‹ CalvinChapitre 191 sur 212 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

pouvait constater les conquêtes de la Réforme. Étrange spectacle que celui qu'offrait la France ! D'un côté, c'est la royauté, Henri II, François II, le père, le fils, qui sont pris comme d'une rage de supplices ; de l'autre, au lieu des quelques misérables que supposerait le ton des édits et l'atrocité des mesures prises, ce sont des villes et des provinces entières ; c'est une bonne portion de la noblesse, et, bientôt après, la majorité^ c'est la duchesse de Ferrare, fille de Louis XII ; c'est la reine de Navarre ; c'est son mari, chef de la maison de Bourbon; c'est le prince de Condé ; c'est Coligny, enfin, un des plus beaux caractères de ce siècle et de tous les siècles. Voilà l'armée que Vhomme de Genève^ comme on disait à la cour, voyait grossir, et dont il se sentait le chef. Aussi avait-il constamment l'œil sur ces autres chefs, princes, grands seigneurs, dont la présence pouvait faire tant de bien ou tant de mal, selon que l'Évangile serait leur grande affaire ou seulement la seconde et l'accessoire. Que de soucis ne lui causa pas ce triste roi de Navarre, tantôt zélé protestant de qui on pouvait, semblait-il, tout espérer, tantôt chancelant, mou, faible, lâche! Mais aussi, avec Coligny, comme il est à l'aise ! Comme il sent que voilà le héros chrétien, celui qu'on peut louer sans réerve, dans la ferme assurance que le maître com-

mun le loue aussi comme bon et vrai serviteur ! Une première lettre de Calvin Talla chercher en Flandre, où il était prisonnier du roi d'Espagne à la suite de la bataille de Saint-Quentin. La captivité, la maladie, avaient achevé de le convertir à TÉvangile. Ses Mémoires nous le montrent méditant un jour sur les mystérieux hasards de la destinée humaine, et disant : « Tout le reconfort que j'ai, c'est celui qu'il me semble que tous les chrétiens doivent prendre que tels mystères ne se jouent point sans la permission et volonté de Dieu , laquelle est toujours bonne, sainte et raisonnable, et qui ne fait rien sans justes occasions, dont toutefois je ne sais pas la cause et dont aussi peu je me dois enquérir, mais plutôt m'humilier devant lui. » Le réconfort qu'il cherchait dans la Bible lui arriva donc aussi dans une lettre de Calvin. Calvin l'exhortait à bénir sa captivité, déjà si féconde en fruits de vie, et qui pouvait, en se prolongeant, l'être toujours plus. « Dieu vous a voulu comme retirer à l'écart. Vous savez combien il est difficile, parmi les honneurs, richesses et forces du monde, de lui prêter l'oreille... » Dieu a voulu lui parler seul à seul; Dieu a trouvé le chemin de son oreille et de son cœur. Coligny sortit de prison, l'année suivante, non-seulement avec cette foi profonde qui allait être l'âme de sa vie, mais avec la

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