‹ Caliban, suite de La tempêteChapitre 25 sur 70 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

être payés en ce monde, et ils riraient fort de ceux qui ajourneraient le versement de leur solde au paradis.

ORLANDO

Chose étrange qu'on ait pu amener des millions d'hommes à se faire tuer pour des êtres collectifs qui ne sont personne de déterminé 1

RUGGIERO

Après tout, à l'heure qu'il est, ces gens-là, fussent-ils morts dans leur lit, seraient morts tout de même.

ORLANDO

Oui, tout est vain, excepté la joie de l'heure présente. Égoïsme et dévouement se valent.

BALDUCCI.

Que l'ordre du monde repose sur peu de chose ! Je fais souvent une réflexion singulière, c'est que le meilleur moment pour un État, c'est quand ses gens de guerre sont battus. Gomme alors le gou-

vernement est aimable ! comme les -gens d'armes sont polis! comme les princes sont doux, portés aux réformes! On peut même dire que les réformes ne se font bien que dans ces moments-là.

On sent dans l'assemblée une certaine agitation. Ercole et Jacinto passent, causant ensemble.

Er.COLE.

Il y a des choses vraies théologiquement qui ne le sont pas philosophiquement. Tous les docteurs de Padoue sont d'accord là-dessus.

JACINTO

Alors vous ne croyez pas que les os de saint Antoine de Padoue fassent des miracles ?

ERCOLE

Pardon ; ils en font théologiquement parlant ; mais philosophiquement parlant, les os d'un chien mort (ossa canis mortui, disait mon maître) en feraient tout autant, si l'on s'imaginait que ce sont ceux de saint Antoine.

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