‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 23 sur 92 · LIVRE DEIJXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEIJXIÈME

être à vous trop semblables ; vous haïrez les prédicants pour être à vous trop dissemblables, et ne les aurez gardés deux ans que pour les renvoyer, sans les payer de leurs peines qu'à bons coups de bâton. » Au reste, Bonivard était de ces gens qui se contentent de voir juste, moins affligés du mal que charmés de l'avoir prédit, et peu soucieux de le combattre. Il ne pardonna jamais bien à la Réformation de lui avoir enlevé son beau prieuré de Saint-Victor. Quand Genève, rendue à l'influence de Calvin, rentra dans les voies de l'ordre, il fallut souvent toute la reconnaissance qu'elle devait à Bonivard, toute l'admiration qu'il avait jadis méritée, pour qu'on tolérât dans la ville ce perpétuel mécontent, frondeur, boudeur, et, dans l'occasion, intrigant. Bonivard ne fut qu'un Érasme courageux, et courageux seulement en politique ; il ignora le courage chrétien, et c'est pour cela que sa figure, si nette et si belle d'abord, s'e£Eace totalement devant celle de Calvin.

Ce courage qu'il venait de montrer à Genève, Calvin venait aussi de le prêcher à ses anciens amis de France, plus persécutés que jamais. A côté de dévouements admirables, il y avait eu des défaillances. Des hommes qu'il avait connus proie

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testants, ou près de l'être, étaient retournés au romanisme; d'autres, sans y retourner ouvertement, dissimulaient et se taisaient.. De là les deux Lettres de Calvin, l'une sur l'obligation de îuir tout culte auquel on ne croit pas, l'autre sur ce que doit faire un prêtre s'il se trouve avoir connu l'Évangile, et c'est cette seconde qu'il adresse à Gérard Roussel, devenu évêque. «Maintenant, chacun va disant que tu es bienheureux, et, par manière de dire, le mignon de la fortune, à cause de la nouvelle dignité qui t'est- échue; car, dutre le titre de prélat, elle t'apporte aussi un grand revenu de deniers... Voilà ce que les hommes disent de toi, et par aventure aussi te le font croire. Mais moi, quand je pense un petit ce que valent toutes ces choses desquelles les hommes font communément si grande estime, j'ai grande compassion de ta calamité. » Roussel a vu et connu tous les abus, toutes les erreurs du romanisme; Roussel a ouvertement et éloquemment prêché contre. Que fera-t-il, que pourra-t-U faire, comme évêque, pour les redresser? « Ceux que le Seigneur ordonne pasteurs à son Église, il dé- 'nonce qu'il les établit gardes et guettes pour la défense de son peuple. Ils sont nommés sel de la terre, lumière du monde, anges de Dieu, ouvriers avec Dieu. La prédication est appelée vertu et puissance de Dieu. Réponds-moi : en conscience, toi, super-intendant et chef de la rehgion , en quelle fidélité est-ce que tu travailles à redresser

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