LIVRE QUATRIÈME
en un jour fameux, pour les ôter aux profanes, mais pour les prendre humblement de celle d'un pasteur, d'un ami, plus ému et plus tremblant que lui-même. Ce pasteur, cet ami, c'était celui dont nous citions tout à l'heure les paroles, et que nous aurons à citer encore plus d'une fois avant de finir.
Mais le communiant du S avril était encore et ne pouvait pas ne pas être, jusqu'à son dernier jour, le pasteur et le père de l'Église de Genève.
Il voulut parler encore une fois aux magistrats, et leur fit demander une audience. Le Conseil décida de se transporter chez lui, et, le 27 avril, l'humble maison de la rue des Chanoines vit arriver, dans toute la pompe des cérémonies publiques, les vingt-cinq seigneurs de la cité. Leurs registres nous ont conservé le résumé des paroles de Calvin, modestes, affectueuses, mais solides, pleines de choses, comme tout ce qu'il a dit ou écrit. Il leur
rappela les grâces que Dieu avait faites à Genève, les périls dont il l'avait tirée. D'autres périls pjouvaient venir ;^Dieu l'en tirerait encore, mais à condition
qu'elle fût fidèle. A eux donc, magistrats, de lui donner l'exemple de la fidélité. Genève est un poste d'honneur ; ceux qui le gardent pourraientils le « déshonorer? » Calvin, en terminant, les recommanda par une, fervente prière à l'auteur de toute grâce, et a sur cela, dit Bzèe, les ayant priés en général et en particulier de lui pardonner tous ses défauts, il leur tendit la main. Je ne sais s'il eût pu advenir un plus triste spectacle à ces magistrats, qui le tenoient tous, et à bon droit, quant à sa charge, comme la bouche du Seigneur, et, quant à l'affection, comme leur propre père, comme aussi il en avoit connu et dressé une partie dès leur jeunesse. »
Le lendemain, il voulut voir les pasteurs, et la Compagnie se rendit aussi en corps chez lui. Il leur tint, nous dit son historien, un discours « dont la substance étoit qu'ils eussent à persévérer de bien faire leur devoir après sa mort, et qu'ils ne perdissent courage ; que Dieu maintiendroit la ville et l'Église, bien quelles fussent menacées de plusieurs endroits ; qu'ils fussent unis ensemble; qu'ils reconnussent combien ils sont obligés à cette Église de Genève, en laquelle Dieu les a appelés ; que ceux qui la voudroient laisser pourroient bien par-dessus terre trouver des excuses, mais que Dieu ne se laisseroit poiùt mo-