‹ CalvinChapitre 184 sur 212 · LIVRE OtlATRlÉMK · texte numérisé non relu

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églises. Mais Calvin n'insistera même pas sur cette dernière idée; il craindrait de conseiller un calcul, et de prêcher Vintérêt de la cause. Ce qui est mal est mal, et jamais on ne doit se le permettre. Voilà sa morale en toute affaire.

Mais il ne se borna pas à être peiné, comme chrétien, de certains détails de la lutte ; il sut ausèi voir de plus haut, et comprendre ce que la Réforme pouvait perdre, même victorieuse, à devenir en France un parti militaire et politique. Les seuls combats et les seuls triomphes dignes d'elle, ce sont, répétera-t-il, les souffrances de ses martyrs, payées déjà par tant de conquêtes. Les échafauds et les bûchers sont féconds ; les guerres, même heureuses, sont stériles. On le vit bientôt. Si la Réforme avait pu grandir encore dix ans comme elle avait grandi jusque-là, pauvre, sévère, strictement renfermée dans le domaine religieux, arrosée de sang, mais de son sang, elle était maltresse de la France. Les événements allaient donc ne conf»*^ ar que trop les appréhensions de Calvin. Mais, encore, il laissait la question des conséquences,

>e bornant à appeler mal ce qui lui paraissait mal. Voyez, entre autres, sa lettre à Coligny sur la conjuration d*Amboise, ce fâcheux début du protesfltisme politique qui allait désormais s'associer

u protestantisme chrétien. On l'accusait d*y avoir

trempé, môme d'en avoir été rinstigateur, vu que le chef, La Renaudie, était venu peu avant à Genève. Il raconte donc à l'amiral comment les choses se sont passées. Quelqu'un, dit-il, « me demanda conseil s'il ne seroit pas licite de résister à la tyrannie dont les enfants de Dieu étoient pour lors opprimés. Comme je voyois que déjà plusieurs s' étoient abreuvés de cette opinion, après lui avoir donné réponse absolue qu'il s'en falloit déporter, je m'efiorçai de lui montrer qu'il n'y avoit nul fondement selon Dieu... » Le négociateur ne se tient pas pbur battu. Il fait « grandes lamentations de l'inhumanité qu'on exerce pour abolir la religion, même que d'heure en I^eure on attend une horrible boucherie pour exterminer les pauvres fidèles. »— -((Je répondis simplement, poursuit Calvin, qii^il valoit mieux que nous périssions tous cent fois, que d'être cause que l'Église fût exposée à tel opprobre. » Les conjurés persistent. (( Alors, voyant la chose aller ainsi au rebours, je me lamentois grièvement, et souvent on a ouï ces propos de ma bouche : Hélas ! je ne pensois pas tant vivre que de voir le jour auquel nous eussions perdu tout crédit envers ceux qui se renomment fidèles! Faut-il donc que l'Église de Genève soit ainsi méprisée de ses enfants ! » Calvin s'identifie avec l'Église de Genève ; elle réprouve et réprou-

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