‹ Calvin: sa vie, son œuvre et ses écritsChapitre 90 sur 92 · LIVRE Ot'ÀTltlÈME. 45Ô · texte numérisé non relu

LIVRE Ot'ÀTltlÈME. 45Ô

le Yoît briller dans les yeux de ces deux soldats de l'Évangile. Us peuvent, l'un devant l'autre et tous les deux devant Dieu, dire comme l'apôtre : «J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé. » Ils peuvent se féliciter l'un l'autre de ce qu'ils s.eront bientôt où il n'y a plus ni deuil, ni cri, ni travail, ni combat, comme ils seraient prêts à rentrer, si Dieu le voulait, dans la lice, dussent-ils y trouver plus d'agitations encore et une tout autre mort. Que d'amis communs ont disparu de la scène du monde! Que d'ouvriers ont été dévorés par l'œuvre! Mais le maître est celui qui peut, des pierres mêmes, se susciter des enfants et des aides. Qui donc oserait se croire nécessaire aux desseins du Seigneur? Le plus grand ouvrier, s'il est chrétien, s'humiliera dans sa misère, et, le moment venu de s'endormir dans la tombe, il s'endormira sans regret, remettant l'œuvre à qui la lui avait momentanément confiée. — Farel s'en alla consolé, raffermi, jaloux peut-être, pour la première fois, du voyageur de 1836.

Cependant la mort tardait encore. Le 19 mai, avant-veille de Pentecôte, allait ramener ce qu'on appelait les censures, intituées par lui. Les pasteurs se réunissaient, ce jour-là, pour s'admonester fraternellement, et prenaient ensuite, en commun, un modeste repas. Ce repas, Calvin voulut qu'on le préparât chez lui, et, l'heure venue, il se fit porter dansla salle, a Mes Frères, dit-il, je vous viens voir pour la dernière fois, car, hormis ce coup, je

n'entrerai jamais à table. » Puis il fit laprière, non sans peine^ et mangea quelque peu, a s' efforçant de nous réjouir, » dit Bèze. Mais, poursuit-il, «avant la fin du souper, il se fit remporter en sa chambre, qui étoit prochaine, disant ces mots avec une face la plus joyeuse qu'il pouvoit : Une paroi entre deux n'empêchera point que je» ne sois conjoint d'esprit avec vous. » Mais il avait dit vrai. Il ne se remit plus à table, et ne se leva même plus. Le lit où il venait de rentrer allait être son lit de mort.

Les jours suivants ne furent, nous dit son ami, qu'une prière continuelle. Souvent il répétait ces mots du psaume : c( Je me suis tû. Seigneur, parce que c'est toi qui l'as fait, » ou ces mots d'Ésaîe : « Je gémissais comme la colombe. » Peu à peu, ses c< prières et consolations assidues» furent «plutôt soupirs que paroles intelligibles, mais accompagnées d'un tel œil que le seul regard témoignoit de quelle foi et espérance il étoit muni. » Le 27 mai, « il sembla qu'il parloit plus fort et plus à son aise ; mais c' étoit un dernier effort de la nature. » Le soir, vers huit heures, il expira, et « voilà comme, en un même instant, ce jour-là, le soleil se coucha, et la plus grande lumière qui fût en ce monde pour l'Église de Dieu, fut retirée au ciel. »

Et le lendemain, vers deux heures, un immense

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