‹ Caliban, suite de La tempête, drame philosphiqueChapitre 65 sur 74 · LESMÈMES, FRÈRE AUGUSTIN DE FERRARE · texte numérisé non relu

LESMÈMES, FRÈRE AUGUSTIN DE FERRARE

FKÈRE AUGUSTIN DE FERRARE entre portabt un rouleau de parchemin. On s'écarte de lui; il se place devant le duc et lit.

« La très-sainte inquisition, pour l'intégrité de la foi et la poursuite de la perversité hérétique, agissant par délégation spéciale du Saint-Siège apostolique, informée des erreurs que tu professes, insinues et sèmes méchamment contre Dieu, la création, Tincarnation, la résurrection de la chair et autres dogmes fondamentaux de la foi chrétienne, te réclame et t'appelle à son tribunal, auquel tu n'as échappé perfidement jusqu'ici que grâce à une puissance temporelle, ou plutôt à une tyrannie que Dieu t'a ôtée. Tes erreurs sont les plus graves qu'un chrétien puisse commettre; elles vont même jusqu'à l'infidélité : erreurs de physique et de métaphysique, de morale et de

80 CALIB.VN.

foi. Tu as insinué, en effet, par les voies les i)Ius diverses et avec une perfidie qui ne saurait venir que du père de tout mensonge, que riiomnie peut (luolque chose sur la nature et par la nature, ce qui ferait riioniine participant de la puissance <*rcatrice, puisque modifier ce qui a été créé équivaut à créer. Or il est écrit : « Dieu a créé le ciel » et la terre. » Dieu seul, entendez-vous? Dieu, j-^ar consécjuent, n'admet personne à retoucher sou œuvre ni a la i)erfecti()nner. Tu as donc pensé et pari»'? niéchanniient en prétendant changer la nature des corps, laquelle est fixe (ît limitée par Dieu en la mesure et quantité qu'il a voulue. Car, s'il eut jugé à pi*oj)Os qu'il y eut plus de corps ou autrement mixtures, il les eut faits. D'où il suit ({ue, si la damnée science de la composition et de la décomposition des corps était vraie, rhomnio serait Dieu et renouvellerait le crime de Satan, qui voulut s'égaler à Dieu.

» Et ce (jui prouve, en outre, qne chaque corps a sa nature, (jui ne peut changer, c'est le dogme de'

Page 1