‹ Caligula: tragedie en cinq actes et en versChapitre 13 sur 61 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

AFRANIUS, LES Licteurs, le Peuple, CLAUDIUS, enlranl vêtu d' une lunique , sans loge nimanleau, etporlant à la main une lettre entourée de lauriers.

AFRANIUS

Le noble Claudius.

CLAUDIUS

Lui-même; mais, par grâce, Mets tes licteurs en cercle etdcfends ces clameurs. AFRANIUS, à ses licteurs. A Claudius.

Entourez-nous. Qu'as-tu?

CLAUDIUS

De fatigue je meurs.

César ( que la faveur ne me soit pas fatale ! ) M'a choisi pour porter la lettre triomphale : Un autre eût désigné quelqu'un qui pût courir; Mais moi qui marche à peiue. Ah! .. c'est pour en AFRANIUS, avec mystère. [mourir!

N'importe, Claudius... c'est le ciel qui t'envoie.

CLAUDIUS

C'est l'enfer, bien plutôt... Cette maudite voie, Elle est d'une longueur...

AFRANIUS, à demi-voix.

Les augures sont pris.

CLAUDIUS

Quels sont-ils?

AFRANIUS

Malheureux.

CLAUDIUS

Je n'en suis pas surpris, Ils présagent ma mort.

AFR.4NIUS.

Crains que le coup ne porte Plus haut que toi.

CLAUDIUS

Plus haut? en ce cas peu m'importe; Mais enfin quels sont-ils?

Dans le ciel, cette nuit, On a vu des soldats se heurter avec bruit; Une louve a mis bas son fruit, informe ébauche; Le tonnerre a brillé venant de droite et de gauche ; En marchant à l'autel la génisse a mugi; Et quand le victimaire eut, de son bras rougi. Avec le fer sacré creusé les deux entailles , En vain il a cherché le cœur dans les entrailles : Même chose arriva, soit présage ou hasard, Quand, frappé par Bru tus, tomba le grand César.

CLAUDIUS

Eh bien ! que penses-tu de tout cela ?

AFRANIUS

Qu'Octave N'eût jamais oublié, ne fût-il qu'un esclave, L'homme qui, le premier sur son chemin placé, L'eût instruit du péril dont était menacé Celui-là qui, tombant sur les degrés du trône, Devait faire à ses pieds rouler une couronne ;

Si terrible qu'il soit, un présage irrité Se peut envisager sous un heureux côté. Car, fatal au soleil dont la course s'achève, Il devient favorable à l'astre qui se lève : Qu'en dis-tu, Claudius?

CLAUDIUS

Silence, parlons bas.

Ces présages, consul...

AFRANIUS

Eh bien!

Je n'y crois pas.

Et maintenant, adieu; j'ai repris quelque force.

Il continue sa course vers le Capitole. AFRANIUS, le regardant s'éloigner.

Le vieux renard a vu le piège sous l'amorce. Tout insensé qu'il est ou qu'on le dit, je croi Que cet homme est encor plus prévoyant que moi.

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