‹ CalvinChapitre 206 sur 212 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Falais, devenu l'ami de Bolsec : « Je vous écris la présente, lui dira-t-il, comme m'apprêtant de comparaître devant Dieu, lequel m'afflige derechef d'un mal qui m'est comme un miroir de la mort devant les yeux. » D'autres fois, ce sont les registres du Conseil qui nous fournissent occasionnellement quelques données. En janvier 1846, le Conseil est informée de la maladie de M. Calvin, lequel n'a pas de quoi,y> et lui alloue dix écus. Calvin les refuse. Alors on décide d'acheter, avec ces dix écus, un tonneau de bon yin qui sera porté chez lui, et on exprime le désir « que M. Calvin le prenne en bonne part. » Calvin , pour ne pas choquer Messieurs^ accepte ; mais il emploie ensuite dix écus de son salaire « à soulager les plus pauvres ministres. » En 1556, comme il devient extrêmement frileux, on lui envoie du bois de chauffage ; il insiste pour le payer, mais le Conseil refuse. En 1560, c'est encore un tonneau de vin, attendu «qu'il n'en a pas de bon, » dit le registre, et, cette fois, Calvin accepte. Des historiens ont eu le triste courage de lui reprocher ces quelques cadeaux à lui offerts pendant un ministère de vingt-rsix ans, et presque tous refuség ou payés, bien que motivés, tous, par sa santé déplorable. Mais, que n'a-t-on pas incriminé chez Calvin? Il est douteux qu'on

pût nommer un seul homme dont la vie ait été

plus obstinément noircie dans ses plus minimes détails ; et à côté de tant d'infamies racontées sur la cause de ses maux, on comprend que d'autres historiens se soient crus modérés en ne l'accusant que de les avoir exploités pour s'attirer un peu de bon vin ou d'argent.

Il refusa encore, pendant sa dernière maladie, le trimestre qui lui était apporté. Il ne l'avait pas gagné, dit-il; comment pourrait-il l'accepter? Ce désintéressement frappait beaucoup ses ennemis, plus équitables que ses ennemis actuels. C'est le trait que le pape même, Pie IV, en apprenant sa mort, se plut à signaler en lui. a Ce qui a fait la force de cet hérétique, disait-il, c'est que l'argent n'a jamais été rien pour lui. » La force de Calvin avait une tout autre cause, assurément, dont cellelà n'était qu'une conséquence; mais on aime à constater, jusqu'au bout, cette parfaite • unité de sa vie. Ce malade qui refusait l'argent de ses honoraires, on eut la preuve qu'il ne possédait rien pour subvenir aux frais d'un prolongement de maladie ; pour peu que la mort eût tardé encore, il eût fallu ou accepter l'argent de la république, ou vendre la bibliothèque et les meubles, seule fortune que le réformateur allait laisser. Il n'avait iamais fait ni pu faire d'économies. Même dans les bonnes années, écrit-il à Viret en 1549, c'est à peine

Page 1