Dreyfus s'est pourvu en révision
Je reviens d'un voyagé à Lausatine et à Genève, on n'y parlait que de l'affaire Dreyfus. Mdn cœur n'était pas toujours en joie quand j'entendais parier des divisions de la France. Dans le bateau de Lausanne à Evian, je me trouvai devant un individu qui me regarda et dit en ricanant î* La Finance reine des nations ! ! • .
20. - Dreyfus s'est désisté de son pourvoi en révision, et le Président Ta gracié, sur la demande de
M. Waldeck-Rousseau, président du Conseil, et de M. de Gallijffet,. ministre de la gUQrre. Celui-ci aljégua l^s Qirconatances atténuantes, admises par le Conseil de guerre, et les grandes souffrances du condamné pendant cinq ans à Tîle, du Diable. Dreyfus eut pour lui. deux voix favorables. Ces. deux voix étonnent, préoccupent et impressionnent le .public. Sur les ,sept militaires composant. le Conseil ij en est donc d^ujc qui ne croient pas h la oulpabUité de Dreyfus l
21. — Avant-hier, le Sénat, constitué en Haute- Cour de justice, par décret, du 4 septembre, s,'est assemblé pour juger certaines personnes accusées de conspiration : Dérpulède, Buffet, le fils de l'ancien rnimstre, Jules Guécin (qui s'est enfermé, dans une maison de la rue de Chabrol et ne veut p2^§se rendre), des garçons bouchers de La Villette,, etc. Us se seraient entendus pour changer fe forme du gouvernement. La plupart des portes du jardin du Luxembourg ont été fermées ; les terrasses qui se trouvent en haut, près de la rotonde de l'horloge du palais, le long de la rue de Vaugirard, ont été couvertes d'une large galerie de bois. C'est le promenoir des accusés.
Les sénateurs sont presque tous en redingote ; quelques-uns cependant ont . cru devoir endosser l'habit pour se donner plus de majesté .; somme toute; c'est plus digne.
27. — Jules Guérin, après s'être enfermé 26 jours dans son fort de la rue de Chabrol, avec douze individus déterminés comme lui, s'est enfin rendu parce qu'il n'avait plus d^ provisions . de bouche.
Hier, à dix heures et demie du matin, les habitants de la, rue dé Tourh.o» qu^ été bien surpris de. voir
entrer, dans la grande cour d'honneur du palais du Luxembourg, un camion attelé de trois chevaux, et une voiture de déménagement; les deux véhicules étaient escortés par des agents de la sûreté ! On avait amené, dans ces deux véhicules, tout ce qui pouvait prouver la rébellion de Jules Guérin, les armes, les blindages des portes, et... une grille intérieure pesant 1500 kilos. Des gavroches disaient : pendant qu'on y était, on aurait dû amener tout le fort Chabrol.
4 Octobre i899. — Le monarque le plus pesant est le roi du Portugal, il pèse 82 kilos ; le roi de Suède 80 ; la jeune reine de Hollande 50 ; le petit roi d'Espagne 45, et M. Emile Loubet 82 î Ce n'est pas qu'il soit grand, mais il est tout en os, comme on dit h, Montélimar.
(Journal de médecine de Paris, commencement d'octobre 1899).
^. — Pendant que Déroulède est en prison, le peuple de Paris parle beaucoup de lui à cause de ses qualités de lutteur grandiloquent, sinon prudent. On s'en occupe partout, jusque dans les cafés-concerts. L'auteur populaire des Pompiers de Nanterre et des Pioupious d'Auvergne, Antonin Louis, a même composé une chanson, intitulée la Charrette^ qu'on chante à l'Eldorado. Marie- Anne va au marché avec sa charrette qui se détraque en tombant dans un trou. On braille en chœur le refrain suivant :
Sans un bon charron pour charrette, Ça n' marchera pas du tout, Il faut y mettre des rouieUet Pour la fair' sortir du trou.
Le chanteur répète trois fois des roulettes, des roulettes. Déroulède ! Déroulède ! clame le populaire.
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11. — La chanson de la Charrette^ à cause du trop grand tapage de TEldorado , est , et demeure interdite.
12. — Les éifieutiers de la journée du 20 août et les dévastateurs de Téglise Saint-Joseph passent en police correctionnelle. Certains sont condamnés à deux ans de prison, mais Sébastien Faure s'en tire avec deux mois.
17. — Le 14 octobre, M™® veuve Charcot est morte en son hôtel, boulevard Saint-Germain, n** 217, à rage de 64 ans. C'était la fille de feu le grand tailleur parisien Laurent-Richard, qui demeurait boulevard des Italiens, au coin de la rue Laffitte. M*"* Charcot fut mariée deux fois ; la première fois avec M. N., dont elle eut une fille, et la seconde avec le grand chirurgien Charcot dont elle eut un fils.
La fille fut elle-même mariée deux fois, d'abord avec le bon docteur Liouville, député, dont elle eut Jacques Liouville, et puis avec M. Waldeck-Rousseau, sénateur, avocat à la Cour d'appel de Paris.
Le fils est Jean Charcot, ancien chef de clinique de la Faculté de médecine, l'époux de Jeanne Hugo.
Jacques Liouville est donc le petit -fils de M"* Charcot; c'est aussi le petit-fils de feu notre cher bâtonnier Liouville.
7 Novembre i 899, — M® Falateuf, le plus ancien des avocats qui doivent plaider, devant la Haute-Coar, le procès du complot, a présenté ses confrères à M. Fallières, le président du Sénat et celui de la Haute-Cour. C'est l'habitude du barreau de rendre visite aux présidents des juridictions devant lesquelles ils vont plaider pour la première fois.
8. — La première audience de la Cour eut lieu aujourd'hui ; Tacte d'accusation fut lu, voilà tôUt. Les témoins n'ont pas déposé; parqués, resserrés dans une salle trop petite, ils ont chanté la Marseillaise et, surtout, le. Chant du Départ. Quelques bribes dés chants parvenaient à la foule qui inondait les rues -dB Vaugirard et de T6ut*non ; les allées du Luxenlbourg,' environnant le Sénat, sont consignées. On 'ne' peut plus y faire son petit tour. Au diable la politique !
15. — Daniel Dupuis, l'artiste qui a gravé la belle tête de la République sur la dernière pièce de dix centimes, vient d'être assassiné par sa femme. Sur le point de mourir d'une phtisie très avancée, elle n'a pas voulu partir seule. Pendant que son mari dormait, elle lui a tiré un coup de revolver dans la tempe, puis s'est suicidée en se tirant une seconde balle, dans la tempe également.
Le nom de Daniel Dupuis se lit très visiblement au-dessous de la touffe de cheveux qui s'éôhappe, par derrière, du bonnet de la République.
— En allant au Père-Lachaise pour visiter la tombe de ma femme, je suis obligé d'arrêter ma voiture sur la place Voltaire, en face la statue de Ledru-Rollin Des députations d'innombrables syndicats se dirigent vers la place de la Nation (ancienne place du Trône) afin d'assister à l'inauguration du Triomphe de la République^ par le statuaire Dalou. Les syndicats passent en hurlant des chansons effroyables.
Ah ça ira^ ça ira, ça ira Tous lés bourgeois à la lanterne^
Ah ça ira^ ça ira, ça ira^ Tous les bourgeois on les pendra I
Dansons la Carmagnole Vive le son , ^ vive' ik: «an / Dansons la Carmagnole, Vive le son du canon !
Ces syndiqués me causent une vive impression, notamment les forts de la boulangerie, avec leurs grands et larges chapeaux de feutre, puis les égoutiers^ avec leurs longues blouses bleues et leurs hautes bottes, qu'ils frappent en cadence et d'une façon sinistre. .... - •
Usent, pour la plupart, des drapeaux rouges bariolés de légendes-, La police n'a, en effet, perrtiis le drapeau roùge qu'à la condition d'être couvert d'inscriptions.
Des jeunes gens; évidemment fils de la bourgeoisie, afin de détourner l'orage de leurs têtes, crient :
Ah ça ira, ça ira^ ça ira^ J'ous les Jésuites à la lanterne^
Ah ça ira^ça ira, ça ira^ Tous les Jésuites on les pendra,
C'est vous, beaux fils, que l'on pendra !
Mais, le refrain qui m'effraya le plus, au moment où les syndiqués passaient devant moi, ou mieux devant ma voiture, fut celui-ci, chanté ou plutôt vociféré par de véritables colosses.
Ces bons patrons, on les pendra, Et si les pendr' on ne peut pas.
On leur foutra la gueule en bas.
Dansons la Carmagnole Vive le son, vive le son.
Dansons la Carmagnole Vive le son du canon !
Je n'étais pas trop rassuré avec mon chapeau à
haute forme, que j'étais obligé de conserver sur la tête k cause de la rigueur de la saison. A un moment où la procession n'était pas, trop dense, je descendis de ma voiture, la réglai, et bien vite me faufilant à travers les groupes, je grimpai vers le Père-Lachaise. En entrant je dis aux morts : chers morts, que vous êtes tranquilles, vous !
20. — La terrifiante trompette du jugement dernier a, pour ainsi dire, retenti devant la porte du Sénat ; parmi les accusés de la Haute-Cour de justice, deux n'ont pas répondu à l'appel. Ce sont MM. Marcel Habert, député, et le marquis de Lur-Saluces. L'huissier du Sénat, Dupuis, vint, sous le petit dôme de la rue de Tournon, afficher, après l'avoir lue à haute voix, une ordonnance de M. Fallières, président du Sénat ; aux termes de cette ordonnance Habert et et Lur-Saluces : « sont sommés de comparaître^ dans un délai de dix jours, sous la menace de mesures coercitiveSy notamment la saisie de leurs biens. » Ces deux Messieurs, ayant négligé de crier : présents, M. Dupuis a donné Tordre à un recors de sonner du clairon. Celui-ci obéit et fit retentir les échos de la rue de Tournon de sonneries guerrières qui furent suivies du grand bruit d'une sonnette, agitée violemment par un second recors.
Même cérémonie devant les domiciles des deux absents et en exécution des articles 265 et suivants du Code d'instruction 'criminelle. Quand le général Boulanger. Rochefort et le comte Dillon s'empressèrent de ne pas comparaître devant la Haute-Cour, le clairon et la somiette se firent entendre également.
25. — Sur les cinq heures, le Président alla rendre visite à l'Association générale des étudiants, dont
fait partie son fils Paul. Il ne fit cette visite que parce que Ton en avait prié.
29. — Mais à TEcole de droit même, au cours de M. Girard, protestation par de grincheux étudiants contre la manifestation de T Association générale*.
2 Décembre iS99, — Nouvelle manifestation à l'Ecole de droit, cris nourris de : A bas Loubet î Finalement, arrestation d'étudiants au cours de M. Planiol.
3. — Les travaux de la Compagnie d'Orléans étant terminés, les bouquinistes reprennent leurs places sur les quais Saint-Michel, Malaquais et Voltaire, dont ils avaient été chassés. Hélas ! ils ne retrouvent pas les beaux arbres qui les ombrageaient, eux et leurs bouquins. Nous autres, flâneurs, nous ne les retrouverons pas non plus. Mais enfin nous revoyons nos bouquins !
21. — Aujourd'hui, à Saint-Séverin, cérémonie delà cinquantaine cléricale du curé de la paroisse, M. l'abbé Gastelnau. Lors de la Commune, il n'était que premier vicaire ; pendant l'emprisonnement de son curé, il sut, avec une prudence infinie, administrer la paroisse. C'est bien grâce à son sang-froid et à ses idées fort larges qu'il préserva cette charmante église de Saint- Séverin, si voisine de la place Maubert. Ne pouvant faire autrement, il laissa s'installer un club le soir, dans la grande nef ; il tirait un grand rideau devant
^ Certains étudiants sont très opposés à l'Association générale parce qu'elle réclame des cotisations ; mais il faut bien payer le loyer, le servioe, l'aohAt des livres, etc. I
Tautel. Un vieille paroissienne, d'esprit obtus, à qui je parlais un jour de Tabbé Gastelnau, disait, en rapetissant les yeux d'une façon, qu'elle croyait maligne : <i Bon prêtre, mais un peu communard. »
22. — Scène tout à fait stupéfiante, hier, à la Haute-Cour. Déroulède, quoique malade, s'est rendu à l'audience parce que son compagnon Marcel Habert, jusqu'à présent défaillant, est venu s'y constituer prisonnier. Déroulède cria aux sénateurs : « Vous êtes des misérables, vous déshonorez la République. » La Haute-Cour, furieuse, décida que Déroulède serait expulsé des audiences jusqu'au commencement des plaidoiries. C'était tout à fait son droit, car il est défendu aux inculpés d'insulter leurs juges. Mais elle alla trop loin en condamnant, de plus, Déroulède à deux ans de prison.
— Ce soir le Quartier est excessivement agité. Les étudiants, furieux, le parcourent en tous sens, criant : « Vive Déroulède ! A bas le Sénat ! »
28. — Hier, M. Lavedan, élu par l'Académie française, après la mort de Meilhac, y est venu prendre séance. Dans son discours il parla des débuts de Meilhac, seul jusqu'au jour où, aux environs de JSôOy il lui arriva le singulier bonheur de faire la rencontre de Ludovic Halévy,
Mais la rencontre était faite depuis longtemps, car Meilhac et Halévy furent tous deux, en même temps, élèves de Louis-le-Grand. Halévy était un peu plus jeune, voilà tout. Meilhac et moi étions de la même étude ou du même quartier, suivant le terme consacré. Je le connaissais parfaitement. Ce n'était pas un fameux élève pour les succès de classe (il s'en réser-
vait d'autres, le malin). Au sortir du collège, je m'étonnai fort qu'il ne se destinât pas, comme presque tous les élèves de Louis-le-Grand, aux diverses situations judiciaires ou juridiques et qu'il fût entré chez un libraire. M. Lâvedan fit cesser ma surprise en m'apprenant que ce libraire était son propre oncle, renommé bouquiniste en chambre qui, probablement, voulait lui coUoquer son fonds de commerce ; mais cela n'allait certainement pas à son spirituel neveu de vendre des bouquins ; en fait de livres, il ne songeait qu'à vendre ceux qu'il ferait. M. Lavedan raconta, d'une façon charmante, sa vie de vieux garçon et d'auteur et il ajouta : « avec ce genre de vie, quand il fut près de la mort, dont la maladie le rapprochait chaque jour, il la redouta ». « S'il faut tout dire, reprit M. Lavedan, s'il faut tout dire, Meilhac ne redoutait tant la mort que parce qu'il s'était mis dans cette détresse de n'avoir rien à en espérer. »
Meilhac fut, pendant le cours de sa vie, généreux et bienfaisant, au point de se faire fortement gronder par ses intimes. Il ne fut jamais méchant, quoiqu'avec son esprit endiablé il eût pu l'être si délicieusement ; en un mot il fut bon ; eh bien, alors, pourquoi donc n'avait-il rien à espérer de la mort. L'homme qui a été bienfaisant et bon, a toujours, malgré ses fautes, quelque chose, même beaucoup, à espérer de la mort.
4 Janvier, — Le procès de la Haute-Cour s'est terminé, hier, par la condamnation de Déroulède, de Buffet et de Guérin. Déroulède et Buffet ont attrapé dix ans d'expulsion, et Guérin dix ans de détention. Au quartier latin, cette condamnation a été très mal accueillie.
De tous côtés, on colle de petites étiquettes, sur les murs, avec les mots : Vive Déroulède !
5. — Déroulède et Buffet ont été déposés en Belgique, à une station quelconque. Déroulède avait demandé à aller en Espagne, car il souffre horriblement de rhumatismes ; mais, dans la crainte de troubles, on n'a pas admis sa demande. Il est obligé d'aller en Espagne par l'Italie.
7. — On chante avec rage, dans les rues, la chanson de la Charette ou plutôt son refrain :
Pour faire marcher la charette.
Il faut des roulettes,
Déroulède, Déroulède.
C'est Honoré qui Ta mise en vogue en la chantant à l'Eldorado.
Mais d'autre part, dans le faubourg Saint-Antoine j*ai entendu des jeunes gens qui vociféraient :
Déroulette
A la Roquette,
Ton taine,
Déroulède à Charenton,
Ton ton.
8. — Les étudiants appellent caïmans les sénateurs parce qu'ils ont condamné Déroulède à dix ans de bannissement, et ils leur envoient de petits caïmans en caoutchouc, en guise de breloques.
22. — Douze Pères Assomptionnistes paraissent devant la neuvième chambre pour répondre à l'inculpation de délit d'association non autorisée. Ce sont les rédacteurs du journal : la Croix.
Ils arrivent, tous les douze, en robe de bure; le Père Picard, supérieur, a une fort belle tête, grâce à son énorme barbe qu'il n'a jamais dû couper.
C'est le Père Bailly qui s'occupe spécialement de la Croix. Il a eu l'idée de faire mettre l'image du crucifix sur la première page du journal : je crains bien que cette image ne soit souvent profanée. Les catholiques, par prudence, coupent cette image et, après l'avoir coloriée, l'envoient aux missions pour les nouveaux convertis.
25. — Les Pères Assomptionnistes ont été condamnés à 16 fr^ d'amende et leur association a été dissoute.
26. — Hier, le cardinal Richard est allé voir les Assomptionnistes, sans doute pour leur exprimer ses regrets de la condamnation prononcée contre eux.
j(#r février 1900. — M. Waldeck-Rousseau a envoyé une lettre de blâme à Tarchevêque de Paris pour sa démarche chez les Pères Assomptionnistes. Il est certain que Ton ne doit pas protester contre une décision judiciaire. Mais, franchement, le pauvre cardinal n'osa faire autrement, dans la crainte de paraître grossier et ingrat ; tout récemment, une souscription dans la Croix produisit un million pour Tachèvement du dôme du Sacré-Cœur ; évidemment, sans les Assomptionnistes, le dôme serait resté inachevé.
Dimanche 1 1 Février. — Pierre Lavroff, un nihiliste de haut vol, étant mort au 328 de la rue Saint- Jacques, tous les nihilistes et socialistes de Paris sont venus se grouper devant son domicile. Il y en avait même de toutes les nations, avec une multitude de couronnes. L'une d'elles, portée par des nihilistes russes, était faite d'épines entrelacées, avec l'inscription suivante : Les déportés et forçats politiques de Sibérie à leur grand maître Pierre Lavroff'^. Les socialistes français déployèrent un drapeau rouge, que les agents empoignèrent. Un second drapeau fut confisqué, de la même façon, sur le parcours des obsèques Un troisième drapeau fut -saisi près de la tombe, au milieu d'une bagarre épouvantable, dans le prétendu champ de repos. Heureusement que vingt-quatre discours furent alors prononcés. Les agitateurs, engourdis, oublièrent toute nouvelle manifestation.
' Pierre LavroflF était un ancien professeur à P Ecole militaire de Saint-Pétersbourg, le plus émiaent peut-être. Compromis dans un complot, il fut relégué en Sibérie, d'otl il ^'enfuit. Il vint en France. Agé de 77 ans, il était, depuis longtemps, en dehors de l'action nihiliste.
La police, satisfaite, rendit le troisième drapeau, engourdi lui-même, et* resté coi dans sa gaine de papier gris.
13. — A midi, eut lieu, à Saint-Jacques-du-Haut- Pas, Tenterrement du jeune Gardot, fils d'un colonel ; ce jeune homme passe pour .être mort de la fièvre typhoïde, attrapée au lycée Saint-Louis, que Ton fut obligé de licencier. C'est le plus malsain des lycées de Paris; il est, en effet, en contre-bas de la butte sur laquelle s'étage la rue Monsieur' le Prince, et près de l'énorme réservoir d'eau de la rue Racine. Les parents y envoient néanmoins leurs enfants, car c'est là que se fait le mieux la culture de l'X dans la cervelle des candidats aux Ecoles.