‹ CalvinChapitre 188 sur 212 · LIVRE QtATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QtATRIÈME

et Cfue Dieu tarde d'y mettre la main ; mais aussi ce n'est pas sans cause qu'il est dit que Dieu veut éprouver notre foi comme Vor en la fournaise... et si quelquefois il permet que le sang des siens soit épandu, toutefois il ne laisse pas de tenir leurs larmes précieuses. » Jusqu'ici, les martyrs français ont été plutôt gens obscurs, « contemptibles au monde. » En voici maintenant de plus élevés selon le monde; -leur sacrifice en sera d'autant plus frappant^, leur sang d'autant plus fécond. En effet, parmi ces personnes jetées dans les cachots du Châtelet, il y avait plusieurs dames nobles. Trois lettres de Calvin, l'une adressée à toutes les prisonnières, les deux autres à deux d'entre elles, portèrent la consolation dans cet abîme. La catastrophe était du 4 septembre. Dès le 27, une de ces nobles dames, Philippine de Lunz, veuve du seigneur 'de Gr^veron, montait sur le bûcher avec deux des diacres de l'Église, et léguait son exemple à ses compagnes. Les bourreaux la virent venir souriante, heureuse, vêtue de blanc comme pour une fête. EUe n'avait pas vingt-quatre ans.

Mais si Calvin ne parlait aux survivantes que du devoir de mourir comme elle, il n'en travaillait pas moins, au dehors, à les sauver. Ce fut à son instigation que les cantons suisses et les princes protestants d'Allemagne intercédèrent auprès de

Henri II ; ce fut aussi lui qui, pensant à tout, s^occupa d'envoyer aux prisonniers un peu d'argent. S'il y a « goutte d'humanité » en nous, écrivait^-il aux Églises du pays de Vaud, secourons-les « à tel besoin. » Et quand il arriverait, poursuit-il, qu'on « ne trouvât pas promptement argent par delà, si ferai-je tels efforts, quand je me devrois engager tête et pieds, qu'il se trouvera prêt ici. » En même temps, il faisait remettre à Henri II, au nom des protestants de France, une confession de foi destinée à lui ouvrir les yeux sur les nouvelles calomnies dont on s'était mis à les charger. On ne les accusait plus seulement de révolte, comme au temps où Calvin adressait à François I" Ylnstitution; leurs dogmes, leur morale, leurs assemblées, tout, chez eux, était plein d'abominations sans nom, comme chez les premiers chrétiens au dire des foules païennes. Le roi accorda-t-il quelque attention à cette pièce, d'une franchise et d'une clarté parfaites ? Sa politique avait besoin des princes d'Allemagne ; ce fut à eux, probablement, bien plus qu'à l'humanité ou à Calvin, qu'il céda. Quatre nouvelles victimes avaient péri ; on promit de s'en tenir là quant aux supplices. Mais tout ce qui ne voulut pas abjurer fut laissé en prison, et plusieurs moururent consumés par les mauvais traitements.

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En janvier 1858, le réformateur écrit encore à l'ÉgliBe de Paris pour la consoler sur la faiblesse des uns, sur les souffrances des autres, et pour lui annoncer renvoi de deux nouveaux ministres. L'un des deux, Jean Macar, était pasteur à Genève ; son zèle et sa science l'avaient rendu cher à Calvin, et son éloquence à tout le peuple. Ce fut avec douleur, mais sans hésiter un moment, qu'on accepta son offre d'aller se jeter pour quelque temps dans ce sanglant tourbillon de Paris, a Nous n'avons pas voulu faillir à vous aider, écrit Calvin, en nous dénuant de notre frère. » Arrivé à Paris, Macar osa demander la permission de visiter les prisonniers, et, chose étrange, elle lui fut accordée; un courage si franc séduisait, fascinait les juges. Mais Macar osa bien d'autres choses. Ses lettres à Calvin renferment les plus curieux détails sur son ministère à Paris, et sur cette civilisation demi-barbare que l'Église armait contre l'Évangile. Genève le rappela, et, peu après, la peste s' étant déclarée, c'est Macar qui demande à braver encore la mort en consolant ceux que le fléau atteindra. Atteint lui-même, il meurt « au grand regret de toute la république, disent les registres, et au grand dommage de l'Église. »

Telles étaient donc — et nous avons omis une foule de détails — r les relations de la France protestante avec l'Église de Genève. Mais l'organisateur de celle-ci regrettait de voir l'Église de France sans aucune organisation régulière, et, autant il la détournait de se serrer en un parti politique, autant il désirait la voir une comme Église.

Ce fut donc sous son inspiration que se réunit à Paris, en mai 1559, cette humble assemblée que l'assentiment unanime des Églises allait décorer du nom de premier synode national. Onze Églises seulement y furent représentées, y compris celle de Paris. C'était peu, et c'était beaucoup. Les députés jouaient leur vie.

Là donc furent posées les bases de l'édifice dont les matériaux s'amassaient depuis quarante ans.

Ce fut, d'abord, une confession de foi, œuvre facile en ce moment, aucun dissentiment sérieux n'existant au sein des Églises, toutes fidèles à la théologie de Calvin.

Ce fut, ensuite, une discipline, simple, courte, mais traçant nettement les grandes lignes, vérita-

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