LIVRE DEUXIÈME
Là donc allait vivre Calvin; là il devait, après vingt-trois années, rendre le dernier soupir. Ce lac, ces montagnes, ce lointain à la fois si riant et si grandiose, on aimerait savoir si ses yeux en étaient charmés, si son âme y cherchait parfois le repos et son esprit le délassement. Luther ne nous aurait pas laissés dans cette incertitude. Le Léman bleu se ^serait reflété dans plus d'une de ses pages ; le Jura lui aurait fourni plus d'une image gracieuse, les Alpes plus d'une image austère, l'ensemble plus d'une prière à l'auteur de toutes ces merveilles. Pourtant, de ce que Calvin n'en a rien -dit, ne nous hâtons pas de conclure qu'il n'en ait rien su voir ; il pourrait, au contraire, tel que nous le connaissons, en avoir beaucoup joui sans en jamais rien dire. Une lettre à M. de Falais, en février 1547, n'est pas d'un homme qui ne mette aucun prix aux petits jardins, aux belles vues. Chargé par son ami de lui louer une maison à Genève, il décrit celle qu'il a choisie. « Vous aurez jardin au devant; derrière, autre jardin encore. Une grand'salle d'aussi belle vue que vous en sauriez souhaiter pour l'été. . . » Il dit cela sans pju'ases, car toute phrase lui fait peur ; mais c'est précisément pourquoi un seul mot, chez lui, dit beaucoup. Que de choses, par conséquent, dans cette autre lettre, fort courte, qu'il écrit à Yiret en juillet
1550 ! Il a appris que le pasteur de Lausanne veut lui faire une visite, et le voilà bâtissant, sur cette nouvelle, tout le plan d'une charmante semaine pendant laquelle il prendra, ce qui ne lui arrive guère, ses vacances. Viret s'arrangera pour être à Genève le dimanche. Il prêchera, le matin, à la ville; Calvin doit prêcher à Jussy, au pied delà montagne, et Viret tiendra l'y rejoindre après dîner. Promenade, ensuite, jusque chez M. de Falais, à Veigy. Le lendemain, on traversera le lac, et on ira « rustiquer » jusqu'au jeudi, sur les riants coteaux du pays de Yaud, chez les seigneurs de Pommier et de Tlsle. Le vendredi, enfin, excursion à Pregny ou à Bellerive. Dans tout cela, point de phrases non plus ; mais on sent palpiter, sous ces quelques mots si simples, un cœur ouvert aux charmes de la nature comme aux douceurs de l'amitié.
Au reste, il est bien d'autres choses qu'on voudrait pouvoir demander à cette humble maison où habita et mourut Jean Calvin.
Sa femme vint l'y rejoindre en octobre. Le Conseil avait donné ordre, dès le 16 septembre, d'aller la chercher à Strasbourg, elle et « son ménage, » et le registre mentionne, un mois après, les vingtdeux journées payées au messager pour l'allée et le retour, puis la veqtç £^ux enchères du «char-