Livre qdatriémë
quer. » 11 rappela, à cette occasion, son exil, son retour, les luttes de toute espèce -qu'il lui avait fallu soutenir, et comment, enfin, il avait vu « la bénédiction de Dieu sur son labeur. » Que chacun donc a se fortifiât en sa vocation et à tenir bon ordre; qu'on prît garde au peuple, pour le tenir toujours en l'obéissance de la doctrine; que ce seroit pour nous rendre bien coupables devant Dieu si les choses, étant avancées jusques ici, venoient après en désordre par notre négligence. » Il déclara ensuite, comme la veille aux magistrats, qu'il savait bien que la maladie l'avait quelquefois rendu chagrin, difficile, colère même ; qu'il en demandait pardon à Dieu d'abord , puis à ses frères ; « et finalement ajoute Bèze, il bailla la main à tous l'un après l'autre; ce qui fut avec telle angoisse et amertume de cœur d'un chacun, que je ne saurois même me le ramentevoir sans une extrême tristesse. »
Il avait fait, peu de jours auparavant, son testament. Dans la première partie, il bénit Dieu de l'avoir appelé à connaître et à faire connaître l'Évangile, fi humiliant de n'avoir pas travaillé davantage ; dans la seconde, il distribue à ses neveux et nièces le produit approximatif de la vente de ses livres et de son mobilier, soit deux-cent-vingt-cinq écus,
i( tout le bien que Dieu m'a donné, dit-il, selon
que je J'ai pu taxer et estimer *. » Dix écus seront donnés au Collège ; dix à la bourse « des pauvres étrangers, » soit des réfugiés. Son frère Antoine est nommé exécuteur testamentaire avec Laurent de Normandie, son compatriote et vieil ami.
Un autre ami, le plus vieux de tous après Cordier, manquait auprès de son lit de mort : c'était Farel. Le 2 mai, Calvin reçoit une lettre où Farel lui annonce qu'il veut le revoir, qu'il va partir. Le revoir! Farel après de quatre-vingts ans, et lui, Calvin, va mourir ; ne peuvent-ils pas attendre de se revoir ailleurs ? Ainsi pense Calvin, et il dicte aussitôt le billet suivant : « Bien te soit, très-bon et cher frère, et, puisqu'il plaît à Dieu que tu demeures après moi, souviens-toi de notre constante union dont le fruit nous attend au ciel, comme elle a été profitable à l'Église de Dieu. Je ne veux pas que tu te fatigues pour moi. Je respire à grand'peine, et j'attends d'heure en heure que le souffle me manque. Mais c'est assez que je vive et meure en Christ^
1 La vente monta à trois cents*