Enfin, on vient de nous mettre une passerelle
près du pont d'Arcole, afin de nous permettre de nous rendre à THôèel de Ville.
14. — Un grand dîner devait être donné à l'Elysée, naais il a été décommandé car le père du Président est très malade.
16. — Le père du président est mort ; il fut ministre de rinstruction publique en 1848. En cette qualité les lycéens l'ennuyèrent consciencieusement; nous étions toujours chez lui pour un oui pour un non. D'abord nous lui avons arraché la suppression de nos habits à queue de morue et de nos chapeaux tromblons ; après avoir obtenu le képi et la tunique nous avons voulu avoir au réfectoire la lecture du Moniteur, Il nous l'accorda, le brave homme ! Ce n'est pas tout. Gomme les proviseurs ne permettaient pas la lecture totale du Moniteur^ nous avons obtenu de lui qu'il envoyât une circulaire à. ces grincheux de proviseurs pour recommander une lecture entière.
. — Boulanger vient d'être mis en disponibiUté pour avoir quitté plusieurs fois son lieu de commandement, Clermont-Ferrand, afin de venir à Paris.
17. — Boulanger est revenu à Paris. Le retour a eu lieu sans désordre. Ses fidèles, qui l'attendaient à la gare de Lyon, n'ont poussé aucun cri. Mais sur les boulevards et dans les rues on chantait une nouvelle chanson intitulée: Les Pioupious d'Auvergne.
18. ' — Hier, un organe boulangiste a fait son apparition sous le titre de la Cocarde ; beaucoup de personnes Tont achetée. Les vendeurs donnaient pardessus le marché une petite cocarde tricolore que
beaucoup d'ouvriers et quelques bourgeois mettaient à leurs chapeaux.
20. — La dixième chambre correctionnelle a condamné le général Caffarel à 3.000 fr. d'amende et M"^® Limouzin à six mois de prison, pour leur trafic de décorations.
26. — La chambre des appels de police correctionnelle a rendu son arrêt sur Tappel de Wilson. Elle l'acquitte parce qu'elle ne voit dans ses agissements qu'une défaillance morale et non un déht prévu et puni par la loi. Lente a de nouveau plaidé avec une verve étonnante. Ses yeux voyaient bien Wilson, assis devant lui sur la sellette, mais sa pensée franchissait l'espace pour s'arrêter, en plein Jura, sur un personnage plus sympathique, le vieux Président. Les juges l'y suivirent, entraînés par sa parole ardente.
Lente fait honneur à son pays. If est né k Luoheux, près de DouUens, à l'ombre d'un des plus antiques et plus poétiques châteaux de la Picardie.
27. — Le Journal officiel enregistre aujourd'hui la mise à la réforme du général Boulanger, pour fautes contre la discipline. Cette peine si grave a été prononcée par un conseil d'enquête composée de cinq généraux. L'agitation en faveur de Boulanger ne fera qu'augmenter. Ne faisant plus partie de l'armée, le Général va pouvoir être éligible et créer de grands embarras au Gouvernement. Qui vivra verra !
15 Avril 1888, — Le général Faidherbe, grand chancelier de la Légion d'honneur, vient de faire rayer des cadres de la Légion d'honneur un individu qui avait obtenu la croix grâce ài l'intervention de Wilson.
16. — Le général Boulanger a été élu à Lille avec une majorité de cent mille voix ; à mesure que les résultats étaient télégraphiés, le journal la France, rue Montmartre, les faisait connaître au moyen de transparents lumineux. La foule, qui s'étouffait devant ces transparents, prit le parti, pour se donner de l'air, d'aller devant Thôtel du Louvre sous les fenêtres du Général. Elle se mit à hurler :
C'est Boulange Boulange Boulange C'est Boulange qu'il nous faut Oh! oh! oh! oh?
Et ce sur Tair d'une chanson en vogue de Bourges à son café-concert :
C'est ta poir' ta poir' ta poir' C'est ta poir' qu'il nous fiAut Oh ! oh ! oh ! oh !
Cette foule chanta ensuite les deux fameuses chansons boulangistes : En revenant d' la r'vue et les Pioupious d'Auvergne, la scie nouvelle d'Antonin Louis', inspirée de Clermont-Ferrand, le dernier séjour de Boulanger.
Quand les pioupious d'Auvergne iront en guerre
Le canon tonn'ra
Pour sûr on dans'ra On tremp'ra la soupe dans la grand' soupière ;
Car faudra manger,
On s' passera pas de boulanger.
20. — Le Général Q^i venu à la Chambre dans une élégante voiture où étaient assis Laguerre et Déroulède, Cette voiture traversa avec peine la foule immense qui remplissait la place de la Concorde et jetait des
1 Ântonin Louis est l'auteur des Pompiers de Nanterref sous l'Empire, et du Sire de Fiseh-ion-Camp, après le 4 Septembre.