LIVRE BSUZIÈME
Calvin, donc, appartenait désormais à Genève, et Genève à Calvin. Comme Dieu sait se servir de tout et de tous! C'était le futur apostat de la Réforme, Du Tillet, qui avait informé Farel de la présence de Calvin, et lui avait conseillé de l'aller voir.
Dieu, avons-nous dit, lui donnait Genève ; mais Dieu la lui donnait à conquérir. C'est cette conquête que nous avons maintenant à raconter.
Calvin ne se posa point en conquérant. L'eûMl voulu, il ne le pouvait, car la conquête officielle était faite, et, quant à l'autre, la vraie, l'intime, il la trouvait commencée, sur tous les points, par Farel. Loin de vouloir se mettre à la place de celui-ci, il n'accepta môme pas, d'abord, d'être son collègue dans le ministère pastoral; sa charge, assez mal définie, fut quelque temps comme un milieu entre le professorat et la prédication. Il parait qu'on ne fixa même pas les honoraires, car nous lisons aux registres du Conseil, à la date du 13 février 1837 : « On donne six écus d'or à Cauvin, soit Calvin, vu qu'il n'a encore guères reçu. » Le 8 septembre de Tannée précédente, iFest appelé « ce Français. » C'est la première mentiod qui soit faite de lui dans les registres.
Ce Français ne s'était donc engagé qu'à donner
des leçons sur l'Écriture ; mais ces leçons se donnaient dans la cathédrale, et, vu le lieu, vu la foule, elles ne pouvaient que ressembler fort à des prédications proprement dites. Les Genevois avaient beaucoup à apprendre en fait dHnstruction religieuse; mais Véducation religieuse laissait encore plus à désirer, et le prédicateur, en conséquence, ne quittait jamais un ^ujet sans l'avoir largement développé au point de vue de la pratique et des mœurs. Gomme Farel, il entendait n'appeler Réformation que ce qui vivrait et grandirait sur le sol religieux; comme Farel, il ne parlait de rien moins que de faire produire à cette révolution, mêlée de tant d'éléments moins purs, tous les fruits du christianisme. Les adversaires de Farel purent bientôt s'apercevoir que Calvin n'était qu'un Farel plus jeune, plus savant, plus habile, moins ardent à l'extérieur, et, en réalité, tout autrement fort et puissant. Les murmures ne se firent donc pas attendre.* Avec une naïveté qui montre bien où certaines gens en étaient encore, on se plaignait que Calvin manquât à son office. « 11 était chargé, disait-on, d'expliquer l'Écriture; de quel droit se mettait-il à faire autre chose, à parler des mœurs, à censurer? Il avait à montrer qu'on faisait bien de ne plus vouloir la rpesse, et le pape, Si la confession, et le restç ; de quel droit prétendâit-il relever une autorité abattue, pour devenir comme le confesseur et le pénitencier de la cité? » — Ne nous moquons pas trop de ces
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hommes; ils ne disaient guère là que ce que bien d'autres, plus chrétiens, sont souvent tentés de dire au^si, ou de penser 4u moips. On aime assez à entendre parler de religion, on aime peu à entendre tirer des conséquences qui gêneront le vieil homme, et le solliciteront à se régénérer.
Les circonstances politiques continuaient à entretenir ce sentiment. Ces hommes que Calvin, venu au secours de Farel, prétendait soumettre à un pareil joug, c'étaient ceux qui avaient tant combattu pour l'affranchissement de leur patrie, et comme la lutte religieuse s'était trouvée intime* ment liée à la lutte politique, peu s'en fallait qu'ils ne se considérassent comme ayant largement payé d'avance tout ce que la religion, tout ce que Dieu pouvait raisonnablement exiger d'eux. Cet Évangile qu'on leur prêchait, n'avaient-ils pas versé leur sang pour conquérir le droit de se le faire prêcher? Ils montreront, au besoin, leurs blessures; les prédicants pourraient-ils en faire autant? Tout danger, d'ailleurs, venait de cesser; une orgueilleuse sécurité succédait à ces jours d'angoisse, où. à défaut d'une piété réelle, le péril tournait plus ou moins les cœurs v^rs Dieu. Le Pays de Yaud et le Chablais, conquis et protestantisés par les Bernois, entouraient Genève d'un rempart que nul ennemi, serablait-il, ne percerait plus. C'était, après tant de rudes années, la prospérité, le triomphe, — et la prospérité, comme toujours, endurcissait les cœurs.
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Calvin, cependant» moins de trois mois après son arrivée à Genève, obtint ou fit obtenir à Farel un grand et encourageant succès.
Es avaient rédigé une confession de foi où était clairement déterminée, article par article, cette intime liaison qu'ils travaillaient à établir entre la foi et les mœurs. Elle résumait admirablement et la doctrine évangélique, et les erreurs renversées au nom de cette doctrine, et les conséquences morales résultant soit du renversement de ces erreurs, soit de la doctrine elle-même, rendue à sa pureté prûnitive.
Nous voudrions la reproduire en entier. Bornons-nous à une rapide analyse.
I. La Bible, seule « règle à suivre, sans y mêler aucune chose, sans y ajouter ni diminuer. »
II. Uti seul Dieu. Dieu est esprit; donc, adoration en esprit. Point de « cérémonies et observations chamelles, comme s'il se délectoit en telles choses. » Point de « fiance en créature aucune. » Point d'images dans les temples, ni représentant des créatures, ni prétendant représenter Dieu.
m. Loi de Dieu, séide pour toutes. Ici déjà commence l'application morale. « Comme il est le seul Seigneur et Maître, nous confessons que