SCÈNE II
CHEREA, s' accoudant sur l'autel de ses dieux et se
voilant la tête de son manteau.
Pardon, mes dieux, pardon, si, muet, interdit, Chaque fois qu'à vos pieds j'apporte mon hommage, Du pan de mon manteau je voile mon visage. C'est que je n'ose point lever sur vous les yeux,
MAGASIN TEHATRAL.
O Lares, qui savez ce qu'étaient mes aïeux I Car, en vous regardant, patriotique emblème, J'ai honte au fond du cœur de Rome et de moi-même I De moi, qui, jeune d'âge et pourtant vieux soldat, De nos derniers beaux jours vis le dernier éclat, Et que Germanicus, j'en ai gardé mémoire, A fait centurion après une victoire ; J'espère toutefois que vos regards perçans De ma feinte mollesse ont pénétré le sens. Et dans tous les détours où ma ruse s'applique Suivi l'amant pieux de la gloire publique. Ohl si de mes ennuis seulement la moitié Vous est connue!... alors vous aurez eu pitié. Pitié quand vous m'avez, d'une voix ridicule. Vu parler le jargon d'Ovide et de TibuUe ; Pitié quand vous m'avez vu porter mes amours A cette Messaline, opprobre de nos jours. Et pitié quand enfin aux insultes du maître Vous avez vu mon cœur lâchement se soumettre. Eh bieni vous le savez, tout cela n'est qu'afin De mener mon projet à sa sanglante fin. Et vous n'ignorez pas que pour qu'il réussisse Je ne l'ai point voilé d'un trop long artifice. Oh I sans doute qu'au temps des antiques vertus, Ce n'était point ainsi que conspirait Brutus, Et c'était au grand jour que son poignard stoïque Vengeait en plein sénat la sainte république! Mais dans un tel projet était-il affermi, Alors l'ami pouvait dans le sein d'un ami Le déposer sans peur, car le secret sublime Y tombait englouti comme dans un abîme. Mais aujourd'hui soldats, citoyens, sénateurs, Pour un ami discret offrent cent délateurs; Si bien que lorsqu'on veut un cœur loyal et brave. Il faut l'aller chercher dans le sein d'un esclave, O mes dieux! faites donc qu'en ce jeune Gaulois Je trouve ce qu'en vain j'ai demandé cent fois A ces Romains bâtards, race aveugle et flétrie. Qui répond par des chants aux pleurs de la patrie. On entre... Protogène... Et que vient faire ici Cet espion bourreau ?