LIVRE DEUXIÈME
ici ce soir. » Le 13, enfin : « Maître Jean Calvin est arrivé de Strasbourg, et a tout au long fait ses excuses de la longue demeurance qu'il a faite. »
Cette « longue demeurance » était déjà expliquée dans une lettre écrite par lui de Neuchâtel, huit jours auparavant. « Ayant entendu à Soleure, écrivait-il, qu'il y avoit quelque trouble en cette Église de Neuchâtel, j'ai été contraint selon Dieu de me détourner de mon chemin pour voir si j'y pourrois aucunement remédier. » Ce a trouble » à Neuchâtel ressemblait assez quant à la cause, sinon quant à la violence, à ceux qui avaient agité Genève. Une dame de qualité, dont la conduite était un sujet de scandale, avait été publiquement censurée par Farel. Les parents de la dame accu* sèrent le ministre, et, soulevant contre lui tout ce qu'il y avait de mécontents, obtinrent de la Bourgeoisie un arrêté de destitution. Calvin alla donc défendre son ami, et, avec son ami, ce qu'il regardait comme les droits naturels et nécessaires du ministère évangéUque. Il ne put s'arrêter assez pour mener l'affaire à bonne fin; aussi, peu de jours après son arrivée à Genève, nous le voyons écrire au gouvernement de Neuchâtel. Cette lettre, outre l'intérêt des détails, a une valeur historique : c'est la première, à notre connaissance, qui ait été écrite s^u nom des pasteurs de Geuève, et ou le mot
de Compagnie ait été employé en parlant d'eux. « Magnifiques et honorables Seigneurs, disent-ils, ayant entendu que votre Église n'est pas encore délivrée des troubles qui y sont naguère advenus, nous avons pensé que c'étoit de notre devoir envoyer quelques-uns de notre compagnie pour s'offrir à vous, en tant que notre vocation et office porte, à éteindre ce scandale que le diable a suscité entre vous. Nous avons donc avisé de vous envoyer notre bon frère et ancien pasteur de votre Église, Pierre Yiret, vous suppliant que votre bon plaisir soit l'écouter en ce qu'il vous dira au nom de notre assemblée, selon le devoir de notre ministère qui nous oblige et contraint de nous entremettre en cette cause, vu qu'elle est ecclésiastique ^ et ainsi nous attouche, en tant que nous sommes membres d'un même corps. » Calvin ne considère donc pas cette démarche comme exceptionnelle ; il la rattache au grand principe de l'unité de l'Église, lequel, selon lui, donne à chaque Église le droit d'intervenir fraternellement dans les affaires de toutes les autres. Cette idée fut celle des premiers siècles chrétiens ; nous voyons, en ces temps, toutes les Églises, tous les évêques, se considérer comme solidaires de tout ce qui se passait dans le monde
1 Qu*elle regarde TÉglise, toute l'Église.