LIVRE QUATRIÈME
dans l'État, mais à devenir l'État même en s'assimilant toute la nation, et la rapidité de leurs progrès autorisait assez cette espérance. Une fois la royauté entraînée dans le mouvement, alors on verrait à s'entendre sur une meilleure harmonie à établir entre les deux pouvoirs.
Les progrès, déjà si rapides au moment du premier synode, le furent encore plus quand les protestants épars se sentirent membres d'un grand corps, constitué par un acte formel. Les Églises surgirent par centaines; les adhéreuts leur arrivaient par milliers et par dix milliers. Ce n'était pas de mois en mois, ni même de semaine en semaine, mais de jour en jour, à la lettre, qu'on pouvait constater les conquêtes de la Réforme. Étrange spectacle que celui qu'offrait la France! D'un côté, c'est la royauté, Henri II, François II, le père, le fils, qui sont pris comme d'une rage de supplices; de l'autre, au lieu des quelques misérables que supposerait le ton des édits et l'atrocité des mesures prises, ce sont des villes et des provinces entières ; c'est une bonue portion de la noblesse, et, bientôt après, la majorité ; c'est la duchesse de Ferrare, fille de Louis XII ; c'est la reine de Navarre ; c'est son mari, chef de la maison de
Bourbon; c'est le prince de Condé: c'est Coligny, enfin, un des plus beaux caractères de ce siècle et de tous les siècles. Voilà l'armée que Vhomme de Genève^ comme on disait à la cour, voyait grossir, et dont il se sentait le chef. Aussi avait-il constamment l'œil sur ces autres chefs, princes, grands seigneurs, dont la présence pouvait faire tant de bien ou tant de mal, selon que l'Évangile serait leur grande affaire ou seulement la seconde et l'accessoire. Que de soucis ne lui causa pas ce triste roi de Navarre, tantôt zélé protestant de qui on pouvait, semblait-il, tout espérer, tantôt chancelant, mou, faible, lâche ! Mais aussi, avec Coligny, comme il est à l'aise ! Comme il sent que voilà le héros chrétien, celui qu'on peut louer sans réserve, dans la ferme assurance que le maître commun le loue aussi comme bon et vrai serviteur !
Une première lettre de Calvin l'alla chercher en Flandre, où il était prisonnier du roi d'Espagne à la suite de la bataille de Saint-Quentin. La captivité, la ipaladie, avaient achevé de le convertir à l'Évangile. Ses Mémoires nous le montrent méditant un jour sur les mystérieux hasards de la destinée humaine , et disant : « Tout le reconfort que j'ai, c'est celui qu'il me semble que tous les chrétiens doivent prendre que tels mystères ne se jouent point sans la permission et volonté de Dieu, laquelle est toujours bonne, sainte et raisonnable, et qui ne fait rien sans' justes occasions, dont toutefois je ne sais pas la cause et dont aussi peu je