LIVRE DEUXIÈME
mains, dédié à Simon Grynée, son ami de Bâle, et sa version de la Bible, Quoique cette version ne soit que celle d'Olivetan, corrigée, on ne peut guère ne pas se demander où Calvin trouvait le temps de faire tant de choses, car nous l'avons laissé, à la fin de 1538, remaniant YInstitution Chrétienne^ et montant chaque jour dans ses deux chaires de 'pasteur et de professeur. Mais ne dépensons pas trop tôt notre étonnement sur ce sujet ; nous en aurons plus tard assez d'occasions, encore meilleures.
Comme pasteur, Calvin ne s'était jamais renfermé strictement, à Strasbourg, dans les fonctions qu'il avait à remplir au milieu de la colonie française ; ses lettres nous le montrent plus d'une fois s'efforçant de faire entrer l'ÉgUse de Strasbourg dans cette voie d'ordre religieux et moral qu'il avait rêvée pour Genève. Strasbourg, il est vrai, ne connaissait pas cette opposition brutale que certains Genevois avaient faite à l'Évangile ; les scandales, s'il y en avait, ne présentaient pas ce caractère de violence et d'intention. Mais Calvin aurait voulu davantage ; il s'accommodait mal d'une Église où foi et mœurs n'étaient pas, selon lui, assez nettement disciplinées. De là, dans ses prédications, quelques attaques contre cet état de choses ; de là aussi, dans ses lettres, quelques plaintes contre
Bucer, docteur habile, pasteur plein de zèle et très-capable de s'indigner contre le mal, mais moins porté à chercher le remède dans des règles. Bucer, de son côté, se plaint aussi parfois de Calvin. Il le voudrait plus indulgent, plus doux ; il n'aime pas le voir persister si longtemps dans l'indignation que lui a causée une faute, dans l'irritation où l'a jeté une erreur qui a osé se produire devant lui. Il lui en parle fraternellement à luimême, et Calvin reconnaît que ce n'est pas sans raison, a II est ainsi fait, dit-il. De tous ses défauts, c'est celui qu'il lui est le plus difficile de combattre. Il ne croit pas n'avoir absolument rien gagné ; mais il sent bien qu'il n'est pas encore arrivé à dompter tout à fait la bête. » Or, cette bête que nous portons tous en nous, il vaudrait souvent presque mieux lui laisser toute liberté que de la dompter à demi. Vous vouliez être doux, et vous n'arrivez qu'à être froid; vous domptez l'extérieur, ce qui est bien quelque chose, mais vous risquez alors de vous croire au bout, de vous persuader que vous agissez sans colère, sous l'impulsion de la raison seule, et d'être, en somme, plus rigoureux que vous ne l'eussiez été avec plus d'ardeur apparente. N'est-ce pas l'histoire de Calvin? Moins- contenu, moins maître de sa pensée et de ses passions, il eût été plus mécontent de lui-même, mais, en