LIVRE QUATRIÈME
résolution de fuir ces honneurs et ces grandeurs dont la perte momentanée lui avait été si heureuse. On le vit remettre à son frère la charge de colonel-général de Finfanterie, renoncer à celle de gouverneur de Paris, solliciter son remplacement comme gouverneur de Picardie, et aller chercher en son manoir de Châtillon-sur-Loing la continuation des saints loisirs de sa captivité.
Là devaient se fortifier encore, sous la douce influence de sa femme, Charlotte de Laval, ses convictions et sa piété. Calvin l'avait préparée à ce beau rôle. Le même jour où il écrivait à l'amiral pour le féliciter de son épreuve, il lui avait écrit, à elle, pour la féliciter et de l'épreuve et de la sainte tâche qui lui serait ensuite plus facile. Un autre jour, il l'avertit de «s'apprêter à tenir bon, » vu qu'il ne manquera pas de gens pour tâcher de ressaisir CoKgny, à son retour, dans les liens du papisme et du monde. « Pensez, lui dit-il, que votre devoir sera de lui aider par votre exemple à prendre courage. » Or, à son retour, la seule chose qui l'empêchât encore de se déclarer publiquement, c'était la crainte d'exposer sa femme à des épreuves qu'elle n'eût pas la force de supporter. Un jour donc, pressé par elle, il se mit à lui faire l'affreux tableau de ce que souffraient les protestants, ajoutant, nous disent ses Mémoires, « que toute-
fois, si elle étoit disposée à ne pas refuser la condition commune à ceux de la religion, lui, de son côté, il ne manqueroit pas à son devoir. » Elle n'en voulait pas davantage, et, peu après, on sut que Tamiral de Coligny avait publiquement communié de la main d'un ministre.
L'année 1560 allait réaliser, plus noir encore, le tableau tracé par Coligny à sa courageuse fenome. On publia de nouveaux édits d'extermination ; on établit, dans chaque parlement, une chambre ardente, uniquement chargée de condamner au feu tout ce qui serait suspect d'appartenir à la Réforme. Paris, Toulouse, Dijon, Bordeaux, Lyon, Poitiers, d'autres villes encore, assistèrent à d'épouvantables séries de supplices ; — et le 21 août, à Fontainebleau, à l'ouverture de l'assemblée des Notables, un homme se lève, s'approche du trône, s'incline, et remet au roi une requête, la Supplication de ceux qui, en diverses provinces, invoquent le nom de Dieu suivant la règle de la piété. C'est la Réforme qui demande, non-seulement à vivre, mais à vivre au grand jour, sous la protection du roi ; c'est Coligny qui joue sa tête pour déposer la demande aux pieds du trône. Aussi l'homme de Genève aurat-il de nouveau pour Coligny quelques-unes de ces paroles qui sontde l'enthousiasme dans sa bouche, et, cinq mois après : a Nous avons de quoi louer