‹ CalvinChapitre 207 sur 212 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

s'il peut nouer les deux bouts, vu cette « grande charge de passants » que mentionnait déjà le registre lorsqu'on fixa ses honoraires. Mais voici deux ans, ajoute-t-il, que les vivres sont chers, et il a dû faire quelques dettes, a Je ne dis pourtant point cela pour me plaindre. Dieu est bon envers moi, puisque j'ai tout ce qui suffit à mes désirs. » Cela n'empêchait pas qu'il ne se trouvât encore des gens, sinon à Genève, du moins ailleurs, pour l'accuser d'avidité; aussi, dans sa préface des Psaumes : « S'il y en a, disait-il, à qui je ne puisse persuader, de mon vivant, que je ne sois riche et pécunieux, ma mort le montrera finalement. » Un étranger, un jour, frappe à sa porte, et c'est luimême qui vient ouvrir. L'étranger n'en croit pas ses yeux. Il s'était figuré une espèce de palais, des serviteurs, presque des courtisans. Calvin souriait de sa surprise ; puis, ce fut à son tour d'être surpris. L'étranger n'était autre que Sadolet, le cardinal, si vertement traité par lui en 1540, et le cardinal s'était attendu à trouver un train de cardinal, pour le moins.

Calvin ne s'était jamais bien remis de cette violente fièvre quarte dont nous l'avons vu souffrant en 1889; il l'avait, du reste, assez mal soignée, car, nous dit Bèze, forcé de suspendre ses prédications et ses leçons, il ne laissait pas « de travailler à la maison, quelque remontrance qu'on lui fit, tellement que, pendant ce temps, il commença et paracheva sa dernière Institution Chrestienne^ latine et françoise. » Les années suivantes virent donc tous ses maux s'aggraver. Douleurs de tête, douleurs aux jambes, maux d'estomac, crachements de sang, respiration pénible, la goutte et la pierre, enfin, rien ne manquait à ce long supplice^ à peine interrompu par quelques jours un peu meilleurs. Ce fut vers le milieu de 1863 que l'issue fatale commença de n'être plus douteuse. Une lettre de l'évêque de Londres, écrite en juin, nous montre avec quelle inquiétude on suivait au loin les progrès de cette alarmante décadence. L'évêque conjure Calvin de travailler un peu moins, de se conserver à l'Église, qui a encore tant besoin de lui. Ce conseil, bien d'autres le lui donnaient, et

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