‹ CalvinChapitre 105 sur 212 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

l'Église ; qu'il les a exhortés à s'adresser au pdsteur des pasteurs, Jésus-Christ, le suppliant de mettre un terme à ce triste état de choses ; que tous, alors, ont eu dans l'esprit le nom de Calvin, et que tous, après, l'ont prononcé. — « Pour moi, ajoute-t-il, j'ai béni Dieu de ce que la pierre rejetée devenait la pierre angulaire. Viens donc, vénérable père en Christ. Tu es à nous, car le Seigneur t'a donné à nous... Viens ; le Seigneur te redemanderait notre sang, car c'est toi qu'il a établi berger sur la maison d'Israël parmi nous. »

Calvin répond à tous comme à Viret. La perspective de se retrouver à Genève l'effraie, l'épouvante, et, quand il dira enfin oui, il le dira (lettre à Farel, août 4641) en s'écriant : « Non pas ce que je veux, ô Dieu, mais ce que tu veux ! J'offre mon cœur en sacrifice au Seigneur. » Longtemps après, racontant ses angoisses de cette époque : a Enfin, dit-il, le regard de mon devoir, que je considérois avec révérence et conscience, me ga- . gna, et fit condescendre à retourner vers le troupeau d'avec lequel j'avois été comme arraché ; ce que je fis avec tristesse, larmes, grande sollicitude et détresse, comme le Seigneur m'en est très-bon témoin. »

Toutes ses lettres de ce temps, en effet, portent l'empreinte d'une sincérité parf6dte. Qu'il refuse

ou qu'il cède, qu'il prenne courage ou qu*îl recule, aucune trace d'un calcul pour se faire presser, ni, encore moins, pour obliger ses anciens adversaires de s'humilier devant lui. Ce fut sans aucune demande ni aucune insinuation de sa part qu'on assembla, le 1" mai, le Conseil-Général, et qu'on révoqua solennellement l'arrêt d'exil prononcé en avril 1538. Le peuple genevois déclare tenir Farel et Calvin pour (c gens de bien et de Dieu. )>I1 approuve tout ce que le Conseil a fait pour ravoir Calvin, et tout ce qu'il jugera bon de faire encore. — Nous avons déjà raconté les incidents des trois mois qui suivirent.

Calvin avait donc enfin dit oui. Le 19 août, on décide de l'envoyer chercher. Le 2î2, allocation de 36 écus c( à Eustache Vincent, notre héraut de cheval, pour aller quérir maître Caulvin. » Le 29, arrêté qu'on le logera « dans la maison maintenant occupée par le ministre Bernard, à qui on en donnera une autre.» Le 30, lettre écrite au Conseil de Neuchâtel, pour que Farel soit autorisé à « tenir compagnie » à son ami jusqu'à Genève. Le 4 septembre, arrêté de loger Calvin dans la maison dite de la Chantrerie, devant la cathédrale. Le 9, nouveau changement. On lui donnera « la maison du seigneur de Freyneville. » Deux conseillers sont chargés de l'y installer, attendu qu' a il doit être

Page 1