire. La famille a très bien fait d'assister seule à l'incinération, car la teiïue des assistants ordinaires n'est pas toujours suffisamment respectueuse. Je n'ai jamais assisté à cette lugubre cérémonie, mais j'ai entendu raconter quelques détails d'une certaine incinération par une dame qui y avait assisté, comme elle eut figuré, du reste, à une représentation d'opéra.

Toute l'assistance^ me disait-elie, était assise sur des^ bancs; chacun causait de ses petites affaires avec son voisin ; on ne pensait guère au défunt que pour dire i n'il ne se laisse pas brûler volontiers, et cependant il l'avait demandé'par tesi^^nent, » Quand ce fut fini,*i4mt le monde se retira en saluant les parents, et se disant

rfiùît^ilevîènt'' « AU- revoir, chère Madame, » — «4 bientôt, cher Monsieur. »

25. — Au Salon, la médaille d'honneur a été aoéordée à fnfon compatriote Francis Tattegrain. Des travaux antériièurs, et par surctoît, son tablëafidé cette -emiiée' lui vattirentla magnifique ï^cottipetise, si'ehviéô par lès artistes. • Gfe tableau représetttê Ms sbldats du roi -espagnol Philippe II, qui chassent le^â f emiùes de Saint^Quentin, après le sac et Tincendie de cette malheureuse ville.

27. — J'ôuvré,''à la Bibliothèque nationale, Y Histoire de Paris, par dom Pélibien, et, au cours de certaine^ recherches, je tombe par hasard sur un passage qui lïie fait connaUre ce que sont devenues les femmes de Saint-Quentin, dont Francis Tattegrain nous a retracé la lamentable expulsion. L'exode ne fut pas moins terrible. Ne pouvant rester dans la Picardie, ravagée par la guerre, elles vinrent à Paris, toujours et de tout temps le refuge des malheureux. Les échevins les rassemblèrent sur la place de THôtel de Ville afin, d'abord de les glorifier, puis de leur donner des secours au nom de la grande ville. Ils ordonnèrent, .en outre, aux * administrateurs des hôpitaux Sarnt- Jacques-des-Pèlerins et Saint-Jacqués-du-Haut-Pas de les recevoir immédiatement avec leurs petits enfants ; heureusement l'hôpital Saint- Jacques-du- Haut-Pas était pour le moment presqu'entièrement abandonné*.

^ Voir VJEKstoire de la viile de Peiris, par dom Félibien, revue par, , dom Lobineau, tome II«, page 1061» § XIII. En marge se trouve cette manchette : Z/es pauvres de Saint-Çtientin réfugiés à Paris.

Ce ne fut pas tout; les échevins, afin d'assurer un secours régulier, se transportèrent dans toutes les congrégations pour les prier de faire, participer à leurs aumônes les pauvres créatures.

, 28. — Avant-hier, jeudi, au cours de M. Emile Deschanel, professeur au Collège de France, les auditeurs organisèrent une affectueuse manifestation à l'occasion de la nomination de son fils, Paul Deschanel,, comme membre de TAcadémie française. Déjà il y a six mois semblable manifestation avait eu lieu quand Paul Deschanel fut nommé président de la Chambre. L'un des auditeurs se leva et prononça une petite allocution ; il lit, entr'autres compliments, celui-ci qui alla au cœur du père :

«... Vous avez voué votre fils unique à la France et voici que M. Paul Deschanel arrive au double sommet de la politique et de la littérature. »

M. Emile Deschanel répondit : « Vous qui, depuis dix-huit ans, m'honorez de votre assiduité fidèle, aujourd'hui comme il y a six mois, vous me fêtez dans mon fils. Vous applaudissez l'Académie qui, en l'accueillant, vient de consacrer mon meilleur ouvrage. »

- — En ce moment M. Emile Deschanel commente, à son cours, cette pensée si juste de La Bruyère : « Je ne sais s'il est permis de juger les hommes par une faute qui est unique. » De cette pensée est née la lo Bérenger. »'

4 Juin i 899. — Obligé de rester presque toujours chez moi, par suite d'une chute sur le genou droit, je regarde tristement, à la fenêtre, les gens se promener dans leurs belles toilettes du dimanche, quand

j'aperçois, à ma grande surprise, passer au triplé galop de nombreux gardes municipaux qui viennent, évidemment, de la caserne Tournon et se dirigent vers les Champs-Elysées. Ils sont dans leur uniforme journalier ; c'est extraordinaire, pour un dimanche !

5. — En ouvrant, ce matin, mon journal, je m'explique la chevauchée des gardes municipaux d'hier ; ils étaient appelés à la rescousse par suite de bagarres qui avaient lieu aux courses d'Auteuil. M. Loubet avait été assailli, dans sa propre tribune, par divers individus, notamment par M. le baron Christiani, qui chercha, avec sa canne, à lui faire tomber son chapeau. Le Président dut, avec les deux mains, énergiquement assurer à son huit-reflets la position verticale afin qu'il ne tombât pas. Somme toute, le chapeau n'est pas tombé ; voilà, en faveur de M. Loubet, un excellent présage pour la stabiHté de sa présidence. Les anciens y auraient vu un très heureux augure.

Ce baron avait bien déjeuné avec ses amis, et sablé du trop bon Champagne. Pendant ce temps, beaucoup de jeunes gens titrés, porteurs d'un œillet blanc, criaient : « A bas Panama ! » ce qui leur valut de terribles torgnioles de la part des agents de la brigade centrale, lesquels, à leur tour, en durent recevoir de conséquentes. Tous ces jeunes gens, en effet, sont habitués à tous les exercices de corps et notamment à la boxe.

6. — Le chef de la police ëilt4'épaule gauche luxée. Pour le guérir, M. Loubet fiii envoya une des croix dont il a le droit de disposer; ce sont des croix qui ne surchargent pas les épaules I

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