‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 74 sur 92 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

grand ifésultat avait suivi le colloque : l'impulsion nouvelle donnée aux progrès de la Réforme. Les prélats de Poissy avaient eu beau la traiter en accusée, et ne siéger , à ce qu'ils disaient, que comme juges ; le pays avait vu la chose tout autrement, et le leur prouva bientôt. Un pasteur de l'Agénois écrivait à Farel que plus de trois cents paroisses de la contrée venaient de « mettre bas la messe.» Quatre mille, six mille ministres , ajoutait-il, pourraient trouver de l'emploi dans le royaume. Ces chiffres, qui semblent jetés au hasard, ne paraîtront pas exagérés si l'on songe que Tamiral, invité par la reine-mère à lui donner la liste des Églises déjà organisées, en trouva deux mille cent cinquante.

Le clergé concluait qu'on avait été trop doux, et sollicitait des mesures de plus en plus terribles ; le gouvernement, inspiré par le chancelier de l'Hospital, et arrêté, d'ailleurs, par l'impossibilité matérielle de proscrire partout le nouveau culte, commençait à accepter le principe de la coexistence des deux religions dans le royaume. De là, en janvier 1563, VÉdit de Janvier. Cet acte reconnaissait aux protestants le droit de s'assembler, pourvu que ce fût hors des villes; clause étrange, puisque la majorité, dans plusieurs villes, était à eux. Bèze leur conseilla cependant d'observer l'édit, acheminement évident à une plus grande liberté. Nous avons vu que c'était le système de Calvin : ne rien forcer, tout attendre de la force des choses, — bien

entendu sans se relâcher en rien , sans s'épargner aucun travail ni aucun sacrifice.

Mais, vers le même temps, le roi de Navarre achevait sa triste évolution. Miné par les débauches dont on semait à dessein Ips occasions sous ses pas, séduit par la promesse de recouvrer son royaume de Navarre ou d'en recevoir l'équivalent, il finit par redevenir catholique. Bèze, qui était encore en France, échoua dans tous ses efforts pour le retenir; une longue et pressante lettre de Calvin n'eut pas plus de succès. Mais la reine tenait bon. tt La compassion que j'ai de vos angoisses, lui écrivait Calvin, me fait sentir combien elles vous sont dures et amères. Mais quoi qu'il en soit, si vous vaut-il beaucoup mieux d'être triste pour telle cause que de vous anonchalir à votre perdition. y> Maltraitée par son mari, elle s'en alla dans ses États du Béarn, laissant son fils, mais le suppliant avec larmes de garder la foi de sa mère. Ce fils, hélas ! c'était celui qui devait dire un jour : c( Paris vaut bien une messe. »

Cependant le massacre de Vassy avait donné la mesure de la bonne foi que les chefs du parti catholique apporteraient à Texécution de l'édit, promulgué depuis moins de deux mois. Ce fut le signal de la guerre, a II est à noter pour jamais,

Page 1