LIVRE ODATRIÉME
tre labeur à votre salut. » Mais il prendra volontiers avec ces Églises, au début et à la fin de ses lettres, les formes plus solennelles de la salutation apostolique. Le ton général est aussi quelquefois plus grave encore que dans ses autres lettres ; on sentira davantage le père, mais sans que le frère disparaisse, car c'est chose étonnante à quel point il sait rester fidèle au grand principe calviniste de l'égalité des pasteurs. 11 signera donc : « Votre humble frère, » et ce mot, même après quelque vigoureuse admonestation, ne choque pas, n'étonne pas : on est forcé d'y voir l'expression d'un sentiment vrai en même temps que d'une idée juste. Calvin, du reste, n'y perd rien. L'autorité de Dieu et de la Parole de Dieu se confond d'autant mieux avec la sienne que celle-ci n'emprunte rien à la hiérarchie ou à l'orgueil. De là aussi, dans ses exh(M*tations, dans ses conseils, dans ses reproches, une parfaite égalité de ton. Il n'enflera pas plus sa voix avec les petits qu'avec les grands, avec les grands qu'avec les petits, et cette voix, toujours la même, n'en sera que mieux celle du devoir, de la loi et de la sagesse.
L'Église de Paris, dont il avait aussi été, en quelque degré, le fondateur, lui fut toujours particulièrement chère; son importance, d'ailleurs, comme Église de la capitale, la lui recommandait
456 GâLVIN.
assez. Mais elle était, par la même raison, plus recommandée qu'aucune autre à la surveillance et aux rigueurs des ennemis de la Réforme, et ce ne fut qu'en i 885 qu'elle parvint à se constituer. Calvin, en mars 1887, la félicite de ce qu'elle poursuit sa marche a au milieu des craintes et assauts » auxquels elle est tous les jours exposée; il lui envoie, au nom de l'Église de Genève, deux pasteurs. Elle en avait demandé davantage; mais, pour le moment, tout est à l'œuvre. « Et sur ce, messieurs et frères, je supplierai notre bon Dieu de vous avoir en sa sainte garde. » — Oui, Dieu garde les siens, mais pas toujours comme ils l'entendent. Moins de six mois après cette lettre, Calvin leur écrit encore, mais pour les consoler dans une effroyable épreuve. On avait ameuté la populace contre une paisible assemblée, réunie à la rue Saînt4acques ; une foule en furie avait traîné au Châtelet tout ce qu*elle avait pu saisir, et les magistrats avaient sanctionné l'arrestation. <c Les brigands et voleurs, raconte Bèze ^ étoient retirés des fosses et crotons les plus infects, pour y mettre ceux-ci. » Le procès s'instruisait; des bûchers allaient évidemment s'élever. C'est alors que Calvin écrit. «Vrai est, dit-il, que l'épreuve est grande et rude à soutenir, de voir un si horrible trouble
< Histoire Ecclésiagtique,