‹ Calvin;Chapitre 40 sur 50 · CALVI · texte numérisé non relu

CALVI

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pouvoir, ou que les autorités civiles naissent suii» leur inspiration. Le gouvernement Je Genève lu! une sorte de théocratie au second degré.

L'affaire Gentilis, qui éclata en juillet 1558, fol un dernier écho des grands procès d'autrefois, l'n temple s|n-(-i:il avait été assigné, trois ans auparavant, au\ réfugiés anglais et italiens; ils y célébraient alternativement leur coite. Les Auglai la discipline et ne songeaient pas à discuter le dogme. Les Italiens, au contraire, avaient appris dans les écoles de la Renaissance à ne rien admettre (pie sur preuve. On sut bientôt dans la ville que des opinions hétérodoxes avaienl cours parmi eux et que les erreurs de Servet revenaient au jour. Calvin rédigea une confession de foi, qui fut traduite en italien, et que tous furent invités à signer. Six d'entre eux refusèrent. Menacés d'expulsion, quatre se soumirent, les deux autres partirent, et il sembla que l'accord fiU rétabli. Mais Valentin Gentilis, l'un de ceus qui n'avaient donné leur signature que sous la menace de l'expulsion, ci m I Situait . dans des conversations privées, à élever des doutes sur le dogme de la Trinité. Son point de vue n'était pas celui de Servet; il prenait la question par le coté métaphysique. Servet, en théologien moraliste et philanthrope, avait insisté sur la nature humaine du Christ, vrai sauveur et consolateur dos hommes parce qu'il était leur semblable. Gentilis, plus dialecticien, faisait ressortir ce que la formule trinilaire avait en elle-même de contradictoire. Admettre trois personnes dans le Dieu unique, c'était, disait-il, établir

iisati-il, établir

quatre Dieux; la Trinité élail, en réalité, une Quaicrnité. Il fut dénoncé au Conseil et conduit à la prison de l'Kvéehé. Les interrogatoires qui suivirent ne donnèrent pas beaucoup de lumière.

Oentilis mil ses idées par écrit, Calvin lui répondit par un mémoire, puis Gentilis se rétracta. Il fut condamné a à crier merci, les genoux en terre, puis à porter une torche allumée par les rues en chemise, pieds nus cl tèle découverte, au son de la trompette ». Après avoir subi son humiliante condamnation, il se rendit à Ges, où il rédigea une nouvelle confession de foi, qu'il publia. Étant arrivé à Lyon, il fui arrêté comme hérétique, mais réussit à se justifier, après avoir passé' cinquante jours en prison. Ensuite il voyagea en Pologne, en Moravie, en Autriche, et reviul à Gc\, OÙ il convoqua les théologiens des environs pour une dispuie publique. Le bailli le livra aux autorités bernoises, qui lui tirent trancher la tète, en 1500, deux ans après la mort de Calvin '. Le mémoire de Calvin contre Genlilis est un des écrits les plus virulents qui soient sortis de sa plume. Les arguments y sont ramasses en déclaralions brèves et impératives, de manière à tomber de tout leur poids sur l'adversaire, cl les termes méprisants el injurieux n'y manquent pas. On voil que Calvin ressent une irritation profonde de voir reparaître au jour et s'étaler publiquement des erreurs

1. Voit Henry Fnzy, Pra tdcolat i;„ll„. pMîéd'aprèt I8M. — Rfalaa Gullo, mu griefs que G^atilis, -■■ rit»

i de Valinti'n Otlttiiit

CAI.Vt\.

qu'il croyait avoir étouffées. Et dans le même temps sa correspondance nous te montre plein d'affectueuse sollicitude pour sea amis malades, ou exilés, on

itir|niiii-s dans leur foi. Il soulieul el encourage li duchesse de Ferrare aux prises avec l'Inquisition, l'amiral de Coligny prisonnier au fort de l'Ecluse, (s seigneur d'Andelot, frère de l'amiral, enfermé au château de Melun par or die de Henri II. Il y avait deux hommes en Calvin, l'homme public el I homme privé, ayant chacun son champ d'activité, et presque étrangers l'un â l'autre. Beaucoup de ceux qui ne le voyaient que de loin, ou qui ne le connaissaient que par ouï-dire, se défiaient de lui, le craignaient on le maudissaient. La plupart de ceux qui l'ont approche, qui ont pénétré dans son intimité, se sont attachés à lui. Il a eu des amis qui lui sont restés fidèles, qui n'ont jamais cessé de le consulter, qui l'ouï parfois conseille, et qui ont osé' être d'un avis différent du sien. Il faut voir avec quel ménagement, qui esl une marque d'affection, ses correspondants habituels, Vire! de Lausanne, Bullinger de Zurich, Haller de Berne, lui expriment leurs réserves et leurs scrupules, quand il leur parait juger hop sévèrement un adversaire avec lequel il est engagé dans une polémique; on ne peut ajouter à ces noms celui de Farel, encore plus intransigeant que lui. Dans ses rapports journaliers, Calvin est affable, serviable, dévoué. Ses lettres intimes ont des élans de tendresse; on y sent le cœur de l'homme qui parle et qui, pour un moment, fait taire le théologien.

Malheureusement, et sa réputation en a souffert, i; n'a rien mis de son cicur dans son système. L'

LE TlimMI'ITE I

toire, et particulièrement I histoire ecclésiastique, est pleine de ces contrastes. On cite des inquisiteurs qui ont été des hommes loi'! doux. Calvin est convaincu qu'il a pour mission de restaurer l'Église chrétienne, que cette mission lui a été confiée et même imposée par Dieu; il l'accepte comme une charge â laquelle il lui est interdit de se soustraire, quelque pesante qu'elle soit par moments. Cette conviction est chez lui d'autant plus profonde, qu'il ne s'est jamais préparé pour le rôle qu'il a joué, qu'il y a été poussé malgré lui. Deu\ fois, à son premier passage à Genève et à l'époque de son retour, il a renoncé à la carrière de son choix pour obéir a ce que ses amis lui présentaient comme un appel de Dieu. Mais comment remettre la chrétienté sur ses vieilles assises? Quel fondement lui donner, si ce n'est celui sur lequel elle a été édifiée a l'origine, la parole de Dieu? La relever sur ce fondement,

de la

Réforme.

de lèse-

c'est, | ■ Calvin, toute l'n

Ebranler ce fondement, c'e tMJesté divine. Un homme moins coupable qu'un propagateur de fausses doctrines; le premier ne perd que son âme; l'autre esi une cause de perdition pour des milliers di blables. Le retrancher de la société, s'il ne se laisse convaincre, est un acte de charité chrétienne, et le magistrat civil a le devoir de s'y employer, si le pasteur n'y peut suffire. Les arguments du dogmatisme ont toujours été les mêmes; ils sont sans repli que, si Ton admet d'abord qu'un homme puisse dire : b J'ai la vérité absolue dans ma main, et de l'acceptation de cette vérité dépend le salut de l'humanité. »

La dernière institution de Calvin, al celle qui lui a le plus longtemps survécu, c'osl le Collège- Uniosrsiié, remplaçant le collège île Hive, qui était luimême un développement de l'ancieu collège de

Versonnex. On choisit cor e emplacement un lieu

découvert, an flanc de la colline de Saint-Antoine, « l>ien aéré de toutes parts, dit Itoaet, el notamment exposée au vent d'est, par quoi il est rendu d'autant plus salubre, alègru eL plaisant pour les écoliers ». Les travaux commeuccrent au mois d'avril 1558, et l'inauguration eut lien le 5 juin 155(1. Le nom de Collège-Université indique déjà le principe qui dirigeait les fondateurs : c'était l'union intime de ce que nous appelons l'enseignement secondaire et renseignement supérieur. Il faut ajouter, comme on doit s'y attendre lorsqu'il s'agit d'une œuvre inspirée par Calvin, l'union de l'Église et de l'École. L'établissement éLait partagé en deux sections : l'Ecole privée, comprenant sept classes, où l'on apprenait à lire el à écrire eu français et en latin, et l'École publique, où s'enseignaient le grec, l'hébreu et les arts. Chaque classe avait son régent; l'un d'eux était le principal, charge « d'avoir l'œil sur les mœurs et la diligence de ses compagnons, de présider aux corrections dans la salle commune, el de pourvoir à ce que les auditoires soient tenus nets ». L'École publique, ou la section supérieure, n'a point de classes; on y arrive après avoir été promu de classe en classe dans la section inférieure. La direction générale appartient au recteur; le premier fut Théodore de Bùzc. Les écoliers doivent assister |. mercredi au sermon du malin, el le dimanche aux

LE TRIOMPHE HE LA Tl

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