LIVRE DEUXIÈME
défense de son peuple. Ils sont nommés sel de la terre, lumière du monde, anges de Dieu, ouvriers avec Dieu. La prédication est appelée vertu et puissance de Dieu. Réponds-moi : en conscience, toi, super-intendant et chef de la religion, en quelle fidélité est-ce que tu travailles à redresser ce qui est déchu ? » Les heureux donc, les vrais heureux, cène sont pas les Nicodémites, même sous la mitre épiscopale ; ce sont, comme Ta dit Jésus-Christ, ceux « qui sont persécutés pour la justice. »
Voilà le bonheur que choisiront les Réformés de France. « Vraie piété, leur dit Calvin dans l'autre lettre, engendre vraie confession; et ne faut point tenir pour chose légère et vaine ce que dit saint Paul : Comme on croit dé cœur à la justice, ainsi on fait confession à salut. » Les premiers siècles ont donné l'exemple ; que la longue chaîne des martyrs, déjà si glorieusement renouée, ne s'interrompe plus tant qu'il y aura, dans le monde, des persécuteurs et des bourreaux. Qu'on se rappelle, entre mille autres, la mort de Cyprien, racontée par Augustin. Il n'aurait eu, pour échapper au supplice, qu'un mot à dire ; le proconsul, ému, offrait de se contenter d'une abjuration aussi vague, aussi insignifiante que possible. Cyprien persiste. Pourquoi? «Quand les tourments étoient
appareillés devant ses yeux, et que le bourreau, avec un regard de travers, félon et cruel, le serroit de près, que le coup de l'épée jà étoit sur le col, si quelqu'un s'émerveille comment ce saint personnage n'a laissé de se présenter alègrement au tourment, c'est qu'il avoit son cœur fixé au commandement de Dieu qui l'appeloit à faire confession de sa religion. » Ainsi feront donc les Réformés. Ils comprendront qu'aucun accommodement, dans ces choses, n'est permis, n'est possible.
Puis vient un rapide exposé de ce que sont réellement ces cérémonies et ces formes que les timides prétendraient regarder comme indifférentes. Pas une, selon Calvin, qui le soit réellement; pas une à laquelle on pliisse prendre part sans renier l'Évangile, dont l'esprit les condamne toutes. Il y a là des détails qu'on n'écrirait pas aujourd'hui, et dont le ton railleur, trivial, burlesque même, contraste étrangement, pour nous, avec la noble éloquence du reste. Mais, après tout, ces lettres nous arrivent comme signées et scellées du sang des martyrs qui les lisaient, et qui, tant de fois, y puisèrent courage et force. S'ils ont ri à certaines phrases railleuses, ils ont pleuré, ailleurs, sous le coup d'une émotion sainte, et, en définitive, ils ont marché à la mort sans sourciller.