‹ Caligula: tragedie en cinq actes et en versChapitre 46 sur 61 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, CALIGULA, les Flamines, les Licteurs.

AQUILA

L'Empereur !

STELLA

0 mon Dieu, voilà l'heure venue I

Ah ! de tant de vertu la cause est donc connue? Notre pudeur le jour s'effarouche aisément, Mais la nuit s'apprivoise aux bras d'un autre amant. J'en suis aise.

César, pas de soupçon infâme:

Ce n'est pas ma maîtresse.

Et qu'est-elle ?

AQUILA

Ma femme 1

Alors en vain Vesta voudrait la secourir. C'est ta femme?

AQUILA

Oui.

Tant mieux! elle pourra mourir.

AQUILA

Mourir I

STELLA, sur la poitrine d'Aquila.

Hélas, mon Dieu I

AQUILA

Mourir, et pour quel crime?

Parce que, respectant une ardeur légitime, Elle a par ses soupirs, ses larmes, sa pudeur. Repoussé de César l'incestueuse ardeur ! Auguste, ton aïeul, ce grand maître en justice, Eût mis l'apothéose où tu mets le supplice! Car il se souvenait qu'aux jours républicains Le poignard de Lucrèce a tué les Tarquinsî

Tu te trompes, Gaulois, César n'a point de haine, César sait trop comment réduire une inhumaine ! . . . Il réserve le fer pour les Brutusl... d'accord! ... Mais pour les Danaés, il fait pleuvoir de l'or ! Si, prenant en dédain une faveur si haute. Cette enfant aujourd'hui n'eût commis d'autre faute Que celle que tu dis, par moi-même honorés, Et son nom et ses jours m'eussent été sacrés j

Mais un plus grand forfait l'a faite criminelle, Et c'est l'impiété que je poursuis en elle.

STELLA

En moi l'impiété ?

De la Gaule en ce lieu N'as-tu pas rapporté le culte d'un faux Dieu?

STELLA

Tu blasphèmes. César... c'est le Dieu véritable I

Prêtres, vous l'entendez... emmenez la coupable

AQUILA

Punis-moi donc aussi , car ce Dieu, c'est le mien, Et depuis un instant. César, je suis chrétien.

STELLA

Ne t'avais-je pas dit que notre Dieu rassemble?

AQUILA

Que béni soit le Dieu pour qui l'on meurt ensemble l

Ensemble! oh! que non pas, et César s'entend mieux, Enfant, que tu ne crois, à bien venger les Dieux I

AQUILA

Que dis-tu?

Qu'à ton gré quelque autre eût fait peut-être, Mais qu'en torture, moi, je suisunplus grand maître.

AQUILA

Infâme I

STELLA

Au nom du ciel, mon Aquila, tais-toi 1

Ohl de l'art des bourreaux j'ai fait étude, moi! Et ne commettrai pas cette faute infinie De vous faire à tous deux une seule agonie : Je sais ce qu'au vivant le mourant fait souffrir, Et qu'on meurt mille fois en regardant mourir !

- STELLA, à Aquila.

Je ne suis qu'une femme... exauce ma prière.

AQUILA

Que veux -tu?

STELLA

Permets-moi de mourir la première.

Enfant, César est bon, il t'accorde ton vœu; Rends-lui grâce !

Stella ! . . . mais où donc est ton Dieu?

STELLA

Silence !

AQUILA

De nos bras ose rompre la chaîne, Viens...

Licteurs, séparez le lierre du chêne !

Un licteur lève sa hache entre les deux jeunes gens. Stella recule pre'cipitamment. Aquila reste les hras étendus vers elle.

STELLA

Ah!

Les flamines s'emparent d''elle et les licteurs d' Aquila. AQUILÂi

Démons de l'enfer I

MAGASIN THEATRAL

STELLA

Ma mère, ma mère!... Ah 1...

Ma mère, au nom du ciel, secourez-nous!... AQUiLA, se débattant.

Stella!

Attachez cet esclave, emmenez cette femme.

AQUILA

Infâme !

CAUGULA.

Obéissez.

AQUILA

Infùme! !

Allez.

/AQUILA

Infâme!

STELLA

Adieu donc, mon époux... adieu, ma mère, adieu; Nous nous retrouverons à la droite de Dieu!

Les prêtres entraînent Stella parla porte qui est près tle la fenêtre.

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