‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 86 sur 92 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

gagné, dit-il ; comment pourrait-il l'accepter? Ce désintéressement frappait beaucoup ses ennemis, plus équitables que ses ennemis actuels. C'est le trait que le pape même. Pie IV, en apprenant sa mort,- se plut à signaler en lui. a Ce qui a fait la force de cet hérétique, disait-il, c'est que l'argent n'a jamais été rien pour lui. » — La force de Calvin avait une tout autre cause, assurément, dont celle- ' là n'était qu'une conséquence; mais on aime à constater, jusqu'au bout, cette parfaite unité de sa vie. Ce malade qui refusait l'argent de ses honoraires, on eut la preuve qu'il ne possédait rien pour subvenir aux frais d'un prolongement de maladie ; pour peu que la mort eût tardé encore, il eût fallu ou accepter l'argent de la république, ou vendre la bibliothèque et les meubles, seule fortune que le réformateur aUait laisser. Il n'avait jamais fait ni pu faire d'économies. Même dans les bonnes années, écrit-il à Viret en 1849, c'est à peine s'il peut nouer les deux bouts, vu cette ce grande charge de passants » que mentionnait déjà le registre lorsqu'on fixa ses honoraires. Mais voici ' deux ans, ajoute-t-il, que les vivres sont chers, et il a dû faire quelques dettes, a Je ne dis pourtant point cela pour me plaindre. Dieu est bon envers moi, puisque j'ai tout ce qui suffit à mes désirs. » Cela n'empêchait pas qu'il ne se trouvât encore des gens, sinon à Genève, du moins ailleurs, pour l'accuser d'avidité; aussi, dans sa préface des Psaumes : « S'il y en a, disait-il, à qui je ne puisse

persuader, de mon vivant, que je ne sois riche et pécunieux, ma mort le montrera finalement. » Un étranger, un jour, frappe à sa porte, et c'est luimême qui vient ouvrir. L'étranger n'en croit pas ses yeux. Il s'était figuré une espèce de palais, des serviteurs, presque des courtisans. Calvin souriait de sa surprise; puis, ce fut à son tour d'être 'surpris. L'étranger n'était autre que Sadolet, le cardinal, si vertement traité par lui en 4540, et le cardinal s'était attendu à trouver lîn train de cardinal, pour le moins.

Calvin ne s'était jamais bien remis de cette violente fièvre quarte dont nous l'avons vu souffrant en 1859; il l'avait, du reste, assez mal soignée, car, nous dit Bèze, forcé de suspendre ses prédications et ses leçons, il ne laissait pas « de travailler à la maison, quelque remontrance qu'on lui fît, tellement que, pendant ce temps, il commença et paracheva sadernière Institution Chrestienne^ latine et françoise. » Les années suivantes virent donc tous ses maux s'aggraver. Douleurs de tête, douleurs aux jambes, maux d'estomac, crachements de sang, respiration pénible, la goutte et la pierre,* enfin, rien ne manquait à ce long supplice, à peine interrompu par quelques jours un peu

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