‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 66 sur 92 · LIVRE QUATBIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATBIÈME

vigoureuse admonestation, ne choque pas, n'étonne pas ; on est forcé d'y voir l'expression d'un sentiment vrai en même temps que d'une idée juste. Calvin, du reste, n'y perd rien. L'autorité de Dieu et d% la Parole de Dieu se confond d'autant mieux avec la sienne que celle-ci n'emprunte rien à la hiérarchie ou à l'orgueil. De là aussi , dans ses exhortations, dans ses conseils, dans ses reproches, une parfaite égalité de ton. Il n'enflera pas plus sa voix avec les petits qu'avec les grands, avec les grands qu'avec les petits, et cette voix, toujours la même, n'en sera que mieux celle du devoir, de la loi et de la sagesse.

L'Église de Paris, dont il avait aussi été, en quelque degré , le fondateur, lui fut toujours particulièrement chère ; son importance, d'ailleurs, comme Église de la capitale, la lui recommandait assez. Mais elle était, par la même raison, plus recommandée qu'aucune autre à la surveillance et aux rigueurs des ennemis de la Réforme, et ce ne fut qu'en 1885 qu'elle parvint à se constituer. Calvin, en mars 1857, la félicite de ce qu'elle poursuit sa marche « au milieu des craintes et assauts » auxquels elle est tous les jours exposée ; il lui envoie, au nom de l'Église de Genève, deux pasteurs. Elle en avait demandé davantage; mais, pour le moment, tout est à l'œuvre. c< Et sur ce, messieurs et frères, je supplierai notre bon Dieu de vous avoir en sa sainte garde. » — Oui, Dieu garde les siens, mais pas toujours comme ils

Tentendent, Moins de six mois après cette lettre, Calvin leur écrit encore, mais pour les consoler dans une effroyable épreuve. On avait ameuté la populace contre une paisible assemblée, réunie à la rue Saint-Jacques ; une foule en furie avait traîné au Châtelet tout ce qu'elle avait pu saisir, et les magistrats avaient sanctionné l'arrestation, ccjjes brigands et voleurs, raconte Bèze^ étoient retirés des fosses et crotons les plus infects, pour y mettre ceux-ci. » Le procès s'instruisait ; des bûchers allaient évidemment s'élever. C'est alors que Calvin écrit. «Vrai est, dit-U, que l'épreuve est grande et rude à soutenir , de voir un si horrible trouble et que Dieu tarde d'y mettre la main ; mais aussi ce n'est pas sans cause qu'il est dit que Dieu veut éprouver notre foi comme Vor en la fournaise... et si quelquefois il permet que le sang des siens soit épandu, toutefois il ne laisse pas de tenir leurs larmes précieuses. » Jusqu'ici, les martyrs français ont été plutôt gens obscurs, « contemptibles au monde. » En voici maintenant de plus élevés selon le monde ; leur sacrifice en sera d'autant plus frappant, leur sang d'autant plus fécond. En effet, parmi ces personnes jetées dans les cachots du Châtelet, il y avait plusieurs dames nobles. Trois lettres de Calvin, l'une adressée à toutes les prisonnières, les deux autres à deux d'entre elles, portèrent la consolation dans cet abîme. La catas-

* Histoire ecclésiastique»

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