LIVRE QUATRIÈME
sa mort ; là vous feuilletterez ses manuscrits , déchiffrant, non sans peine, quelques lignes de cette écriture fiévreuse , rapide comme la pensée ; là, pour peu que votre imagination se prête aux évocations palpitantes de la solitude et du silence, c'est lui, lui-même, que vous verrez marcher le long de ces vieilles parois, pâle, mais l'œil brillant, faible et chétif, mais fort de cette énergie intérieure dont la source était dans sa foi. Là aussi Yous apparaîtront, autour de lui, tous ces hommes dont il allait être le père, théologiens, juristes, philosophes, savants, hommes d'État, hommes de guerre, tous remplis de cette puissante vie qu'il allait léguer à la Réforme après l'avoir reçue d'elle. Et si vous demandez le secret de cette puissance, une des pierres du Collège vous le dira en quelques mots hébreux que le réformateur y fit graver. Venez ici, dans la cour. Entrez sous ce vieux portique qui soutient le grand escalier, et vous Urez : La crainte de VÉternel est le commencement de la sagesse. Et ce n'est pas sur le mur ni sur un des piliers que ces paroles sont gravées. Remarquez bien : c'est sur la clef de voûte. Quel emblème ! Quelle leçon !
Ce secret, du reste, est aussi écrit à toutes les pages du règlement constitutif promulgué à Saint- Pierre, dans la cérémonie du 6 juin. Il est facile de faire un règlement où la piété joue un rôle ; il est moins facile de la placer et de la maintenir au centre, tellement que tout vienne d'elle, retourne
à elle, et que rien ne puisse être fait, même en dehors du cercle primitif, qu'elle n'en soit encore le centre. C'est le problème que Calvin avait à résoudre, et la suite montra qu'il s*y était admirablement pris.
Mais, après tout, quelque beaux que les règlements pussent être, il s'agissait d'un collège pour une petite ville, et d'une petite académie avec cinq professeurs. Pourquoi l'inauguration allait-elle être une date dans l'histoire, quand l'histoire a perdu ou mentionne à peine d'autres dates qui pouvaient se croire appelées à un bien plus long retentissement?
Deux causes peuvent être indiquées : les circonstances, l'homme. Mais ces deux causes sont liées. Si l'on peut dire que l'inauguration de Genève savante et enseignante n'eût été, sans les circonstances, qu'un fait de peu de portée, il faut reconnaître aussi que .ces mêmes circonstances ont dû en grande partie à l'homme, à Calvin, leur longue et puissante fécondité. Calvin avait été à lui seul, pendant dix-sept ans, toute l'Académie de Genève. Ce fait, au lieu de la condamner à mourir avec lui, l'avait préparée, au contraire, à vivre indéfiniment de sa vie ; Calvin n'était pas son fondateur, mais son père. Rappelons-nous, d'ailleurs, que l'Académie de Genève ne fut point une œuvre détachée, une création à part. La vraie création de Calvin, c'était Genève tout entière, et l'Académie ne fut qu'une des parties de ce tout si fortement, si pro-