LIVRE DEUXIÈME
plus hardi à affronter les luttes, plus courageux à mépriser l'envie et la calomnie. Alors aussi eût été réprimée la méchanceté de beaucoup de gens, chez qui l'audace a crû en proportion de ce qu'ils appelaient ta pusillanimité.» — Il est sûr que Mélanchthon et Calvin, fondus en un, eussent formé un caractère admirable ; et sans aller jusqu'à ces fusions chimériques, il est probable qu'une association avec Calvin eût fait plus que d'aguerrir Mélanchthon : il eût été plus content de lui-même, plus sûr dans sa voie, plus heureux.
On crut un moment, parmi les théologiens suisses, que Calvin, gagné par Mélaûchthon, avait fait quelques concessions sur la doctrine de la Cène. Ce fut pour les rassurer, en même temps que pour exposer au complet ses idées sur la matière, qu'il écrivit, à Strasbourg, son traité De la Cène du Sdgneur. C'est le plus modéré de ses écrits de controverse; Mélanchthon a passé par là. Mais la modération des formes ne lui fait rien céder sur le fond, et la consubstantiation luthérienne ne lui parait pas mieux enseignée dans l'Écriture que la transsubstantiation du docteur Eck, le champion du catholicisme à Worms.
Il avait, du reste, toujours poursuivi l'idée d'un rapprochement avec Luther, et il ne cessa pas de la poursuivre. Si, en 1538, dans une lettre à
Bucer, il se plaint de T obstination du réformateur allemand, c'est avec les témoignages de la plus profonde estime pour sa sincérité, sa piété, son génie. Calvin ne cédera rien de ce qui lui paraît la vérité ; mais il suivra des yeux avec bonheur, avec reconnaissance, les moindres mouvements que Luther lui paraîtra faire vers lui. En 1539, il enregistre, tout joyeux, dans une lettre à Farel, les paroles bienveillantes que Luther a chargé Bucer de lui transmettre, a Bucer, dit-il, a reçu de Luther une lettre où où lit : Salue de ma part Sturm et Calvin, dont j'ai lu les livres avec un singulier plaisir. »'Et Calvin, se rappelant qu'il y avait pourtant, dans ce que Luther a lu, plus d'une chose qui aurait pu lui déplaire, ajoute avec non moins de joie : « Vois donc la candeur de Luther! Pourquoi donc y a-t-il des gens qui se séparent si opiniâtrement de lui? » Puis, Mélanchthon a aussi écrit à Bucer, et Mélanchthon a dit que le théologien français est en grande faveur à Wittenberg. Mais voici qui est encore mieux, ce Mélanchthon, raconte Calvin, a chargé le porteur des lettres de lui narrer ceci. Des gens, pour irriter le docteur Martin, lui avaient indiqué un endroit où, selon eux, je parlais mal de lui et des siens. Il a examiné^ l'endroit, et a bien vu qu'en effet c'était lui que j'avais en vue. Mais, après réflexion : J'espère,