ACTE DEUXIÈME
ORLA\DO
Et la potence ? comment appelles-tu ceux qu'on y pend ?
nUGGIERO.
On trouve bien rarement ces gens-là sur son chemin.
Le groupe as disperic.
niNALDO.
Parvenir, voilà, la vie, selon moi.
Parvenir b. quoi? On passe sa vieil poursuivre un but. Le but atteint, on voit que ce n'est rien.
Il vaut mieux, en elTel, servir une cause, car la cause vous survit.
DALDVCCI.
Allez donc! elle meurt avant nous. Dès qu'une idée qui a passionné l'opinion a réussi, on en voit les défauts ; on s'en dégoûte, et la génération qui suit se met à défaire ce que vous aviez fait avec tant de conviction : la mode est tout.
OBt.AXDO.
L'attachement à la famille corrige ce que la desiinée individuelle a de frivole.
ai UGiEito.
Oui, aux yeux des esprits peu philosophiques. Pour se renfermer dans l'horizon de la famille, il faut ôlre persuadé que la famille dont on fait partie est la meilleure de toutes. Or, les autres étant persuadés, de leur cûlé, de la même chose, il n'y a pas de chance pour que tous aient raison. Préjugé, vanité, voilà la hase de la vie. La pliilosopiiic, c{ul détruit les préjugés, détruit la base de la vie.
ACTH DBUXIËUB. M
OBLANDO.
Le patriotisme a plus de solidité.
ItUGUtERO.
Je ferai le même raisonnement que tout & l'heure. Pouvez-vous croire que votre patrie ait une excellence particulière, quand tous les patriotes du monde sont persuadés que leur pays a le même privilège. Vous appelez cela préjugé, fanatisme chez les autres. Il faut être taupe pour ne pas voir que les autres portent le même jugement sur vous.
Je n'ai jamais vu de fête qui ressemblât autant que celle-ci à un enterrement. Tout le monde est philosophe. Je n'ose hasarder la moindre bêtise. Prospero n'entend rien au comique, et tous ces messieurs, ce soir, sont trop graves pour faire attention h un pauvre fou. Les fous, pourtant, sont quelquefois les sages.
Le groupe J'Jiupeii* l'tpproch*.
JACINTO
Oui, celte tôtc charmante sera un jour une tête de nnort.
iMPËini.
Oh ! le joli compHment, Jacinto! Faites-vous donc moine, si vous prétendez à tant de philosophie. Il ne faut regarder ni de si près ni de si loin. Vous faussez également la vision de votre œil, et si vous mettez l'objet sur vos yeux et si vous le posez hors de votre portée. De ce qu'une chose est éphémère, ce n'est pas une raison pour qu'elle soit vanité. Tout est éphémère, mais l'éphémère est quelquefois divin. Voyez le papillon : c'est moins un animal à part que la floraison d'un autre animal. Le papillon est un âge du vermisseau, comme la fleur est un moment passager de la plante. Une créature peu douée en apparence, peu riche de vie et de conscience, condamnée, vous le diriez, à ne représenter dans la nature que la laide et pâle existence, à faire nombre et à remplir un des