‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 15 sur 92 · LIVRE DKUXIÈliE · texte numérisé non relu

LIVRE DKUXIÈliE

lui. Il s'était mis, comme par pressentiment, à attendre et à espérer cet autre.

n courut donc à rhôtellerie. Quelle fut, en voyant Calvin, sa première impression? Persistat-il à croire que c'était l'homme qu'il attendait, on fut-il un moment déconcerté par la pâleur, la maigreur, l'air maladif de celui à qui il venait proposer une telle charge? Nous l'ignorons. Mais la proposition est formulée, et Calvin, d'abord, la repousse. Il n'est pas fait, dit-il, pour cette charge. Il veut bien être ouvrier du Seigneur dans la grande moisson qui se prépare, soldat du Seigneur, au besoin, dans la grande bataille, comme U l'a été en mainte occasion déjà; mais défricher une portion du champ, mais accepter la garde d un poste déterminé, il est convaincu que ce n'est pas son affaire. S'il a déjà rendu quelques services, n'est-ce pas par un livre, fruit du silence et de l'étude? Qu'on le laisse donc aller là où il pourra en écrire d'autres. Farel insiste. Le livre est fait; quel autre livre pourrait valoir le commentaire que l'auteur y ajoutera en rincamant dans une Église sur laquelle le monde aura les yeu}[? Qui a le droit, d'ailleurs, quand de toutes parts Ja trompette sonne, de dire qu'il n'est pas homme d'action, que sa tâche est d'étudier, d'écrire? La preuve que Dieu attend autre chose de Calvin, c'est que le voici, lui, Farel, qui se trouve sur son chemin, et qui lui demande, au nom de Dieu, sa coopération. Calvin trouve alors des raisons nouvelles; il veut, di-

rait-on, rebuter Farel en lui peignant les défauts de rhomme qui deviendrait son collègue. 11 se connaît, dit-il ; il se sait tenace, opiniâtre. Encore une fois, qu'on le laisse s'ensevelir dans ses études ; ce n'est que là qu'il peut valoir quelque chose. Alors Farel éclate. « Tes études, s'écrie-t-il, c'est un prétexte! Je te déclare, moi, que si tu refuses de t'associer à mon œuvre, Dieu te maudira pour t'être cherché toi-même et non pas Christ *. »

Calvin céda, mais comme devait céder un homme de sa trempe, c'est-à-dire avec la profonde conviction qu'il cédait à Dieu, non à un homme. Mais l'homme lui resta toujours cher et vénérable. Il aimait à se rappeler cette scène, cette « adjuration épouvantable, disait-il, comme si Dieu eût d'en haut étendu sa main sur moi pour m'arréter ^. » 11 se la rappelait aux jours mauvais, reprenant courage à la pensée de cette main « étendue d'en haut » pour le saisir et le soutenir; il se la rappelait, aux jours heureux, pour remercier Dieu de l'avoir choisi et soutenu; il se la rappela, sans doute, quand le vieux Farel le vint voir pour la dernière fois, lui, plus jeune de tant d'années, mais consumé avant le temps. Farel ne venait plus, ce jour-là, pour « l'arrêter, » mais pour lui envier le bonheur du grand départ et les félicités du grand repos.

< Bèze. vu de Calvin, 3 Préface sur les Psaumes.

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