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ret » et des trois chevaux que la république avait achetés pour ce voyage, considérable alors. Mais le « ménage, » plus que modeste, allait être insuffisant pour la maison; aussi, dès le lendemain du jour où on avait arrêté de le faire chercher, le registre mentionne « cent vingt et un florins deux sols » votés pour payer « le ménage livré à maître Jehan Calvin, » ménage que nous trouvons inventorié, du moins quant aux meubles de bois, en date du 12 décembre 1547, et inventorié encore, après la mort de Calvin, le 25 septembre 1564, jour où l'État en reprit possession. L'inventaire constate, à cette époque, qu'il manque « un buffet sans serrure ; » mais, en revanche, une douzaine d'escabelles que l'ancien inventaire appelait a tant bonnes que méchantes » se trouvent neuves dans, le dernier. L'un comme Vautre mentionne « une chaise à dos, de noyer, menuisée, » et cette chaise, longtemps conservée dans la chaire de la chapelle de l'hôpital, est aujourd'hui dans celle de Saint- Pierre. 11 n'y a, du moins, aucune raison de révoquer en doute la vérité de la tradition qui l'affirme.
Mais, ce modeste intérieur dont on se figure assez bien l'aspect matériel, on voudrait pouvoir l'animer de détails vivants, surtout pendant le peu d'années qu'Idelette de Bure en fut le centre. Ici
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revient, malheureusement, sous un de ses aspects les plus sévères, le contraste que nous retrouvons sans cesse entre le génie du réformateur allemand et celui du réformateur français. « Autant Luther est prodigue de ces effusions familières qui nous initient aux événements, heureux ou tristes, de sa vie *, soit qu'il loue en termes enjoués sa chère Ketha, soit qu'il pleure sur le cercueil de sa petite Madeleine, soit qu'il décrive poétiquement à son fils les joies du paradis, autant Calvin est sobre de ces détails intimes qui répandent une douce lumière autour du foyer domestique. Son âme, absorbée par les tragiques émotions de la lutte qu'il soutient à Genève et par les travaux de sa vaste propagande au dehors, semble redouter l'effusion comme une faiblesse, et ne s'épanche que rarement, par des paroles brèves, rapides, éclairs de sensibilité qui révèlent des profondeurs inconnues, mais sans les dévoiler entièrement. Vivant, pour ainsi dire, à l'ombre du réformateur, Idelette nous apparaît dans un demi-jour mystérieux. Quelques traits, cependant, peuvent être fixés et réunis.
» Ces traits, épars dans la correspondance de Calvin et de ses amis, sont ceux de la femme chré-
* Nous empruntons ces lignes à M. Jules Bonnet. {B)illetin de la Société d'histoire du protestantisme français,)
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tienne appliquée à tous les devoirs de sa vocation. Visiter les pauvres, consoler les affligés, accueillir les étrangère qui viennent frapper à la porte du réformateur ; veiller à son chevet durant les jours de maladie, ou lorsque, bien disposé a par tout le reste du corps, » il est « tourmenté d'une douleur qui ne le souflBre quasi rien faire, »• tellement qu'il a « presque honte de vivre ainsi inutile ; » le soutenir aux heures de découragement et de tristesse ; prier, enfin, seule au fond de sa demeure, quand l'émeute gronde par les rues et que de toutes parts s'élèvent des cris de mort contre les ministres : voilà les soins qui remplissent la vie d'Idelette. Ses plaisirs les plus vifs sont d'ouïr les saintes admonitions, d'exercer l'hospitalité chrétienne envers les amis de Calvin, Farel, Viret, Théodore de Bèze, de l'accompagner dans ses rares promenades à Cologny ou à Bellerive, de visiter, à Lausanne, la femme de Viret, la pieuse Elisabeth Turtaz, qu'elle aime comme un sœur et dont elle aura trop tôt à pleurer la perte. C'est auprès d'elle qu'Idelette va passer quelques jours, en mai 1545, lorsque Calvin se rend à Zurich pour plaider la cause des Vaudois de Provence, et suspendre, par une solennelle intervention des cantons, l'affreux massacre de Cabrières et -de Mérindol. C'est à Lausanne qu'elle retourne une dernière fois, en juin 1548, préoc-
cupée de ne causer aucun embarras à ses hôtes, et souffrant de ne pouvoir leur rendre quelques bons offices en échange de ceux qu'elle en reçoit.
» Idelette nous apparaît sous un aspect encore plus touchant dans ses afflictions maternelles. La seconde année de son mariage, en juillet 1542, elle eut un fils ; mais cet enfant lui fut bientôt ravi, et elle fut soutenue dans son épreuve par les témoignages de sympathie que lui prodiguèrent les Églises de Genève et de Lausanne. Une lettre du réformateur à Viret nous initie à sa douleur et à celle de sa compagne. « Salue tous nos frères, dit-il ; salue aussi ta femme, à qui la mienne envoie ses remerclraents pour les douces et saintes consolations qu'elle en a reçues. Elle voudrait pouvoir y répondre de sa main ; mais elle n'a pas même la force de dicter quelques mots. En nous retirant notre fils, le Seigneur nous a frappés d'un coup bien douloureux; mais il est notre père: il sait ce qui convient à ses enfants. » Deux ans après, le cœur d'Idelette fut déchiré par une nouvelle épreuve, la perte d'une fille qui, durant quelques jours, avait consolé sa solitude. Un troisième enfant, dont M. de Falais devait être le parrain, lui fut aussi enlevé. Idelette pleura; le réformateur, frappé tant de fois dans ses affections les plus douces, ne trouvait de consolations que dans le