LIVRE QUATRIÈME
quinze ou vingt mille âmes, longtemps ruinée par la guerre, condamnée, depuis lors, dans une paix toujours douteuse, à de perpétuelles dépenses militaires, et sans cesse appelée, en outre, à nourrir des troupes d'exilés. Calvin n'avait demandé aux magistrats que ce qu'il pouvait raisonnablement leur demander : cinq professeurs, lui compris, allaient composer l'Académie, Deux enseigneraient la théologie, un l'hébreu, un le grec, un la philosophie, ou, comme on disait vulgairement, les arts. Quant à l'enseignement de la Médecine et du Droit, Calvin annonça, dans son discours du 5 juin, qu'il y serait pourvu plus tard. Cette promesse se réalisa, pour le Droit, en 1565, un an après sa mort.
Mais l'Académie, dans sa pensée, ne devait être que le couronnement d'un édifice dont toutes les parties étaient aussi, ou peu s'en faut, à créer. Il fallait que de bonnes et solides études préparatoires formassent des générations capables de profiter du haut enseignement qui allait leur être offert. Nous avons vu Farel, dès 1536, faire établir un collège ; mais ce collège, avec son unique régent secondé de deux aides, n'avait jamais prospéré. Il fallait une institution sans lacunes, une série de classes bien distinctes, chacune sous un régent. Calvin en demanda sept. Mais il fallait, en outre, un édifice approprié aux besoins de l'institution, et, ici, la question d'argent revenait dans toute sa crudité. Dès 1552, le Conseil avait acheté un terrain; mais ce terrain, six ans après, était en-
core intact. Alors Calvin se met plus directement à l'œuvre. Il provoque, comme nous dirions aujourd'hui, une souscription nationale, et bientôt il a entre les mains environ dix mille florins, somme considérable pour le temps. Le Conseil, alors, estime qu'on peut se mettre à l'ouvrage. Le terrain est ni\elé, les fondations se creusent, les murs s'élèvent. Plus d'une fois on vit Calvin, cruellement souffrant, cette année, de la fièvre quarte, se traîner parmi les travaux, encourager les'travailleurs, et contempler avec joie les rapides progrès de l'édifice. Au 5 juin 1589, le collège était prêt àrecevoir élèves et maîtres.
Là se sont succédé, depuis trois siècles, les enfants de la cité de Calvin. L'édifice, sauf quelques modifications de détail, est resté le même. Après leur vénérable cathédrale, aucun n'est plus cher aux Genevois, et peu de jours se passent que quelque étranger n'aille évoquer là des souvenirs également sacrés à tous les enfants de la Réforme. Si vous montez au-dessus des classes, vous voilà dans les salles de la bibliothèque, pleines de souvenirs plus vivants encore et plus intimes. Là vous seront montrés des livres de la bibliothèque de Calvin, muets témoins de ses veilles, de ses maladies,' de