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LIVRE DEUXIÈME

Cependant Farel et Calvin, sortis de Genève au jour fixé par le décret de bannissement, s'acheminaient vers Berne. Sans reconnaître la suprématie religieuse que cette cité puissante cherchait à se faire accorder, ils tenaient à exposer au gouvernement bernois le véritable état des choses. On les accueillit d'abord assez mal, puis mieux. Ils rédigèrent un mémoire où ils expliquaient leur conduite. L'affaire du pain sans levain n'avait été pour leurs adversaires, disaient-ils, qu'un prétexte. Us savaient de bonne source que le projet de se débarrasser d'eux datait de loin ; que ce projet, chez, quelques-uns des meneurs, se liait à celui de ramener le catholicisme, et que, à Lyon par exemple, des marchandises avaient été livrées à certains négociants genevois, payables, disait le contrat, quand Genève aurait chassé les ministres et rétabli l'ancien culte. Ils protestaient, enfin, n'avoir point refusé la Cène à cause de la question du pain, mais à cause de l'indignité patente de ceux qui l'exploitaient. Ces explications adoucirent fort les esprits ; nos deux exilés, partis pour

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Zurich, y trouvèrent l'accueil le plus bienveillant, et, à leur tour, se montrèrent plus disposés à faire quelques concessions, non aux émeutiers de Genève, mais à l'Église helvétique. BuUinger, l'ami de Calvin, demanda au synode d'intervenir auprès du Conseil de Berne, pour que ce Conseil intervînt auprès de celui de Genève. La démarche fut faite. Berne se montra favorable, et envoya des députés auxquels se joignit Viret; fixé à Lausanne depuis dix-huit mois, il n'avait pas été mêlé aux querelles de Genève, et il pensait que sa voix, longtemps écoutée, le serait peut-être encore. Farel et Calvin le suivirent, mais sans entrer sur le territoire genevois ; ils attendirent, à la frontière, le résultat des négociations. On consentit à convoquer, le 26 mai, un nouveau Conseil Général ; mais l'assemblée confirma le décret d'avril, et il y eut une espèce d'émeute contre les quelques citoyens qui osèrent voter dans l'autre sens. Le soir, des bandes coururent la ville, hurlant d'ignobles quolibets contre les pasteurs exilés. Les mêmes gens qui leur avaient tant reproché de vouloir brouiller la république avec Berne, s'inquiétaient peu, maintenant, d'offenser Berne en accueillant ainsi sa demande . Le gouvernement vit ces manifestations avec peine; mais que peut un gouvernement contre les gens qui l'ont fait?

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