LIVRE QUATRIÈME
meilleurs. Ce fut vers le milieu de 4863 que l'issue fatale commença de n'être plus douteuse. Une lettre de l'évêque de Londres, écrite en juin, nous montre avec quelle inquiétude on suivait au loin les progrès de cette alarmante décadence. L'évêque conjure Calvin de travailler un peu moins, de se conserver à l'Église, qui a encore tant besoin de lui. Ce conseil, bien d'autres le lui donnaient, et tous les jours. Ul'écoutait peu; le travail, tout en aggravant ses maux à la longue, l'aidait puissamment à s'en distraire, et, d'ailleurs, il ne s'estimait pas libre de se refuser à rien qui ne fût pas absolument impossible. C'est ainsi qu'il continua de prêcher, bien que la prédication le fatiguât affreusement, et qu'il eût pu sans peine être remplacé dans cet office. Mais, le 6 février 1864, une toux violente lui coupa la parole ; sa bouche se remplit de sang. Il fallut descendre de la chaire, et les fidèles ne comprirent que trop qu'il n'y remonterait pas.
Les semaines suivantes furent terribles ; il resta parfois plusieurs jours sans prendre aucune nourriture, avalant à grand peine un peu d'eau froide. Chacun de ces jours pouvait sembler le dernier; le 10 mars, le Conseil ordonne des prières publiques c( pour la santé de M. Calvin, qui est indisposé depuis longtemps et même en danger de mort. » Mais Dieu voulait que le chrétien eût le temps de se montrer à la hauteur du théologien, et Calvin était prêt pour cette épreuve
de sa foi. Il n'ayait jamais murmuré de cette santé misérable qui lui coupait ses plus belles années ; il ne murmura pas davantage dans ces jours douloureux où la maladie achevait de déchirer l'enveloppe terrestre. On ne reconnaissait les crises qu'à la pâleur redoublée de ses traits, aux crispations de ses mains jointes, et aux paroles de soumission qui venaient sur ses lèvres. Cette agonie allait durer près de quatre mois.
c( Ce nonobstant, nous dit Bèze, encore ne cessoit-il de travailler. Car en cette dernière maladie, il a entièrement traduit de latin en françois son Harmonie sur Moîse^ revu la traduction de Genèse^ écrit sur le livre de Josué^ et, finalement, revu et corrigé la plupart des annotations françoises sur le Nouveau Testament, qu'autres avoient auparavant recueillies. Outre cela, jamais il ne s'est épargné aux affaires des Églises, répondant et de bouche et par escrit quand il en étoit besoin ; encore que de notre part nous lui fissions remonstrance d'avoir plus égard, à soi. Mais sa réplique ordinaire étoit qu'il ne faisoit comme rien; que nous souffrissions que Dieu le trouvât toujours veillant et travaillant à son œuvre comme il pourroit, jusques au dernier soupir. »
Le jour de Pâques (2 avril), il se fit porter au temple. Ce fut un moment bien solennel que celui où on le vit s'approcher de la table sainte ; ses plus belles prédications n'avaient pas eu l'éloquence du spectacle qu'offrait ce corps brisé, ce regard où la