‹ Calino charge d'atelierChapitre 6 sur 8 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

TONY

Grâce à lui, nous nous asseyons à la table d’hôte de nos rêves ! viandes saignantes, Ruoltz, égards et primeurs.

RÉCINA.

Ah çà ! c’est donc une corne d’abondanéc que ce monsieur-là?

C’est un peintre en herbe, à ce qu’il dit du moins, un produit du Bourbonnais... qui est tombé à Paris, il y a cinq ou six mois , avec uile jolie femme et une sœur charmante.

RÉGINA

Une jolie femme, une sœur charmante! ah) je comprends pourquoi vous avez fait sa connaissance.

FRITZ

Permettez* c’est lui qui a fait la nôtre.

RÉGINA, & Fritz qui joue aux cartes.

Tiens, qu’est-ce que vous faites donc-là?

FRITZ

Nous jouons l’absinthe que Lafaucollière à payée. .

TONY

Certainement, que c’est Calino qui a fait notre connaissance, car nous ne voulions pas d’abord l’admettre dans le cénacle, mais il a fini par se traîner à nos genoux pour nous arracher la . promesse formelle de venir nous installer dans sa maison aux conditions suivantes : (n tire un papier de sa poche et lit.) « Entre les « soussignés, Tony, peintre d’histoire, et tous les amis qu’il jugera « convenable, d’une part. — Et le sieur Calino, fondateur de l’hô- « tel ayant pour titre : — Les arts et l’ami de l’homme. —

« D’autre part. » (A Régina, appuyée sur son épaule', et qui lui retire la pipe de sa bouche.) Casse-moi ma pipe toi, fais un coup comme ça. « Le sieur Calino offre au sieur Tony et à ses amis la table « et le logement aux prix les plus doux. Les questions de rè- « glement de compte, si longs qu’ils soient, devront toujours être « traités à l’amiable, et de plus, la confiance étant fille de l’âge « d’or, on laissera à la disposition des consommateurs les clés « de la cave. »

MIST1GRIS, entrant.

Voilà l’absinthe !

TONY, continuant.

« (N. B.) Tout contrôle ne se produisant que par des mesures attentatoires à la dignité de MM. les artistes* l’abus ne pourra être constaté dans aucun cas. Auk conditions ci-dessus énoncées et remplies, le sieur Tony et ses complices... non, ses cohfrères, accepteront la pénible mission de ramener le sieur Calino dans le vrai et rude sentier de l’art, et de diriger l’essor de Bon génie naissant. — Fait double et de bonne-foi ! »

* Régina, Tony, Frit*, Lafaucollière, Snipion.

CALINO

RÉGIN A.

Oh ! de bonne foi !

FRITZ

Comment?... (Miitigris qui a préparé l’absinthe la présentes tous.)

RÉGINA

Mais votre Calino, a-t-il des dispositions?...

TONY

Aucunes; mais nous n’avons rien à nous reprocher.

LAFAUCOLLIÉRE.

Non, on l’a fait commencer par le commencement. Mistigris lui a conféré la préparation des palettes, l'achat du tabac et rallumage du poêle.

MISTIGRIS

Et je dois déclarer que, dans l’accomplissement du dernier de ces trois devoirs fondamentaux , je n’ai pas rencontré chez lui ce feu sacré qui dore le crépuscule de l’art, l’iuspiration manquait; il allumait froidement, (tous rient.)

RÉGINA

Voulez-vous que je vous dise? Eh bien! ce que vous faites-là est très-mal... votre Calino est un malheureux qui a une tocquade !... il a besoin de conseils, et il vous offre en échange, • comme je vous le disais tout à l’heure, une corne d’abondance, et la corne une fois vide!... vous voulez la lui doubler sur la tète, ça n’est pas gentil.

fritz.

Ah ! laissez donc, si vous connaissiez l’hoinme.

SCIPION

C’est un phénomène d’outrecuidance.

fritz.

il abuse do notre titre de débiteur pour nous faire avaler sa peinture.

TONY

11 ose critiquer le vert Véronèse et le brun Van-Dyck.

SCIPION

11 croit sincèrement à son talent! il soutient !...

Qu’il fera une révolution dans les arts ! Quand nous voulons lui conseiller en amis de faire des bottes, il s’enveloppe dans sa fierté et nous regarde tous du haut de sa grandeur. Ainsi nous nous étions mis en quatre pour lui procurer une place de teneur de livres chez un épicier, dix-huit cents francs par an...

v SCIPION.

Le sucre et le savon.

TONY

Et il l’a refusée avec mépris '; c’est agaçant.

RÉGINA

Mais, sacristi! s’il est toqué, cet homme?

FRITZ

11 l'est trop, ou pas assez ; qu’il se prononce.

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