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LIVRE DEUXIÈME

plus habituée à se prêter aux accommodements entre la terre et le ciel.

Voilà ce que le réformateur suivait des yeux depuis Strasbourg, attendant avec confiance le moment où Dieu tirerait le bien du mal.

XYI

Cette ville que Calvin ne perdait pas de vue, deux autres hommes, l'un de plus près que lui, l'autre de plus loin, avaient aussi les yeux fixés sur elle : c'étaient Pierre de la Baume, l'évêque chassé, et le pape Paul III.

L'évêque pleurait ce siège opulent, sur lequel des princes mêmes avaient été fiers de s'asseoir. Le pape n'avait peut-être pas compris d'abord tout ce qu'il perdait en perdant Genève ; mais les événements lui avaient bientôt révélé, surtout pendant le séjour de Calvin, ce que la Réforme gagnait à la possession de cette ville. Les protestants de France avaient commencé à voir en elle leur capitale religieuse, citadelle et temple à la fois, refuge dans les défaites, base d'opérations quand on marcherait en avant.

Ce fut donc avec joie que le catholicisme apprit

l'exil du chef, et les désordres auxquels son départ lâchait la bride. Il suivait avidement les progrès de ce mouvement rétrograde qui ramenait certains Genevois vers Rome, mauvais catholiques, sans doute, après avoir été de non moins mauvais protestants, mais catholiques, mais disposés à rentrer dans la grande unité extérieure, et c'était tout ce qu'on voulait. On comprenait, pourtant, qu'il fallait agir avec prudence, et que ces mauvais catholiques, brusquement effarouchés, pourraient bien se retrouver protestants, peut-être même plus qu'avant. Un, pourtant, était déjà tout gagné : c'était — on le sut plus tard — l'ancien syndic Jean Philippe, un de ceux qui avaient le plus contribué à l'exil de Calvin. Il alla à Lyon pour s'aboucher avec l'évêque, et l'évêque faisait partie d'une espèce de comité organisé principalement dans le but de reconquérir Genève. Dans ce comité siégeaient les archevêques de Lyon, de Besançon, de Vienne, de Turin, et les évoques de Lausanne, de Langres et de Carpentras.

Ce dernier, Jacques Sadolet, était un des \ hommes les plus instruits de l'Église romaine, un des meilleurs aussi. Secrétaire de Léon X, mais de Léon X homme d'esprit beaucoup plus que du pape, il s'était enthousiasmé de cette renaissance littéraire, poétique, mythologique, dont un

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