ACTE PREMIER
moyen, c'est de les tuer; un pareil outrage ne se lave que dans le sang. Après tout, Prospère a été pour moi un usurpateur ; il m'a volé mon île ; j'en étais le souverain légitime. L'île m'appartenait depuis que ma mère Sycorax m'y abandonna pour aller à tous les diables; je l'avais appropriée à mes besoins, j'en vivais, jusqu'au jour oii cet ignoble sorcier vint y aborder avec sa charogne de valet aérien. J'étais le premier occupant. Prospère a été un conquérant, un usurpateur.
(Musiquo céloste, pleiao de douceur, annonçant l'approche d'Ariel.)
Toujours son éternelle mandolinade ! Béte infecte, filou, animal rouge. Ah! si je pouvais te tenir et
te mettre en morceaux. (Caliban en proîa à da Tiolentos
coQTuUions.) La paix, du moins, la paix! Epargnemoi ta musique enragée qui fait sur moi l'effet du mal de mer. Va chercher ailleurs des chats pour les caresser à rebrousse-poil.
A RI EL, Tisibla. — Trille doucement prolongé.
Pourquoi te révolter? Où pourrais-tu être mieux
4 CALIDAN.
qu'ici? La cave t'est ouverte, et tu en sais le chemin. Libre, tu serais bien moins heureux.
Oui ; maïs je suis exploité. Plat valet, lu ne vois donc pas qu'être exploité par un autre homme est la chose la plus insupportable? tu n'as donc pas un brin d'honneur? Un mortel n'a pas le droit d'en subalterniser un autre. La révolte, en pareil cas, est le plus saint des devoirs.
ARIKL.
Tu oublies que c'est par Prospcro que lu es un homme, que tu existe?.