‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 75 sur 92 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

dit Agrippa d'Aubigné dans son Histoire Universelle^ que, tant qu'on a fait mourir les Réformés sous la forme de la justice, quelque inique et cruelle qu'elle fût, ils ont tendu les gorges etf^'ont point eu de mains. Mais quand le magistraf,Jassé des feux, a jeté le couteau aux maios des peuples, qui a pu défendre aux misérables d'opposer les bras aux bras, le fer au fer, et de prendre d'une fureur sans justice la contagion d'une juste fureur? » Le soulèvement, d'ailleurs, fut autorisé, ou à peu près, par la reine-mère ; lasse du joug des Guises, qui la tenaient, ainsi que le jeune roi, presque prisonnière, elle écrivit au prince de Condé une lettre où elle semblait se placer, elle, le roi et le royaume, sous la protection des protestants. Ils purent donc' se jeter sans scrupule dans la voie où les poussait la nécessité de se défendre, et Calvin, sans se contredire, put approuver la guerre, se réservant, comme nous l'avons aussi vu, de condamner tout excès. Quand le prince de Condé, menacé dans Orléans, sollicita le secours des protestants d'Allemagne et de Suisse, Calvin appuya vivement cette demande; il appuya non moins vivement une même demande des protestants de Lyon, maîtres de la ville, mais meliacés par l'armée catholique. Berne, Neuchâtel et le Yallais, accordèrent quelques troupes; d'Andelot, vers le même temps, amenait d'Allemagne un corps d'environ six mille hommes, et nous voyons Calvin écrire aux Églises du midi pour les presser de

trouver Targent nécessaire à la solde de cette petite armée. On a reproché aux protestants ces secours cherchés à l'étranger; on a montré Calvin, français, givrant sa patrie aux Allemands et aux Suisses. Les (juises n'avaient-ils pas commencé par s'allier avecla Savoie et l'Espagne, conviant deux princes étrangers à l'extermination des protestants, qui, à ce moment, ne parlaient que de vivre en paix sous l'Édit de Janvier? Les protestants, du reste, n'avaient jamais parlé d'autre chose; il fallut tout l'entraînement de la guerre pour les pousser quelquefois au delà de ce que légitimait la défense, et jamais les excès ne furent ni approuvés, ni, encore moins, commandés, par leurs chefs religieux.

Tandis que Calvin s'indigne pour quelques vols commis à -Lyon, le parlement de Paris, docile aux inspirations du clergé, sanctionne par un arrêt solennel tous les meurtres commis ou à commettre. Il est enjoint à tout Français de « courir sus » aux hérétiques, de les tuer « comme gens enragés, ennemis de Dieu et des hommes, » partout où on les rencontrera. Le duc de Guise va assiéger Rouen, et, là, autre contraste entre les enfants des deux Églises. Dans l'armée catholique, licence et débauches de tout genre ; dans la viUe, ordre et gravité, prières, chant des psaumes, courage calme et digne. La ville prise, on la livra huit jours aux fureurs de la soldatesque ; puis vinrent les meurtres juridiques. Au nombre des victimes fut le ministre Marlorat, un des compa-

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