LIVRE DEUXIÈME
pape né Médicis s'était fait le centre et le patron. Personne ne l'avait célébrée en plus beaux vers ; personne ne s'était plus poétiquement fâché contre cette absurde Réforme qui venait troubler le beau ciel de la Rome de Léon X, tout occupée de statues, de tableaux, de musique et de fêtes. Ce fut un triste jour pour le secrétaire du pape que celui où on vint lui dire qu'il faUait aller à Carpentras. Il voulut au moins s'y faire suivre de tout ce qui lui rendrait quelque peu son Italie, manuscrifs antiques, objets d'art, tableaux. Il embarqua tout .cela, et tout cela périt en route. Ses lettres sur ce malheur sont touchantes. Il ne pleure pas des trésors, mais des amis, et la plaie saignera longtemps.
Du reste, curieux caractère à étudier. Il est savant, il est pieux, il est large ; il professe pour Mélanchthon une véritable amitié ; il passe et repasse à tout moment sur le grand chemin de la Réforme, et toujours il trompe agréablement les catholiques, désagréablement les protestants, en se retrouvant catholique, évêque, cardinal, prêt à écrire, au besoin, contre ceux dont il a paru s'approcher.
Ce fut lui que le comité de Lyon chargea d'écrire, non pas contre les Genevois, mais aux Genevois. On lui recommanda même de les flatter.
de les caresser, de mettre habilement tous leurs maux, non sur leur compte, mais sur celui de la Réforme et des réformateurs, et de leur peindre, enfin, le catholicisme, TÉglise, comme le port, le repos, la paix dans ce monde et le salut dans l'autre. Ce thème déplaisait d'autant moins à Sadolet qu'il se l'était évidemment fait, depuis longtemps, à son usage. Esprit à la fois aventureux et timide, il trouvait commode d'avoir à côté de lui une Église dont l'autorité le rassurât sur ses propres idées, le soutint dans ses luttes contre les idées d' autrui, et, en définitive, le dispensât d'avoir ou de formuler une opinion sur tant de points plus ou moins ébranlés.
Son épltre « au sénat et peuple de Genève » est un morceau unique, en son genre, au seizième siècle. 11 ne le serait pas aujourd'hui; nous pourrions même dire qu'il a servi de modèle à la plupart des apologies catholiques publiées depuis trente ans. Comme lui, on s'est mis à laisser de côté tous les détails pour ne prêcher que l'Église, l'autorité, l'unité; ce repos qu'il offrait aux Genevois, on l'a offert de la même manière à tous les peuples, couvrant de ce mot séducteur cet autre mot qui effrayerait : abdication .
Sadolet commence donc par flatter. « Pour vrai, dit-il, très-chers, ce n'est pas dès maintenant que