‹ CalvinChapitre 185 sur 212 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

yera, comme lui, tout emploi d'armes charnelles dans cette grande guerre de la foi. Ce sentiment est d'autant plus remarquable qu'il s'accorde peu, semble-t-il, avec la notion calviniste d'État chrétien. Mais Calvin distingue soigneusement entre la possession et la conquête. Quand l'Évangile possédera l'État, qu'il y ait alors union intime entre la politique et l'Évangile ; mais, pour que l'ÉTangile arrive à posséder l'État, c'ast-à-dire — car Calyin demande toujours la réalité^ non l'apparence, — à le posséder réellement, intimement, il faut qu'il l'ait conquis par ses seules armes, la foi, la persuasioUi l'exemple, la patience.

En voilà assez, ce nous semble, pour déter* miner le caractère de l'influence exercée par Calvin sur les Églises de France. Il travailla sans relâche à les maintenir ou à les ramener sur le terrain pureipent religieux; et si, malgré tant d'incitations tout autres, la sève religieuse continua de circuler puissamment dans leur sein, si le protestantisme politique n'empêcha pas le protestantisme chrétien de grandir sans cesse en

piété, en science, en dévouement, — c*est à Calvin, en bonne partie, qu'elles en furent redevables, n n*est presque aucune de ses lettres où ne revienne cet idéal de VÉgUse sous la croix^ gran dissant devant Dieu en proportion de ses souffrances, et ne voulant, devant les hommes, nulle autre gloire que celle-là.

Voyez, entre autres, ses deux belles épîtres Aux fdHes de France^ en juin et novembre 1559. Il ne s'adresse point là à quelque petite Église à qui on ne puisse conseiller, en effet, que de souffrir ; il parle à toutes ensemble, à un parti qui pouvait, comme on le vit bientôt, lever des armées, prendre des villes, s'emparer de la moitié du royaume. Et cependant, ce qu'il dirait à la plus petite Église, il le dit à ce grand parti composé de plus de deux mille Églises, et il ne lui dit rien d'autre. Souffrir, souffrir encore, voilà le seul combat qu'il leur commande ; féconder par leur sang le champ de la vérité, voilà la seule victoire qu'il leur vante. <( Ne doutez point, leur dira-t-il, quand les méchants auroient exécuté toute leur cruauté, qu'il n'y aura une goutte de sang qui ne fructifie pour augmenter le nombre des fidèles. S'il ne semble pas du premier coup que la constance de ceux qui sont examinés ' profite, ne laissez pas de vous ac-

^ Appelés à rendre témoignage.

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