ES DESTINEES I
CALVIKISM1 .
utrc Angleterre au delà des mers, 1rs antres se répondirent sur le continent européen. 1 n grand nombre vinrent à Genève, et la ville leur donna une église, où ils purent célébrer leur culte en langue anglais'; et selon le rite calviniste. John Knox lin pendant deux ans paslcitr tic cette église ; il vécut dans l'intimité de Calvin et de Théodore de Bèze. « Je ne crains pas de dire, écrit-il à un de ses amis (le 1) décembre 1550), que c'est i<-j la plus paefaite école de christianisme nui ait existé sur terre depuis les jours des apôtres. Ailleurs aussi on prêche iidèle-
ni le Christ, ruais je n'a! vu nulle part une aussi
puce réforinalion de la religion cl des mœurs. i> C'est l'image de cette n pure rélonnaiînu » que les exilés rapportèrent dans leur patrie, quand l'avènement d'Elisabeth leur parut promettre des jours meilleurs pour l'Église nationale; et ce fut dès locs leur unique pensée de * pnrilier » le culte, la prédirai ion, I en geignement, la vie entière de toute souillure païenne, les yeux li\és suc Genève, et en se conformant slriclemenl et minutieusement ,ui\ nresn-iplions de I Kcriiure sainte. Mais Elisabeth tenait bien moins à la pure chrétienté qu'à la conservation de sou autorité suprême. Elle sévit également contre ions tes nan-canfiiriiiistrs, catholiques ou protestants. L'opposition grandit sous les exactions et les supplices. Depuis Henri VIII, la persécution n'avait pas cessé ■; elle n'avait changé que dans le choix de ses victimes, et elle produisit son effet ordinaire, celui d'exalter les Ames. Le parti des dissidents se fractionna, selon le degré de leur intransigeance: mais
louss'ai'i'ni'ili'iviit sur leur ■■ bililîrisme ■>. c'est-à-dire
sur leur attachement non aeuleme I i sprii
la lettre de la Bible. Jamais on ne vil autant de sectes réunies que dans l'Angleterre du xvi" ei du wn" siècle, si ce n'est dans les premiers temps de l'Église chrétienne. Ce fui un des grands mouvomonts religieux de l'histoire moderne. Ce n'est pu l'uniformité de la foi, mais la diversité des croyances qui est le signe de lu vie religieuse, et les variations de l'Eglise protestante sonl la meilleure preuve de sa vitalité.
H est parfois, difficile de suivre les chemins s=.-.-r-i'(~ par lesquels les idées se répundent, gagneni de proche en proche et s'infiltrent dans les esprits. Les réformateurs avaient appelé l'attention sur saint Augustin; ils le filaient de préférence à tous les Pères, et, dans l'autorité qu'ils lui accordaient. Us le mettaient immédiatement après les saïnte-s Écritures. Le» théologiens catholiques furent obligés de l'étudier à leur tour, pour répondre aux arguments de leurs adversaires. C'est ainsi que l'université de Louvaiu, l'une des grandes écoles des Pays- Bas, devint, dans la seconde moitié du xvf siècle, un centre d'études auguslinienues. Ce fut Michel de Bay, ou Baïus, qui inaugura ces études. On lui reprocha de marcher sur les traces des protestants, de puiser au\ mêmes sources queux et d'employer leur méthode; il répondit ipie c était pour les combattre avec leurs propres armes, il, n ell'cl, la plupart de ses écrits sont dirigés contre la Réforme. Il n'en est pas moins vrai que Baïus ne trouva dans saint Augustin que ce que les rélbrr
leurs y avaient trouvé : la corruption originelle de l'homme, son impuissance à faire le bien, la nécessité de la grâce et la gratuité du salut. Du baïanisme sortit le jansénisme, qui fut apporté à Paris, au commencement du xvn° siècle, par Jansénius et par Du Vergier de Hauranne, plus tard abbé de Saint-Cyran. Mais la même contradiction s'attache au jansénisme et au baïanisme. Les jansénistes, tout en conservant le culte catholique et en protestant de leur soumission envers Rome, ont, sur la question fondamentale du christianisme, c'est à-dire sur les conditions du salut, la même doctrine que les réformateurs. Le jansénisme n'est, au fond, qu'un calvinisme qui veut être orthodoxe. Au reste, calvinistes et jansénistes ont un trait commun, l'austérité des mœurs; ils ont les mêmes ennemis, les jésuites; ils ont succombé sous les mêmes coups, ceux de l'absolutisme royal.
On a expliqué de diverses façons la résistance que le protestantisme, tant calviniste que luthérien, a rencontrée en France. On a pensé que le calvinisme, en particulier, par son horreur pour le culte des images, avait blessé le sens artistique inné à la race française. Mais la Hollande, tout en adoptant le protestantisme, est devenue une métropole de l'art, et d'un art très original. Rembrandt et Ruysdaël peuvent être opposés sans désavantage à Poussin et à Claude Lorrain, qui, du reste, se sont formés en Italie. Ou est-ce la discipline calvinienne qui a effrayé nos ancêtres ? La France a-t-ellc eu « peur de Calvin » ? La noblesse française peut-être. Le peuple non, comme le prouvent le grand nombre d'églises
qui «c Nonl élevées s [ m ru . i t i . t . 1 1 - 1 1 1 dans i espa :
\ ingtainc A'; '-es, ol le Itre no ina grand
de» martyrs. Tandis que Calvin n'a que des consi ili do modération el de prudence » donner aux fidèles, il est oblige de soutenir la foi el même de corriger
les moins des seigneurs qui col ncent à les
protéger. Les caractères comme l'amiral Coligny étaient rares à l.i cour des Valois ci sont rares dam
toutes les cours. Mais un Antoine de Bourl roi
do Navarre, étaii une pauvre enseigne pour un* religion naissante, el Calvin lui écrivait parfois fort durement.
Le prnli.-slatilisme fram-ais a été sacrifié à l'unité nationale; les dragonnades ont fini par en avoir raison, Il n'a pas péri; il s'est répandu sur les pays étrangers. Kst-ce pour notre profil on pour notre dommage!' L'expulsion du calvinisme a-t-elle été une nécessité, ou seulement une circonstance favorable, dans le développement de la nationalité française el du giiiie français '.'{]•■ -mil des questions qu'il faut abandonner au Jugement, toujours partial, des partis. L'historien qui vent rester dans le domaine des faits n'a que deux choses à affirmer : c'est que l'arrivée des huguenots en pays étranger a été une source de richesse pour les peuples qui les ont accueillis, el qu'en même temps elle a sein- dam
cl littéraire.