‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 65 sur 92 · LIVRE OUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE OUATRIÈME

attendant que Dieu produise sa clarté pour nous réjouir, bien que nous n'en soyons jamais destitués au milieu de nos afflictions , si nous la cherchons en sa Parole où elle ne cesse jamais de luire. C'est donc là qu'il vous convient jeter votre vue en ces grands troubles, et vous réjouir de ce qu'il vous fait cet honneur que vous soyez plutôt affligés pour sa Parole que châtiés pour vos péchés, comme nous en serions bien dignes tous s'il ne nous supportoit. » C'est la seule concession que l'austère chrétien fasse aux chrétiens persécutés : il leur,permet de se considérer comme souffrant, non en leur qualité de pécheurs, mais en leur qualité de soldats de Jésus-Christ. Les images guerrières reviennent souvent sous sa plume , mais toujours strictement ramenées à leur sens spirituel. « Les persécutions, dira-t-il dans la seconde épttre, sont les vrais combats des chrétiens. Assaillis, que doivent-ils faire, sinon courir aux armes? Or, nos armes, pour bien batailler en cet endroit, sont de nous fortifier en ce que Dieu nous montre par sa Parole... Et puisque le pauvre troupeau du fils de Dieu est dissipé par les loups, retirez-vous à lui, le priant qu'il ait pitié de vous, qu'il étende sa main pour fermer leurs gueules sanglantes, ou bien qu'il les convertisse en agneaux. » — Voilà la hgne de conduite que Calvin trace aux protestants , et, cela, dans les premiers jours du règne de François II. Il fut court, ce règne, mais il pouvait être long.

et il venait de livrer la France aux Guises, altérés du sang protestant,

Il serait intéressant de voir comment Calvin surveillait et poursuivait, dans chacune des Églises dont il avait à s'occuper, Texécution de ce programme. Nous sommes loin de posséder toutes les lettres qu'il eut à leur écrire. Quelques-unes étaient sans cesse en correspondance avec lui, celles du Poitou, entre autres, et des contrées voisines, qui le considéraient comme leur premier fondateur. Calvin ne fait presque jamais allusion à cette dernière circonstance, car, pour lui, l'œuvre est tout, et l'ouvrier, même quand c'est lui, n'est rien ; une seule fois il dira aux fidèles de Poitiers : « Puisqu'il a plu à Dieu se servir de notre labeur à votre salut. » Mais il prendra volontiers avec ces Églises, au début et à la fin de ses lettres, les formes plus solennelles de la salutation apostolique. Le ton général est aussi quelquefois plus grave encore que dans ses autres lettres ; on sentira davantage le père, mais sans que le frère disparaisse, car c'est chose étonnante à quel point il sait rester fidèle au grand principe calviniste de l'égalité des pasteurs. Il signera donc : « Votre humble frère ^y> et ce mot, même après quelque

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