SCENE PREMIERE
Un cellier ouvert sur une cour. GALIBAN, PUIS AlilEL.
CALIBAN9 ivro, étendu à terre, se tordant dans une mare de vin sortie d'un tonneau qu'il a débondé et oublié de refermer.
Mille malédictions! Oh! Tanimal, le menteur, le fainéant! Fiez-vous donc à la parole des princes ! Dans Tîle enchantée, quand je commis rincroyable sottise de prendre Tivrogne Stéphane pour un dieu et d'adorer ce farceur, je l'échappai belle. Nous devions enfoncer un clou dans la tête démon maître. Ah! c'était joliment bien combiné! Mais Prospero, grâce à cet insipide violo-
i CALIBAN.
ncur que j'ai pour compagnon. Prospère savait tout. Je m'atlcndais ii une de ces corrections qui me faisaient rugir. Eh bien, pas du tout! Je lui promis d'ùtre plus sage, et il eut la bêtise de me croire. Le lendemain, nous quittâmes Tile, et nous vînmes dans cette plaine, qui ressemble à notre premier séjour comme un membre de chevreuil ressemble à un os ronge par dix chiens. Je devins inutile; ici, plus n'est besoin de chercher les sources au pied des rochers, de cueillir les baies sur les arbres, de dénicher les jeunes oiseaux. On me promit ma liberté; je l'attends encore.
J'y ai droit, à cette liberté ! Autrefois, je n'avais nulle pensée; mais, dans celte plaine deLombardie, mes idées se sont l)ien développées. Les droits de riiomme sont absolus. Comment Prospère se permet-il de m'empécher de m'appartenir à moimême? Ma fierté d'homme se révolte. Je m'enivre de sa cave, c'est vrai ; mais le premier crime des princes n'est-il .pas d'humilier le peuple par leurs bienfaits. Pour effacer cette honte, il n'y a qu'un