LIVRE DEUXIEME
réalité, plus charitable, et sans doute aussi ses adversaires auraient été plus indulgents envers lui, soit pendant sa vie, soit après.
Un événement moins emportant pour le réformateur que pour l'homme nous appellerait encore, en cet endroit, à quelques études sur son caractère et son cœur. Au moment où lui arriva la première missive sollicitant son retour à Genève, une femme venait de prendre place à son foyer jusquelà solitaire.
On a généralement épargné au mariage de Calvin les accusations et les injures dont on a poursuivi celui de Luther. Mais on ne lui a pas, pour cela, fait grâce, et on s'est rejeté sur l'absence même des passions dont on faisait un crime à d'autres. Jamais, a-t-on dit, il n'éprouva nul besoin d'afifection. Son cœur était dans sa tête.
Non ; mais son- cœur était ce que devait être le cœur d'un homme dévoué à une si grande tâche, et si habitué à. penser peu à lui-même, à son plaisir, à son bonheur.
Il laissa donc à ses amis le soin de lui trouver
une compagne. Nous ne savons pas s^ils y pensèrent pendant son séjour à Genève ; c'est à Strasbourg que nous les voyons s'en occuper. Farel, qui n'y pensa pour lui-même que bien des années après, s'associait de loin à leurs démarches. Calvin, dans une de ses lettres (mai 1539), lui rappelle ce qu'il lui avait dit probablement plus d'une fois. « Souviens-toi de ce que je désire surtout rencontrer dans une compagne. Je ne suis pas, tu le sais, de ces amants qui adorent jusqu'aux défauts de la femme dont ils sont épris. La seule beauté qui puisse plaire à mon cœur est celle qui est douce, chaste, modeste, économe, patiente, soigneuse, enfin, de la santé de son mari. » Hélas ! quoiqu'il n'eût pas trente ans, il était tien forcé d'ajouter cette triste clause. On ne possède pas impunément des facultés comme les siennes ; d'affreuses migraines continuaient de labourer cette tête labourée déjà par la pensée. Une autre lettre nous donne de curieux détails sur l'intervention de Calvin dans une de ces affaires qu'entamait la sollicitude de ses amis. « On m'offrait, écrit-il à Farel, une personne .jeune, riche, de noble naissance, dont la dot surpasse de beaucoup tout ce que je puis désirer. Deux .choses, cependant, me poussaient à refuser : elle ne sait pas le français, et me semble devoir être un peu fière de